L’UE veut arrimer les Balkans occidentaux

Johannes Hahn et Federica Mogherini. [European Commission]

La Commission souhaite à terme ancrer les pays des Balkans occidentaux à l’Europe. Mais l’enthousiasme des citoyens s’érode.

« Ancrer les Balkans dans une perspective d’adhésion européenne est dans l’intérêt de l’UE ». Pour la Haute Représentante, Federica Mogherini, c’est une évidence.

« Cet avenir européen, fondé sur le mérite, des Balkans occidentaux est dans l’intérêt économique, sécuritaire et politique de l’union », estime-t-elle. « C’est un investissement géostratégique dans une Europe stable, forte et unie, fondée sur des valeurs communes. »

La présidence bulgare met les Balkans à l’agenda politique de l’UE

Pour sa première présidence tournante de l’UE, dix ans après son entrée dans le bloc, la Bulgarie compte centrer son attention sur les Balkans, la sécurité, l’immigration et la cohésion. Un article de notre partenaire Euroefe.

Le hic

Federica Mogherini reconnait certes que la Russie a  un intérêt dans la région. Moscou tente en effet de décourager les pays des Balkans occidentaux d’adhérer à l’UE et à l’OTAN, une raison de plus, selon certains, pour que l’UE leur prête davantage d’attention.

C’est pourquoi, dans son dernier discours sur l’état de l’Union, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a souhaité une « perspective d’élargissement crédible ». Histoire de ne pas perdre en route l’intérêt pour l’UE des pays en question.

Les influences russe et chinoise croissantes dans la région, qui a connu de violents conflits ethniques dans les années 1990, après la chute de la Yougoslavie, pourraient cependant compliquer l’intégration de l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine, le Monténégro et la Serbie.

« La corruption est monnaie courante, à cause des réseaux de criminalité organisée qui ont émergé de l’appareil sécuritaire communiste. L’influence des États-Unis dans la région diminue, et la Russie devient de plus en plus revancharde. Et pour la plupart de ces pays, la voie vers l’Europe est toujours marquée d’un point d’interrogation », regrette Guy Verhofstadt, président du groupe ALDE au Parlement européen.

Dans certains de ces pays, l’enthousiasme à l’égard de l’UE s’est également refroidi, comme l’a démontré le Baromètre des Balkans en 2017.

« Nous, Européens, devrions être plus sûr de nous », estime cependant le commissaire à l’élargissement, Johannes Hahn. « 75 % des échanges de la région sont réalisés avec l’UE. Et l’adhésion à l’UE n’est pas uniquement liée à un intérêt économique, c’est également un engagement vis-à-vis des valeurs. »

Pourtant, depuis le sommet de Thessalonique, en 2003, quand l’UE a déclaré son « soutien sans retenue » à l’adhésion des pays de la région, peu de choses ont évolué.

Processus au mérite

Jusqu’ici, seule la Croatie est ainsi parvenue à entrer dans l’UE. Pour l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine, le Monténégro et la Serbie, la voie de l’adhésion s’est révélée plus difficile.

À ce jour, le résultat le plus tangible du processus est la suppression des visas entre les Balkans et l’UE. Les six pays candidats ont tous signé des accords de stabilisation et d’association avec le bloc. La Serbie et le Monténégro sont les plus avancés et ont ouvert une série de chapitres de négociation sur les acquis européens. Ils pourraient donc rejoindre l’union dès 2025.

Les spécialistes de la région ont identifié une série de tendances générales inquiétantes qui devraient devenir des priorités dans les discussions d’adhésion : l’érosion de la démocratie, de l’état de droit et de la liberté de la presse ; des performances économiques à la traine ; une recrudescence du nationalisme et la croissance d’influences extérieures.

L’exécutif européen a donc annoncé six initiatives de soutien des efforts de transformation dans les Balkans occidentaux, qui se concentreront notamment sur l’état de droit, la coopération sur la sécurité et l’immigration via des équipes d’enquête communes.

« Les pays devront agir avec détermination. L’adhésion est et restera un processus fondé sur le mérite qui dépend entièrement des progrès objectifs réalisés par chaque pays », a rappelé Johannes Hahn, soulignant que les pays pourraient se rattraper ou se dépasser en fonction des progrès réalisés.

Haro sur les différends bilatéraux

L’UE a fixé ses lignes rouges. Au-delà de la transposition de l’acquis communautaire (toute la législation européenne), il existe d’importants différends bilatéraux entre les pays de la région qui restent à résoudre.

Il s’agit notamment des relations tendues entre la Serbie et son ancienne province du Kosovo, qui a déclaré son indépendance en 2008, mais aussi du conflit opposant la Macédoine et la Grèce, ainsi que des frontières et des questions découlant des guerres des années 1990.

« Nous n’accepterons un nouvel État membre que s’il a résolu ses conflits avec ses voisins », a assuré le commissaire, ajoutant que l’UE n’importera pas de différends bilatéraux et n’absorbera pas l’instabilité qui pourrait en résulter.

Tusk met en garde contre un scénario à la « Game of thrones » dans les Balkans

Alors que Bruxelles cherche à encourager les efforts de la région pour se réformer, le président du Conseil européen craint que les choses ne dégénèrent.

Il existe pourtant un tel différend dans l’UE : entre Zagreb et Ljubljana. Plus tôt mardi, les députés européens et la Commission européenne ont d’ailleurs appelé le Premier ministre croate à se rendre en Slovénie afin de résoudre le différend frontalier des deux pays.

« Les intérêts à court terme et les considérations géopolitiques ne peuvent conduire à des exceptions aux critères d’adhésion », a averti l’eurodéputée libérale Marietje Schaake.

Elle cite l’exemple de la Turquie, également candidate à l’adhésion. « La Commission ne peut pas attendre plus longtemps pour montrer clairement à Recep Tayyip Erdoğan que ce sont ses politiques autocratiques qui ferment la porte de l’Europe à la Turquie. Si nous ne le faisons pas, cela sapera notre crédibilité et notre influence sur les pays qui souhaitent encore adhérer à l’UE. »

Le président Juncker se rendra dans chacun des pays des Balkans occidentaux à la fin de ce mois avec un message clair : continuez à réformer et nous continuerons à soutenir votre avenir européen.

L’élan diplomatique sera renouvelé en mai, lorsque les dirigeants de l’UE rencontreront leurs six homologues des Balkans lors d’un sommet spécial sur l’élargissement à Sofia, car la stratégie  dévoilée ces jours-ci est l’une des priorités de la présidence bulgare de l’UE.

Bruxelles tente de garder ses distances avec la Turquie

Si le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE n’a pas été officiellement annulé ou suspendu, la Commission ne travaille plus sur de nouveaux chapitres de négociations. Mais Ankara continue de réclamer son entrée dans l’Union.

 

Réactions

The Ministry of Foreign Affairs of the Republic of Bulgaria said that it "welcomes the Strategy for the Western Balkans. A number of our ideas have found a place in it.

The document recognises the strategic importance of the region for Europe. That is why we are focusing on bringing the region back to the EU's agenda, for the first time in 15 years. For the first time after the Thessaloniki Summit in 2003, in May this year, Bulgaria will bring together all the leaders of Europe and of the region to move faster together towards our common goal.

The strategy applies to all six countries, which should accelerate reforms and build good neighbourly relations. Progress will continue to be based on the individual achievements of each individual country; no country that is ready will have to wait for another."

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