Athènes et Skopje s’accordent sur le nouveau nom de la Macédoine

epa06803116 Le Premier ministre de la République de Macédoine, Zoran Zaev, s'adresse à la presse au sujet de l'accord avec la Grèce sur la question de son nom à Skopje, ARYM, le 12 juin 2018. Il a annoncé le nouveau nom du pays : République de Macédoine du nord. [Nake Batev/EPA/EFE]

Athènes et Skopje ont résolu un conflit de près de 30 ans sur le nom de la Macédoine, s’accordant sur « République de Macédoine du nord » et ouvrant ainsi la voie à l’adhésion du pays à l’UE et l’OTAN.

Le Premier ministre macédonien, Zoran Zaev, a déclaré que les deux parties s’étaient mises d’accord pour renommer l’ancienne République yougoslave après des mois de diplomatie intensive.

« Il y a un accord. Nous avons trouvé une solution historique après 25 ans [de négociation]. Notre accord porte sur la République de Macédoine du nord pour tous les usages », a-t-il annoncé aux journalistes à Skopje, la capitale.

La Grèce s’oppose depuis longtemps au nom que se donne son voisin du nord, la Macédoine, car une de ses provinces porte le même nom, et que le texte de la Constitution du pays est ambiguë sur de possibles ambitions territoriales.

La résolution du conflit permettra de décider lors du sommet européen des 28 et 29 juin du début des négociations d’adhésion de la République de Macédoine du nord à l’UE, et lors du sommet de l’OTAN des 11 et 12 juillet, de l’extension de l’invitation d’adhésion.

L’accord devrait être scellé d’ici à la fin de la semaine du côté grec du lac Prespa. Le lac est divisé en trois entre la Grèce, la République de Macédoine du nord et l’Albanie.

Ce qui a été convenu

En dehors du nom, il a été convenu que la langue de la République de Macédoine du nord serait appelée le macédonien, une note précisant qu’elle appartient à la famille des langues slaves.

La République de Macédoine du nord supprimera de sa Constitution le texte faisant référence à « la protection des minorités macédoniennes » en dehors du territoire du pays.

Une commission spéciale validera l’utilisation du nom sur les produits affichant une référence géographique.

Le parlement de la République de Macédoine du nord doit maintenant ratifier l’accord. Si le président Gjorge Ivanov, qui vient du parti d’opposition VMRO-DPMNE, refuse de signer, le parlement votera une deuxième fois pour que l’accord entre en vigueur.

Le gouvernement grec informera quant à lui l’UE et l’OTAN via une lettre qu’elle soutient le début des négociations d’adhésion de la République de Macédoine du nord à l’UE et à l’OTAN, malgré la réticence de la France et des Pays-Bas. La dernière invitation de l’OTAN à la Macédoine a été bloquée par la Grèce lors du sommet de l’alliance à Bucarest en 2008. En décembre 2009, Athènes a déposé un véto contre le début des négociations d’adhésion à l’UE.

La Macédoine se rapproche lentement mais sûrement de l’UE

Pour Angela Merkel, le règlement du différend sur l’utilisation du nom « Macédoine » avec la Grèce n’a jamais été aussi proche.

La République fraichement nommée informera pour sa part les 193 membres de l’ONU qui utiliseront le nouveau nom lors des relations bilatérales et des rencontres internationales.

D’ici à octobre, le pays organisera un référendum et, si le résultat est positif, Skopje procèdera aux changements de sa Constitution. Si le résultat est négatif, des élections parlementaires anticipées seront organisées.

À la fin de ce processus, l’accord sera ratifié par le parlement grec et l’adhésion du pays à l’OTAN pourra également être ratifiée. La Russie a déjà exprimé son soutien pour la résolution du conflit, mais s’oppose à l’adhésion de la Macédoine à l’OTAN.

Grande victoire

Après des mois de discussions, « Macédoine du nord » a été choisie. Les responsables grecs avaient préalablement dévoilé la liste de noms potentiels, dont « Nouvelle Macédoine » et « Haute Macédoine ».

Lors d’une allocution télévisée, le Premier ministre grec Alexis Tsipras a déclaré qu’il s’agissait « d’une grande victoire diplomatique et d’une grande occasion historique » pour la région d’ouvrir « une fenêtre d’amitié, de coopération et de codéveloppement ».

Alexis Tsipras a insisté sur le fait que si le parlement macédonien n’approuvait pas cet accord, « l’invitation de l’Otan [serait] annulée et les négociations avec l’UE ne [bougeraient] pas ».

Donald Tusk, le président du Conseil européen, a exprimé son soutien à l’accord dans un tweet : « Grâce à vous, l’impossible est devenu possible. Je continue de croiser les doigts. »

Critiques

Nous devons atteindre un consensus national plus large et trouver une solution qui ne blessera pas la dignité du peuple et des citoyens macédoniens », a déclaré le président Gjorge Ivanov, qui a exprimé son inquiétude.

Hristijan Mickoski, le chef de file du parti nationaliste VMRO-DPMNE, dont le président est proche, a déclaré qu’il ne soutiendrait pas les changements constitutionnels opérés au nom de la Macédoine.

« Le gouvernement a signé une capitulation à cause de l’incompétence du Premier ministre à mener des négociations et il a accepté chaque requête de la Grèce », a-t-il regretté.

Cette année, plusieurs manifestations ont eu lieu contre un accord à Skopje, ainsi qu’à Athènes et dans la seconde plus grande ville de la Grèce, Thessalonique, située au nord.

150 000 manifestants à Athènes contre l’utilisation du nom Macédoine

Les manifestations se multiplient suite à la reprise des négociations entre les deux pays pour régler le conflit vieux de 27 ans. Un article d’EurActiv Polska

En Grèce, le rival conservateur d’Alexis Tsipras, Kyriakos Mitsotakis, a aussi qualifié l’accord de « mauvais ». « L’acceptation de la langue et de la nationalité macédoniennes est un repli national inacceptable. »

Accord historique

« Cet accord historique est le testament de nombreuses années de diplomatie et de la volonté de ces deux leaders de résoudre un conflit qui a trop longtemps affecté la région », a affirmé le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, dans un communiqué. « Cela mettra Skopje sur les rails de son adhésion à l’OTAN et permettra la consolidation de la paix et de la stabilité dans toute la région des Balkans occidentaux. »

Un commentaire auquel Federica Mogherini a fait écho en disant que l’accord contribuait « à la transformation de toute la région du sud-est de l’Europe ».

Athènes s’est longtemps opposé au nom de son voisin, craignant qu’il ne cache des ambitions territoriales. L’ancienne Macédoine était le berceau de l’empire d’Alexandre le Grand, une source de fierté pour les Grecs aujourd’hui.

Sous les Romains, la province de Macédoine fut toutefois étendue pour inclure les territoires actuels de la Grèce, la Macédoine, la Bulgarie et l’Albanie.

La Macédoine était une république de l’ex-Yougoslavie et manquait au départ d’identité étatique. Le dialecte bulgare qui y était parlé était peu à peu remplacé par des mots serbes. Du point de vue historique, la république a choisi l’ascendance de l’histoire grecque et bulgare. Sous le gouvernement du VMRO-DPMNE, Skopje est devenue un Disneyland de faux monuments historiques.

Les changements à Skopje ne sont devenus possibles qu’après que le Premier ministre Nikola Gruevski du VMRO-DPMNE soutenu par le PPE a été remplacé par le social-démocrate Zoran Zaev.

La Bulgarie a résolu ses problèmes avec Skopje en août dernier, les Premiers ministres Boyko Borissov et Zoran Zaev ayant signé un traité bilatéral dans lequel les deux pays ont renoncé à leurs revendications territoriales et se sont engagés à améliorer leurs liens. Depuis, la présidence bulgare de l’UE a été un fervent défenseur des candidatures de Skopje à l’UE et à l’OTAN.

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