Interdiction de l’AKP : l’UE rejette la décision de la Cour turque [FR]

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Le commissaire européen à l’Elargissement, Olli Rehn, a dénoncé une décision prise par la Cour constitutionnelle turque qui a jugé recevable la demande d’interdiction du Parti de la justice et du développement (AKP), actuellement au pouvoir. Selon la Cour d’Appel, l’AKP menaçait les fondements laïques de la République turque. 

La décision de la plus haute juridiction du pays annoncée lundi 31 mars est le dernier conflit en date opposant  l’autorité laïque turc à l’AKP, le parti modéré musulman du Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan et le président Abdullah Gül, réélu au pouvoir en 2007. 

Le procès qui pourrait durer au moins six mois est largement considéré comme un test des aspirations turques à l’adhésion européenne et la réalisation des normes démocratiques occidentales.

Selon le commissaire européen à l’Elargissement, Olli Rehn, il y a plus en jeu que la question du pouvoir. « Dans une démocratie européenne normale, ces sujets politiques doivent être débattus au parlement et tranchés par les urnes, pas par les tribunaux », a déclaré M. Rehn en condamnant clairement la décision de la Cour constitutionnelle.

Cette affaire lancée au début du mois par le procureur en chef de la Cour de cassation turque a demandé l’interdiction de l’AKP aux motifs que le parti menace le fondement laïc de la République du pays.

Cependant, M. Rehn a déclaré qu’une telle mesure peut seulement être justifiée dans le cas où les partis revendiquent l’usage de la violence ou utilisent la violence comme un moyen politique de renverser l’ordre constitutionnel démocratique. Il a ajouté qu’il ne voyait pas de telles justifications dans cette affaire.

M. Rehn a suggéré qu’il était nécessaire de résoudre cette question par une réforme profonde. Selon lui, cette affaire a révélé une « erreur systématique » du régime turc qui devrait résoudre ce problème par un amendement constitutionnel. 

La mise à l’écart survient après que l’AKP ait été réélu au pouvoir l’été dernier. Ce vote a été marqué par une grave crise politique concernant l’héritage laïc de la Turquie dont la population est majoritairement musulmane. Quelques jours avant les élections, l’opposition et des millions de mécontents avaient manifesté dans les rues, l’armée menaçant même d’intervenir au nom de la défense des principes laïcs de l’Etat. 

 L’association d’industriels et d’entrepreneurs turcs Tüsiad a appelé le pays à éviter la polarisation politique et a demandé à chaque parti de rester détaché des principes intrinsèques de leur démocratie, à savoir la règle de droit et la séparation des pouvoirs.

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