Géorgie : le parti au pouvoir et l’opposition signent un pacte avec l’UE

M. Michel a salué l'accord comme « une manière véritablement européenne de résoudre la crise». [Council Newsroom]

Lundi (19 avril), le parti au pouvoir en Géorgie et l’opposition ont signé un accord sous l’égide de l’Union européenne afin de mettre un terme à une crise politique de plusieurs mois qui a suscité des inquiétudes en Occident quant au recul de la démocratie dans ce pays du Caucase.

Mettant fin au boycott parlementaire de l’opposition et ouvrant la voie à de vastes réformes électorales et judiciaires, l’accord anticrise – présenté la veille par le président du Conseil européen Charles Michel – a été signé par des représentants de tous les partis politiques.

La principale force d’opposition géorgienne, le Mouvement national uni (MNU), se joindra à l’accord « une fois que son leader Nika Melia aura été libéré de prison, comme le prévoit l’accord », a déclaré à l’AFP Salomé Samadachvili, l’une des dirigeantes du parti qui a signé le pacte à titre personnel.

M. Michel a salué l’accord comme « une manière véritablement européenne de résoudre la crise».

« Cet accord est le point de départ de votre travail visant à consolider la démocratie géorgienne et à faire avancer la Géorgie vers son avenir euro-atlantique », a-t-il ajouté.

Il a supervisé la cérémonie de signature télévisée qui s’est déroulée au palais présidentiel de Géorgie par liaison vidéo depuis Bruxelles et devait se rendre dans la capitale Tbilissi mardi.

M. Michel a déclaré qu’il discuterait avec les dirigeants politiques géorgiens de mesures communes visant à renforcer les liens entre Bruxelles et cette nation aspirante à l’UE, située à l’extrême sud-est de l’Europe.

L’ex-pays soviétique est en proie à une crise politique depuis les élections législatives d’octobre, dont les partis d’opposition ont dénoncé le caractère truqué.

Après le vote, les législateurs de l’opposition ont refusé de siéger au nouveau Parlement et ont organisé des manifestations de masse pour réclamer des élections anticipées.

Une justice politisée

L’impasse s’est aggravée en février après que la police a arrêté le dirigeant de l’UNM, M. Melia, lors d’une descente violente au siège de son parti, ce qui a entraîné la démission du Premier ministre et une condamnation rapide de l’Occident.

Lors d’une visite à Tbilissi le mois dernier, M. Michel a entamé des pourparlers entre les partis afin de désamorcer la spirale de la crise. Les partis sont parvenus à un accord après deux tentatives infructueuses.

L’accord engage les partis d’opposition à entrer au Parlement, tandis que le parti au pouvoir, Rêve géorgien, s’est engagé à résoudre les cas de « justice perçue comme politisée » par des amnisties ou des mesures similaires dans un délai d’une semaine.

Cette clause concerne l’affaire pénale de Nika Melia, qui est accusé d’avoir organisé des violences de masse lors de manifestations antigouvernementales en 2019 – une affaire qu’il juge politiquement motivée.

L’accord prévoit la convocation d’élections législatives anticipées en 2022 si le parti Rêve géorgien obtient moins de 43 % aux prochaines élections locales.

Il fixe également les règles de partage du pouvoir au Parlement – garantissant que les législateurs de l’opposition présideront cinq commissions – et stipule de vastes réformes judiciaires et électorales.

Un système instable

Les États-Unis ont salué l’accord « qui met fin à la crise politique en Géorgie ».

Cependant, bien que Michel ait déclaré que la « crise [était] terminée », l’UNM a réitéré ses plans d’organiser un rassemblement antigouvernemental de masse le 15 mai, affirmant que l’impasse ne pourrait être considérée comme résolue qu’après la sortie de prison de M. Melia.

Louant « certaines clauses positives » de l’accord, un dirigeant de l’UNM, Ako Minashvili, a déclaré à l’AFP que « la sortie de crise nécessiterait de s’attaquer aux problèmes fondamentaux » de la démocratie naissante en Géorgie.

Au pouvoir depuis 2012, Rêve géorgien et son fondateur milliardaire Bidzina Ivanishvili ont essuyé les critiques croissantes de l’Occident sur la dégradation du bilan démocratique du pays.

Les critiques accusent M. Ivanishvili — qui est largement considéré comme menant la barque en Géorgie bien qu’il n’ait aucun rôle officiel — de persécuter les opposants politiques et de créer un système corrompu où les intérêts privés imprègnent la politique.

« Un système politique aussi instable continuera à produire des crises politiques à l’avenir », a déclaré M. Minashvili.

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