Les négociations Serbie-Kosovo bloquent à nouveau

epa06932149 Le président serbe, Aleksandar Vucic, lors d’une conférence de presse à Belgrade, en Serbie, le 7 août 2018. EPA-EFE/ANDREJ CUKIC [EPA-EFE/ANDREJ CUKIC]

Les négociations entre la Serbie et le Kosovo ont à nouveau été interrompues le 7 septembre, alors qu’elles semblaient en bonne voie.

Les présidents serbe et kosovar, Aleksandar Vučić et Hashim Thaçi, semblaient se diriger vers un accord, qui aurait pu inclure un échange territorial. Le 7 septembre, Aleksandar Vučić a cependant refusé de s’asseoir à la même table que son homologue kosovar, après s’être vu interdire l’accès à un barrage et à une centrale au Kosovo.

La normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie est une condition à l’adhésion à l’UE. À l’évidence, il ne sera pas facile d’y arriver.

Federica Mogherini, responsable de la diplomatie européenne, a indiqué que les échanges reprendront dans le courant du mois, mais a admis qu’il restait « des difficultés » à dépasser. Le 7 septembre, elle n’a pu s’entretenir avec les deux dirigeants que séparément.

Visite houleuse

Aleksandar Vučić prévoyait d’aller au Kosovo les 8 et 9 septembre afin de s’adresser aux habitants serbes de cette ancienne province. Il a indiqué vouloir annuler cette visite après s’être vu interdire l’accès à un barrage et à une centrale électrique par les autorités kosovares. Les installations se trouvent sur un lac divisant les communautés serbe et albanaise du pays.

« Il n’est pas certain de la manière dont nous allons poursuivre les pourparlers », a déclaré Marko Djurić, négociateur en chef de Belgrade sur le Kosovo. Sur son compte Twitter, l’homme politique serbe a publié le document des autorités du Kosovo interdisant la visite d’Aleksandar Vučić.

Le président serbe a tout de même fini par se rendre au Kosovo, où il s’est exprimé devant plusieurs milliers de Serbes à Mitrovica, dans le nord du pays. Il a également rendu hommage à l’ex président de Yougoslavie, Slobodan Milosevic, qu’il a qualifié de « grand leader serbe ». Milosevic est mort durant son procès, à Lahaye en 2006. Il était accusé de génocide et de crime contre l’humanité.

« Ses intentions étaient certainement les meilleures, mais nos résultats ont été beaucoup plus mauvais », a-t-il assuré face à une foule qui agitait des drapeaux de la Serbie.

Malgré l’interdiction, il a tenté de se rendre dans le village de Banje, mais en a été empêché par les barrages de plusieurs centaines d’Albanais kosovars.

« Vučić ne passe pas », « Ceux qui ont commis un génocide contre des civils innocents ne peuvent pas passer », pouvait-on lire sur des pancartes, a rapporté un photographe de l’AFP.

Dans son discours, Aleksandar Vučić a appelé ses compatriotes à accepter un « compromis » avec Pristina, en les assurant qu’une reconnaissance de l’indépendance du Kosovo n’était pas envisagée par Belgrade, malgré les exigences de l’UE.

Il a toutefois affirmé qu’« aucun projet de solution » n’était sur la table. « Mais il me semble que pour la première fois nous savons que nous devons nous parler et essayer de ménager nos relations ».

Les Serbes plus attachés à l’UE qu’au Kosovo

La candidature de la Serbie à l’Union européenne apparaît plus importante que la question de l’indépendance du Kosovo pour une majorité de citoyen du pays, selon un sondage.

Pas d’accord en vue

Le président serbe a déclaré qu’un accord avec le Kosovo, souhaité par Bruxelles, n’était pas à l’horizon, en déplorant la position de l’Allemagne, opposée à toute modification de frontières.

Les deux pays avaient évoqué la possibilité d’un échange de territoire pour résoudre leur différend. Cette proposition, qui touche notamment à la région majoritairement serbe du nord du Kosovo et à la vallée de Preševo, dans le sud de la Serbie, a été bien accueillie par la Commission. Elle a cependant été critiquée par certains observateurs, qui estiment qu’il serait dangereux d’ouvrir une telle boîte de Pandore dans une région à peine stabilisée.

« Nous ne sommes pas proches d’un accord quelconque. Nous n’avons pas le soutien pour cela de la communauté internationale, c’est évident, notamment de la première puissance européenne », a déclaré à la presse Aleksandar Vučić, interrogé sur les propos de la chancelière allemande Angela Merkel, attachée à la préservation des frontières actuelles dans les Balkans.

« Je crois que l’intégrité territoriale est un point de départ important pour rassembler la région et un jour avoir une coopération beaucoup plus étroite quand tous les pays seront membres de l’Union européenne », avait déclaré la chancelière allemande à Skopje, en marge d’une rencontre avec le Premier ministre macédonien.

« Nous avons un grand intérêt à une région stable », a-t-elle dit, en ajoutant que « la région des Balkans occidentaux est décisive pour la stabilité de l’ensemble de l’Union européenne ».

 

Bruxelles ouvre la porte à un changement des frontières serbo-kosovares

Pour régler le conflit entre Serbes et Albanais du Kosovo, Bruxelles devrait accepter un accord qui redessine les frontières selon la Commission européenne.

Contexte

La Serbie, soutenue par la Russie, rejette l'indépendance kosovare proclamée en 2008 et reconnue par plus de 110 pays dont la plupart des pays de l'Union européenne (à l’exception de la Grèce, l’Espagne, Chypre, la Roumaine et la Slovaquie) et les États-Unis.

Belgrade et Pristina ont affiché ces derniers temps leur volonté de relancer un dialogue sur la normalisation des relations, entamé en 2011 sous la houlette de Bruxelles, au point mort depuis des mois. Cette normalisation est une condition de leur éventuelle entrée dans l’UE.

La guerre au Kosovo, initiée par les nationalistes serbes, Slodoban Milosevic en tête, a fait pas moins de 130 000 morts. Aujourd’hui, 120 000 Serbes vivent encore au Kosovo, notamment dans le nord, ainsi que dans quelques enclaves dispersées sur le territoire. La grande majorité des 1,8 million d'habitants sont d’ethnie albanaise et de confession musulmane.

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