Tandis qu’une importante majorité de Tchèques et de Slovaques soutient l’adhésion de leur pays à l’espace Schengen, l’Allemagne et l’Autriche craignent que la criminalité et la prostitution ne traversent les frontières pour se propager dans leur pays. Parallèlement, cette situation crée déjà de nouveaux obstacles pour les Ukrainiens qui tentent d’entrer dans l’Union européenne, comme le rapporte EURACTIV République tchèque et Slovaquie.
Avec l’entrée en vigueur de Schengen, les conditions pour entrer dans l’UE et traverser les frontières extérieures, ainsi que la politique d’émission des visas, ont été harmonisées. Le système Schengen permet aux citoyens des Etats participants de circuler librement dans l’espace Schengen et aux étrangers de se déplacer dans la zone avec un seul visa.
- Les craintes de l’Allemagne et de l’Autriche
A l’origine, la référence du commissaire à la Justice, Franco Frattini, à un possible agrandissement de l’espace Schengen pour inclure les Etats de l’Europe centrale et orientale à partir d’avril 2005 avait été confrontée aux critiques des habitants des régions frontalières de l’Allemagne et de l’Autriche – régions voisines de la République tchèque. Ils avaient exprimé leurs craintes que l’agrandissement de l’espace Schengen ne permette aux criminels et aux prostituées des nouveaux membres de l’Europe de l’Est de traverser plus facilement les frontières.
Ces réserves de la « vieille Europe », ainsi que les propos de M. Frattini affirmant que les problèmes techniques concernant la sécurité des frontières pourraient retarder l’adhésion, ont alimenté le sentiment en République tchèque et dans d’autres Etats d’Europe centrale et orientale qu’ils n’étaient pas les bienvenus dans le « club ».
L’ancien ministre tchèque de l’Intérieur, Frantisek Bublan, a déclaré que les références aux problèmes techniques servaient uniquement à dissimuler le fait que certains pays ne souhaitaient pas voir les nouveaux Etats membres participer au système.
Les gouvernements tchèque et slovaque ont répondu à ces allégations en affirmant qu’un report serait considéré comme une mesure discriminatoire et ont demandé à l’UE de s’en tenir à la date fixée dans l’accord d’origine.
La République tchèque et d’autres Etats d’Europe centrale ont demandé une compensation à la Commission pour le retard occasionné. Même si la majorité des Slovaques salue l’ouverture des frontières, espérant qu’une telle mesure facilitera les déplacements, les habitants des régions frontalières entre la Slovaquie et l’Ukraine ont un tout autre avis sur l’élargissement de l’espace Schengen.
- Une nouvelle frontière entre la Slovaquie et l’Ukraine
La Slovaquie – contrairement à son voisin tchèque, uniquement entouré de membres de l’espace Schengen – partage une frontière de 97 kilomètres avec l’Ukraine, qui n’est pas membre de Schengen et n’a aucune perspective d’adhésion à l’espace.
Pour surveiller et sécuriser cette frontière, 900 agents de polices et 250 caméras sont aujourd’hui en place.
Pour beaucoup, vivre dans la partie Est de la Slovaquie facilite davantage les affaires avec l’Ukraine que le fait de se rendre à la capitale située de l’autre côté du pays. Ils ne sont donc pas inquiets concernant la disparition de la frontière entre la Slovaquie et l’Autriche, mais restent sceptiques concernant la frontière avec l’Ukraine, comme l’a déclaré Vladimir Ben?, analyste pour l’Association slovaque de politique étrangère.
Les négociations à la veille de la décision consistant à étendre l’espace Schengen ont également été accompagnées d’inquiétudes de la part de l’Ukraine. Beaucoup d’Ukrainiens craignent que des liens familiaux soient altérés et que les investisseurs soient de plus en plus réticents à faire des affaires de l’autre côté de la frontière Schengen.
- Emettre des visas aux pays non-membres de l’espace Schengen
Le prix et la disponibilité des visas Schengen sont une autre source d’inquiétudes. Les experts avertissent que la procédure complexe d’obtention d’un visa Schengen pourrait avoir des répercussions négatives sur le secteur du tourisme dans l’Est de la Slovaquie.
Les citoyens habitant le long de la frontière fondent leurs espoirs sur la conclusion d’un accord bilatéral entre la Slovaquie et l’Ukraine sur le petit trafic frontalier, une mesure que les autorités ont promis d’adopter début 2008. Selon cet accord, les personnes vivant dans un rayon de 50 kilomètres de la frontière ne seront pas soumises au régime du visa Schengen.
Robert Fico, le Premier ministre slovaque, espère assister à une amélioration de la coordination entre la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie, ces pays devant intégrer l’espace Schengen de façon simultanée, ainsi qu’avec l’Ukraine pour faciliter le processus d’émission des visas.

