Pour Juncker, la Turquie «s’éloigne de l’Europe à pas de géants»

Jean-Claude Juncker [European Commission]

La Turquie s’éloigne à « pas de géants » de l’Europe et c’est entièrement de la faute du « système Erdoğan », a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

« La Turquie s’éloigne de l’Europe à pas de géants. La question est de savoir si nous devons mettre fin aux négociations avec la Turquie, mais tout cela n’est que pur théorie puisqu’il n’y a pas de négociations pour l’instant », a déclaré Jean-Claude Juncker lors d’une réunion des ambassadeurs européens à Bruxelles.

Jean-Claude Juncker, à la barre de l’exécutif européen depuis novembre 2014, doute que Recep Tayyip Erdoğan veuille vraiment que l’UE mette un terme aux négociations d’adhésion, entamées en 2005 et suspendues en novembre 2016 à cause du non-respect des droits de l’homme et de l’État de droit en Turquie.

« Les négociations d’adhésion de la Turquie doivent être annulées »

Manfred Weber, président du Parti populaire européen, estime qu’une décision ferme doit être prise contre le gouvernement turc et que les négociations d’adhésion doivent être annulées. Un entretien de notre partenaire, Der Tagesspiegel.

« Je pense qu’il voudrait que l’UE dise qu’elle veut mettre fin aux négociations pour qu’il puisse jeter toute la responsabilité sur l’Europe et non sur la Turquie… Je voudrais donc que nous procédions de telle manière que les Turcs réalisent que ce sont eux, le système Erdoğan, qui rendent l’adhésion de la Turquie impossible », a affirmé le président de la Commission.

Les dirigeants occidentaux critiquent la manière dont Recep Tayyip Erdoğan sévit contre ses opposants politiques depuis le coup d’État avorté de juillet 2016.

L’UE s’est montrée particulièrement inquiète des tendances autoritaristes croissantes en Turquie – pourtant membre de l’OTAN et allié occidental clé pour les pays musulmans – depuis le référendum d’avril lors duquel le président a obtenu les pleins pouvoirs.

Pour Recep Tayyip Erdoğan, la répression et les pouvoirs présidentiels sont nécessaires pour faire face aux défis sécuritaires de taille auxquels la Turquie est confrontée à l’intérieur du pays et au-delà des frontières.

Erdoğan proche de la rupture avec l’UE

La courte victoire du président turc au référendum sur un renforcement de ses pouvoirs laisse augurer d’un nouveau durcissement des relations déjà très tendues entre la Turquie et l’UE.

Le commissaire à l’élargissement, Johannes Hahn a récemment déclaré aux médias allemands qu’il était temps que Bruxelles change d’approche vis-à-vis de ses relations avec la Turquie, après que Erdoğan a appelé les Turcs allemands à ne pas voter pour les deux partis au pouvoir aux élections fédérales de septembre.

« Je crois qu’il est temps que les États membres discutent des implications stratégiques de ce comportement. Hausser les épaules n’est pas une stratégie politique sur le long terme », a déclaré le commissaire au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, le 21 août.