Le président chypriote Dimitris Christofias a déclaré dans un entretien à EURACTIV qu’il était « heureux » qu’Ankara ait accepté sa proposition d’annuler les exercices militaires qui ont lieu annuellement des deux côtés de l’île divisée et qui éveillent des tensions récurrentes dans la région.
M. Christofias, qui est arrivé à Bruxelles hier 14 octobre en vue du sommet des dirigeants de l’UE, vient tout juste de tenir un cinquième tour de négociations avec le leader chypriote Mehmet Ali Talat.
A la suite des discussions, qui ont eu lieu dans une zone tampon protégée par l’ONU, M. Christofias a annoncé l’annulation d’un exercice militaire qui devait durer cinq jours. Parallèlement, un porte-parole chypriote turc a déclaré que les manœuvres militaires de la Turquie allaient également être reportées.
« Annuler les exercices militaires était une initiative et une proposition venant de ma part. Puisqu’il est maintenant temps de négocier, je veux que l’atmosphère des négociations soit calme, posée et pacifique. Et bien sûr, je suis heureux que la Turquie ait accepté ma proposition et que nous ayons annulé les exercices des deux côtés », a déclaré M. Christofias à EURACTIV.
Le président a ajouté que quand il se réfère à la « Turquie », cela signifie pour lui « Ankara ».
« Ne compliquons pas les choses. Les troupes qui sont ici [dans la partie nord de Chypre] sont sous le contrôle d’Ankara, et non de Chypriotes turcs ou de compatriotes.
C’est pourquoi Ankara a pris une bonne décision, c’est un signal positif », a indiqué M Christofias.
Le président de Chypre a pris des gants, s’efforçant de ne pas donner un message trop optimiste avant le début des discussions, qui auront lieu sous l’égide de l’Australien Alexander Downer, conseiller spécial sur Chypre auprès de l’ONU et ancien ministre des Affaires étrangères.
Au cours des discussion de lundi, M. Christofias a indiqué que les deux parties ont examiné la question du partage du pouvoir sur l’île divisée. On s’attend à ce que Chypre devienne un Etat fédéral unique, a-t-il affirmé, avec une même nationalité pour tous les Chypriotes. Mais les Chypriotes turcs font pression pour une confédération, dont le système serait moins contraignant, en promouvant un statut qui n’a pas été reconnu au niveau international, celui de la « République turque de Chypre du Nord ».
M. Christofias a indiqué qu’il entretenait une « relation spéciale » avec le leader chypriote turc Mehmet Ali Talat, qu’il a qualifié « d’ami ». Les deux dirigeants sont de gauche, ils ne professent pas le nationalisme et n’ont pas d’opinions religieuses tranchées. Ils sont tous les deux nés à Kyrenia, une ville portuaire historique dans la partie nord occupée.
« Je vais être franc : il y a parfois des difficultés, des opinions divergentes, des visions différentes. Mais les négociations ont pour objectif de surmonter ces différences.
Nous devons essayer – et je vais faire tout mon possible pour y parvenir – de trouver un langage commun avec mon ami Mehmed Ali Talat afin de vaincre les différences et d’aboutir ensemble à des décisions et à des accords qui seront utiles uniquement aux Chypriotes, et non aux étrangers », a-t-il déclaré.
Par rapport au message qu’il souhaite que l’UE transmette, il a indiqué que selon la position défendue de longue date par son pays, la communauté internationale devrait inviter la Turquie à se montrer constructive et à ne pas intervenir dans les affaires de son pays.
« Il s’agit de notre position définitive, pas uniquement vis-à-vis de l’UE mais aussi vis-à-vis du Conseil de sécurité de l’ONU », a déclaré le président chypriote.

