Géorgie : libération de Nika Melia grâce à l’UE

La libération de M. Melia, président de la principale force d’opposition de Géorgie, le Mouvement national uni (MNU), faisait partie d’un accord signé le mois dernier par le parti au pouvoir, le Rêve géorgien, et les dirigeants de l’opposition pour mettre fin à la crise, sous la médiation du président du Conseil européen, Charles Michel. EPA-EFE/ZURAB KURTSIKIDZE [Zurab Kurtsikidze/EPA/EFE]

Lundi (10 mai), la Géorgie a libéré Nika Melia, leader de l’opposition emprisonné, grâce à une caution versée par l’Union européenne, une mesure qui devrait désamorcer la crise politique dans ce pays du Caucase.

Ce pays situé à l’extrême sud-est de l’Europe est en proie à une crise depuis les élections législatives d’octobre dernier, que l’opposition a dénoncées comme truquées.

La libération de M. Melia, président de la principale force d’opposition de Géorgie, le Mouvement national uni (MNU), faisait partie d’un accord signé le mois dernier par le parti au pouvoir, le Rêve géorgien, et les dirigeants de l’opposition pour mettre fin à la crise, sous la médiation du président du Conseil européen, Charles Michel.

Brandissant des drapeaux géorgiens et européens, des centaines de partisans ont accueilli M. Melia à sa sortie d’un établissement pénitentiaire de la ville de Rustavi, à quelque 25 kilomètres au sud-est de la capitale Tbilissi.

« Je veux souhaiter la libération de tous les prisonniers politiques en Géorgie », a déclaré M. Melia à la foule.

« Nous sommes confrontés à un adversaire impitoyable », a-t-il ajouté, en faisant référence au parti au pouvoir. « Malheureusement, je ne suis pas le dernier prisonnier politique en Géorgie. »

L’avocat de M. Melia, Dito Sadzaglishvili, a déclaré à l’AFP plus tôt lundi que la libération du politique avait été ordonnée par le tribunal de la ville de Tbilissi après que l’UE a accepté de payer sa caution.

Samedi, Bruxelles avait versé une caution de 11 600 dollars (9 500 euros) pour permettre la libération de M. Melia, la décrivant comme « une étape importante franchie pour mettre fin à la crise politique en Géorgie ».

Le leader de l’opposition

Nika Melia, 41 ans, a été arrêté en février lors d’une violente descente de police au siège de son parti, ce qui a déclenché des manifestations de masse.

Son arrestation a fait suite à une décision de justice de le placer en détention provisoire après qu’il a refusé de payer des frais de caution plus élevés avant les audiences dans une affaire liée aux manifestations antigouvernementales de 2019.

Il a dénoncé cette affaire comme étant politiquement motivée.

Le Premier ministre de l’époque, Giorgi Gakharia, a démissionné en raison des projets de son gouvernement de placer M. Melia en détention.

Bruxelles et Washington ont pris la tête d’un concert de condamnations internationales, alors que les craintes s’intensifiaient à l’Ouest face à ce qui était perçu comme un recul de la Géorgie par rapport à ses engagements en matière de démocratie.

M. Melia avait unifié l’opposition géorgienne, traditionnellement fracturée, avant les élections contestées d’octobre, s’imposant comme un leader respecté de tous les partis qui a développé un front d’opposition sans précédent contre le Rêve géorgien.

Au pouvoir depuis 2012, Rêve géorgien a remporté de justesse les élections législatives d’octobre, l’opposition organisant régulièrement des manifestations de masse dans les mois qui ont suivi pour exiger un nouveau vote.

En mars, M. Michel a entamé des pourparlers interpartis qui ont amené le gouvernement géorgien et plusieurs partis d’opposition à conclure un accord en avril.

Cet accord engage les partis d’opposition à entrer au Parlement, tandis que Rêve géorgien a promis de vastes réformes politiques, électorales et judiciaires.

Dans le cadre du pacte, le parti au pouvoir s’est engagé à résoudre les cas de « justice perçue comme politisée » par des amnisties ou des mesures similaires dans un délai d’une semaine – la clause qui concerne l’affaire pénale contre M. Melia.

Bruxelles a également proposé de verser une caution au nom de M. Melia afin qu’il soit libéré avant l’adoption de la loi d’amnistie.

Un drame éventuel en perspective

L’UNM n’a pas voulu se joindre à l’accord conclu en avril sous l’égide de l’Union européenne et signé par le parti au pouvoir et la plupart des partis d’opposition, affirmant qu’elle n’envisagerait de le faire qu’après la libération de M. Melia.

Le refus de l’UNM et d’un autre parti d’opposition, la Géorgie européenne, de signer l’accord et de mettre fin à leur boycott parlementaire a laissé une quarantaine de sièges vacants au sein de l’Assemblée législative géorgienne, qui compte 150 membres.

L’ex-président géorgien en exil et fondateur de l’UNM, Mikheil Saakashvili, a exhorté son parti à signer l’accord malgré ses « graves lacunes » et à entrer au Parlement après la libération de M. Melia.

Mais, dans une annonce qui devrait ajouter du piment au paysage politique imprévisible de la Géorgie, l’ancien dirigeant réformateur a déclaré le mois dernier qu’il rentrerait d’exil en Ukraine avant les élections locales de cette année.

Président pro-occidental de la Géorgie en 2004-2013, M. Saakashvili a été condamné en 2018 par un tribunal géorgien à six ans de prison pour abus de pouvoir présumé, une décision qu’il a dénoncée comme étant politiquement motivée.

Des responsables ont prévenu que M. Saakachvili serait arrêté s’il revenait.

Sa condamnation et les accusations portées contre ses alliés par le gouvernement du Rêve géorgien ont suscité des critiques de l’Occident.

Subscribe to our newsletters

Subscribe