L’UE met sur pause le processus d’élargissement

Serbian Deputy Prime Minister Kori Udovi?ki

Deputy Prime Minister Kori Udovi?ki said Serbia will join EU in 2020

La Serbie a dit regretté le gel du processus européen d’élargissement. Pour l’Union européenne, cette décision ne remet pas en cause l’adhésion, mais ne fait que la retarder. Un article d’EURACTIV Serbie. 

La Serbie et les pays des Balkans occidentaux devront encore patienter de longues années avant de pouvoir intégrer l’Union européenne. Le nouveau président de la Commisssion, Jean-Claude Juncker, a indiqué que le processus d’élargissement allait être gelé le temps du prochain mandat.

Belgrade a cependant salué la décision d’intégrer l’élargissement dans les missions qui incomberont à Johannes Hahn. Ces derniers mois, les spéculations allaient bon train pour savoir si la Commission sous M. Juncker comprendra un commissaire à l’élargissement ou non.

Selon un document qui a fuité le 2 septembre dernier, l’Autrichien Johannes Hahn, devait être en charge seulement de la politique de voisinage. L’élargissement faisait partie de sa juridiction, même si ce volet politique n’était pas clairement inscrit dans l’intitulé du poste du commissaire. Ce qui de facto relayait ce portefeuille au second plan.

Pas d’élargissement dans les cinq ans

Le 15 juillet dernier, Jean-Claude Juncker avait déclaré devant le Parlement européen que l’UE n’accueillerait aucun nouvel État membre dans les cinq prochaines années. Les négociations en cours continueront cependant, avait-il alors précisé. Il a par ailleurs ajouté que l’Europe devrait être fière de sa réunification, et que le temps était venu de ne plus différencier les « nouveaux membres » des « anciens membres ».

Certes, aucun des pays candidats n’a de réelles chances de devenir un État membre durant le mandat à venir, mais de nombreux pays ont le statut de pays candidats (l’Albanie, la Macédoine, le Monténégro, la Serbie et la Turquie) dont trois sont en train de mener des négociations dans le cadre du processus d’adhésion (le Monténégro, la Serbie et la Turquie). L’Islande a officiellement encore le statut de candidat, même si le pays a changé ses plans et ne compte plus rejoindre l’UE.

Selon les médias et la classe politique serbes, la nomination de l’Autrichien au poste de commissaire à la politique de voisinage et à l’élargissement tient à sa connaissance des Balkans et de l’Europe de l’est. Ils ont rappelé également qu’en tant que commissaire des politiques régionales, il s’était rendu en Serbie et dans la région des Balkans immédiatement après les graves inondations de mai dernier.

Belgrade a également salué les propos de la future haute représentante de l’UE et vice-présidente de la Commission, Federica Mogherini, pour qui l’élargissement de l’UE est nécessaire. 

Néanmoins, de l’avis de nombreux experts, il faudra plus de cinq ans avant que les pays des Balkans occidentaux puissent intégrer l’UE.

La Serbie espère pouvoir intégrer de l’UE autour de 2020

Cette pause dans l’élargissement de l’UE n’empêche pas la Serbie de poursuivre et de clôturer ses négociations d’adhésion, qui ont commencé en janvier de cette année et devraient prendre fin en 2018. Le pays deviendrait alors membre autour de 2020, lors du début du mandat de la prochaine Commission et lors du prochain exercice budgétaire européen.

La vice-première ministre serbe, Kori Udovi?ki, a confirmé publiquement les projets et espoirs de la Serbie. Elle a assuré que cette pause dans l’élargissement lors du prochain mandat ne remettait  en cause en aucune manière les perspectives d’adhésion des pays des Balkans occidentaux.

Lors d’un évènement, Kori Udovi?ki, a assuré que M. Juncker a garanti la poursuite des négociations technique dans le cadre du processus d’élargissement.

« Est-ce que cela signifie que les chances pour les pays des Balkans occidentaux [d’intégrer l’UE] s’amenuisent ? Nous ne le pensons pas. Y a-t-il des raisons d’intensifier et d’accélérer ce processus? Nous le pensons », a-t-elle déclaré lors d’un évènement organisé par la Fondation allemande Friedrich Ebert et par le Center for Foreign Policy de Belgrade.

Elle a insisté aussi sur la nécessité de mener des réformes, parmi lesquelles celles de renforcer l’économie et de créer des emplois. Quelque 49 % de la population active en Serbie est actuellement employée, soit un taux en dessous de la moyenne de l’UE qui est actuellement à 65 %.

Il est compréhensible que l’UE ne souhaite pas compter des pays « malades économiquement » parmi ses membres, a-t-elle déclaré, car l’Union veut éviter toute nouvelle crise comme celle qu’elle a dû traverser dernièrement.

Des messages contradictoires

La vice-ministre déléguée des affaires étrangères, Jela Ba?ovi?, considère pour sa part que Jean-Claude Juncker a envoyé « un signal plutôt clair », mais aussi quelques messages positifs. En outre, cette dernière a salué le discours de Federica Mogherini sur l’importance que revêtait la politique d’élargissement, un message encourageant aux yeux de la Serbe.

Le commissaire à l’élargissement de 1999 à 2004, Günter Verheugen, a en revanche parlé de « fatigue » à l’égard de l’élargissement. Même si la Commission n’a pas mis dans ses priorités la politique d’élargissement, ceci ne signifie pas pour autant qu’il n’y aura pas de politique d’élargissement, selon lui.

Pour lui, les pays des Balkans occidentaux devraient intensifier leurs efforts en vue de remplir les conditions préalables à l’adhésion. « Si des progrès sont réalisés, alors Bruxelles répondra favorablement. C’est inévitable», selon lui.

Aleksandra Joksimovi?, présidente du Center for Foreign Policy de Belgrade, nuance et affirme de son côté que l’UE envoie des messages contradictoires. À ses yeux, les pays candidats auront besoin de plus de cinq ans pour remplir les conditions préalables à l’adhésion de l’UE.

Pour Aleksandra Joksimovi?, la récente réunion des pays des Balkans occidentaux à Berlin est toutefois un signal positif de soutien envoyé par l’Allemagne. Problème : l’opinion publique est de moins en moins favorable à l’UE, a-t-elle admis. Cette pause est avant tout un message envoyé aux citoyens européens, a-t-elle conclu. 

Contexte

Les pays des Balkans occidentaux sont à des niveaux différents dans le processus d'adhésion à l'UE.

Toutes les phases sont représentées dans la région, de l'étape préparatoire à celle finale. Alors que le Kosovo en est au tout début du processus de négociations sur un accord de stabilisation et d'association, la Croatie est devenue un État membre de l'UE en juillet 2013.

Les négociations d'adhésion ont également commencé avec le Monténégro, qui a fait les plus grands progrès: plusieurs chapitres clés ont déjà été ouverts depuis le début des négociations. La Serbie espère ouvrir pour sa part les premiers chapitres d'adhésion à la fin ou au début de l'année prochaine.

Aux côtés des réformes, un aspect important du processus d'intégration des pays des Balkans occidentaux au sein de l'UE est le développement de la coopération régionale et de l'instauration de bonnes relations entre ces pays. La région a connu de nombreux conflits dans les années 90. 

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