Coup de froid sur la politique d’élargissement de l’UE

Stephen Fule photo.jpg

La Commission européenne a dévoilé ses rapports d'avancement annuels sur les pays candidats à l'adhésion.  La politique d'élargissement semble tourner au ralenti et le soutien de l'opinion publique à l'élargissement a atteint son niveau le plus bas en autriche. Un reportage du réseau EURACTIV.

La Commission européenne recommande pour la deuxième fois d'octroyer le statut de pays candidat à l'Albanie et, pour la cinquième fois consécutive, d'ouvrir les négociations d'adhésion avec la Macédoine (voir « Contexte »).

L'exécutif européen évalue également les avancées réalisées au cours de l'année écoulée dans les Balkans occidentaux et en Turquie. Étant donné que le gouvernement islandais a décidé de suspendre les négociations d'adhésion, la Commission a publié un rapport simplifié sur l'alignement actuel de la législation islandaise sur celle de l'UE.

Le commissaire à l'élargissement, Štefan Füle, a présenté pour la première fois devant le Parlement cinq « fondamentaux » étayant le processus d'élargissement : l'État de droit, le renforcement de la gouvernance économique, le soutien des institutions démocratiques, le respect des droits fondamentaux et les liens entre les pays de l'élargissement et les États membres de l'UE.

Le dernier point fait référence à l'amélioration des relations entre la Macédoine et ses pays voisins, la Grèce et la Bulgarie. La Grèce n'a toujours pas résolu son conflit toponymique avec la Macédoine. Elle estime par ailleurs que Skopje et Sofia s'approprient de grands pans de son histoire antique, médiévale et moderne.

La Macédoine détient toujours un document du site Internet de son ministère des Affaires étrangères indiquant que 750 000 Macédoniens vivent en Bulgarie et 700 000 en Grèce.

Un accord devrait garantir que Skopje n’a pas d’autres revendications territoriales sur la Bulgarie, mais les discussions n’avancent pas, expliquent des diplomates bulgares à EURACTIV.

Les négociations d'adhésion au point mort

Sous la pression d'EURACTIV, la Commission européenne a indiqué qu'elle avait encore beaucoup de pain sur la planche dans le domaine de l'élargissement. Elle a affirmé qu'elle n'envisageait pas de licencier des fonctionnaires de la DG Élargissement en raison du déclin des actions dans cette politique.

En réalité, les négociations d'adhésion avec la plupart des pays candidats sont pratiquement au point mort.

>>Lire l'entretien : « La politique d'élargissement se poursuit au niveau administratif, mais sans volonté politique »

Certains progrès ont toutefois été réalisés avec le Montenegro : deux chapitres ont récemment été ouverts et clôturés. D'autres sont sur le point d'être ouverts, selon les informations d'EURACTIV.

Dans son rapport, la Commission a mis la Turquie au pied du mur en raison des relations du pays avec Chypre et du manque de progrès dans certains domaines, comme les droits de l'homme et des minorités, ainsi que la liberté d'expression.

Sur les 35 chapitres de négociations, seul un a été provisoirement clos : la science et la recherche. Treize autres chapitres sont ouverts, mais l'UE a suspendu l'ouverture de huit chapitres, car la Turquie n'applique pas le protocole d'Ankara. Ce protocole prévoit l'ouverture des ports aux marchandises en provenance de la République de Chypre.

La France et la République de Chypre bloquent l'ouverture de onze autres chapitres, ce qui constitue 19 chapitres bloqués au total.

Les États membres de l'UE ont accepté en juin 2013 de discuter du chapitre 22 sur la politique régionale et la coordination des instruments structurels. La position commune est soumise à la confirmation des ministres européens à l'issue de la présentation du rapport d'avancement de la Commission.

Des négociations devraient être ouvertes avec la Serbie en janvier 2014 au plus tard. L'exécutif européen a pris cette décision, car Belgrade a atteint un certain degré de normalisation des relations avec son ancienne province du Kosovo. Même s'il n'est pas reconnu par tous les États membres de l'UE, le Kosovo bénéficie d'une politique de rapprochement avec l'UE semblable à la procédure de préadhésion.

L'élargissement est peu soutenu

La Société autrichienne de politique européenne (ÖGfE) a interrogé l'opinion publique en Autriche sur l'adhésion éventuelle des pays candidats.

Une majorité des personnes interrogées (55 %) soutient l'adhésion de l'Islande, qui vient de suspendre la procédure.

L'opinion publique est sceptique quant aux sept autres pays. « Le soutien est particulièrement faible pour les pays des Balkans occidentaux, les plus pertinents pour l'Autriche », déclare Paul Schmidt, le secrétaire général de l'ÖGfE.

Le sondage indique que l'adhésion des pays européens du sud-est est très peu souhaitée, contrairement aux Eurobaromètres précédents. Seulement 28 % soutiennent la Macédoine, le pourcentage le plus élevé du sondage autrichien. La Bosnie-Herzégovine et le Montenegro approchent des 26 %. Près de 24 % des Autrichiens accueilleraient la Serbie dans l'UE, 20 % l'Albanie et 19 % le Kosovo. Seulement 15 % des personnes interrogées sont favorables à l'adhésion de la Turquie.

Le renforcement vs l'élargissement

Paul Schmidt indique que les personnes interrogées préconisent le renforcement de l'UE plutôt que l'élargissement. Quelque 86 % pensent qu'une coopération renforcée entre les États membres de l'UE est « très importante » ou « importante ». Alors que 24 % estiment que l'élargissement de l'UE est « très important » ou « important ».

La prise de décision à l'échelle européenne divise également les Autrichiens : 45 % sont pour, 48 % sont contre.

« Même si l'économie nationale tire actuellement profit de l'élargissement, renforçant ainsi la stabilité politique dans la région, en ce qui concerne les priorités autrichiennes, l'UE devrait se consolider et résoudre ses problèmes internes », explique M. Schmidt. 

Le cabinet du ministré délégué aux Affaires européennes, Thierry Repentin, a déclaré que les engagements devaient être maintenus. « Les pays des Balkans ont vocation à rejoindre l’UE. C’est un engagement pris dès 2000 au sommet de Zagreb. » 

« Vis-à-vis de la Turquie : la France a fait des choix importants qui redonnent toutes ses chances à la Turquie dans sa voie vers l’UE. La Turquie doit elle aussi être claire dans ses choix, en progressant sur les points qui sont fondamentaux pour l’UE. »

« Chaque étape vers l’adhésion ne peut être franchie que si les conditions sont respectées et si la mise en œuvre effective des réformes se vérifie dans la durée. C’est ainsi que pourra se construire le soutien de l’opinion publique européenne à l’égard de ce processus de long terme, dans le cadre d’une Europe forte et plus différenciée. »

Le premier ministre serbe, Ivica Da?i?, a déclaré le 16 octobre que le rapport d'avancement de la Commission européenne sur la Serbie était l'un des plus positifs à ce jour. Il espère que les négociations d'adhésion avec l'UE commenceront au plus tard en janvier, selon EURACTIV Serbie.

Le chef de la délégation de l'UE en Serbie, Michael Davenport, a remis le rapport à M. Da?i?. Ce dernier a déclaré à l'issue d'une réunion entre les deux hommes qu'il était satisfait de l'évaluation de la Serbie. Le pays poursuivra les réformes en cours et le dialogue avec Pristina.

Le ministre serbe sans portefeuille en charge de l'intégration européenne, Branko Ruži?, a indiqué que le rapport de la Commission européenne était « très positif ».

« Je remarque que le rapport est généralement très positif. D'un point de vue politique, c'est peut-être la première fois qu'une évaluation positive des progrès est clairement formulée », a-t-il précisé lors d'une conférence de presse au siège du gouvernement, avant la présentation du rapport.

L'eurodéputé britannique Richard Howitt (S&D) est le rapporteur de l'UE sur  la Macédoine. Il a déclaré que « trop de temps avait été perdu » dans la procédure d'adhésion de son pays.

Il a déclaré devant la commission des affaires étrangères du Parlement européen que la présidence grecque du Conseil devrait donner un nouvel élan politique à la résolution du conflit toponymique de longue date entre Athènes et Skopje.

Depuis le « big bang » de 2004-2007, l'élargissement de l'UE s'est quelque peu essoufflé. Dans ses rapports annuels volumineux, la Commission européenne se penche sur l'état des relations entre les pays souhaitant rejoindre l'Union et Bruxelles.

L'Islande, la Macédoine, le Montenegro et la Turquie et la Serbie sont des « pays candidats  ». L'Albanie, la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo sont des « candidats potentiels », dans le jargon européen.  

La Macédoine s'est vu octroyer le statut de pays candidat en décembre 2005. L'ancienne République yougoslave n'est toutefois pas parvenue à lancer les négociations d'adhésion à cause d'un conflit toponymique avec la Grèce, où se situe une province qui porte le même nom que la Macédoine.

Dans les documents de la Commission, la Macédoine et le Kosovo n'apparaissent même pas sous ces dénominations. La Macédoine est appelée « ancienne République yougoslave de Macédoine ». Le Kosovo renvoie à un astérisque précisant le nom du pays : « Kosovo selon la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies ». Tous les États membres de l'UE ne reconnaissent pas l'indépendance du pays.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.