L’UE ne veut pas interférer dans les relations entre Belgrade et Moscou

Poutine est partout. Belgrade, 2009. [Victor Markovic/Flickr]

Le commissaire à la politique de voisinage et aux négociations d’élargissement a soutenu l’adhésion de la Serbie à l’UE, lors d’une visite à Belgrade. Et a affiché une attitude tolérente face au sujet sensible de la relation privilégiée de Belgrade et Moscou. Un article d’Euractiv Serbie.

Après sa rencontre avec le président serbe, Tomislav Nikoli?, Johannes Hahn a déclaré qu’il n’existait « pour l’instant » aucune pression pour que la Serbie « adhère complètement à la politique de l’Union européenne » et impose des sanctions à l’encontre de la Russie. Il a toutefois ajouté qu’une harmonisation politique fait partie du processus de négociations.

Dans le cadre des négociations concernant l’adhésion de la Serbie, qui ont débutée le 21 janvier, le pays doit modifier ses lois pour qu’elles reflètent les acquis de l’UE et aligner sa politique extérieure sur la politique étrangère et de sécurité commune (PESC). Belgrade a pour objectif de remplir les conditions à l’adhésion d’ici fin 2018, afin de devenir un État membre aux environs de 2020.

« La situation est telle qu’elle est, et l’UE attend de la Serbie qu’elle harmonise progressivement sa politique étrangère, ce qui prend du temps », a concédé Johannes Hahn lors d’une conférence de presse commune avec Tomislav Nikoli?.

Lors de sa discussion avec le premier ministre serbe, Aleksandar Vu?i?, le 20 novembre, le commissaire à la politique de voisinage et aux négociations d’élargissement ne s’est pas appesanti sur les relations de la Serbie avec Moscou. Il a expliqué plus tard comprendre la position de Belgrade, étant donné sa relation particulière avec la Russie, et le fait que le pays n’est pas encore un État membre. « Il s’agit de l’une des raisons pour lesquelles la Serbie devrait faire partie de l’Union : les membres participent au processus de décision », a-t-il indiqué. 

Aleksandar Vu?i? a quant à lui expliqué qu’il avait parlé franchement des relations avec la Russie lors de son entretien avec Johannes Hahn et a répété que la Serbie « n’a qu’une politique » et ne sert d’autres intérêts que les siens.

Le pays est favorable à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, mais refuse d’appliquer les sanctions européennes à l’encontre de Moscou, étant donné ses relations politiques, économiques et énergétiques particulières avec la Russie.

>> Lire : La Serbie mise sur la solidarité avec l’UE face à l’embargo russe

L’adhésion à l’UE, un objectif stratégique pour Belgrade

Lors de sa conférence de presse commune avec le commissaire européen, Aleksandar Vu?i? a réitéré le souhait de la Serbie d’intégrer l’UE. « [L’adhésion] est un objectif stratégique pour la Serbie, et nous avons choisi le modèle sociétal auquel nous voulons appartenir. Nous voulons devenir un pays organisé et nous y travaillons déjà », a déclaré le premier ministre, qui a ajouté que la Serbie était prête à tout faire pour améliorer son système démocratique.

Johannes Hahn a pour sa part affirmé qu’il « travaillerait dur pour amener la Serbie au sein de la famille européenne » et pour la préparer entièrement à son adhésion.

La visite du commissaire européen en Serbie est aussi un signal fort dans la région, qui montre que l’UE n’abandonne pas sa politique d’élargissement, même si aucun nouvel État ne sera intégré dans les cinq prochaines années, le temps du mandat de la nouvelle commission.

Johannes Hahn est ensuite arrivé au Monténégro le 21 novembre.

Le début d’un nouveau chapitre ?

À Belgrade, le commissaire s’est déclaré convaincu que de nouveaux chapitres des négociations d’adhésion de la Serbie pourraient s’ouvrir dans les semaines à venir, tout en insistant sur l’importance d’une bonne préparation à ces négociations.

D’expérience, l’UE souhaite commencer par les chapitres 23 et 24, a-t-il annoncé. Ces chapitres concernent l’État de droit, les droits de l’Homme et la sécurité.

Les négociations d’adhésion de la Serbie ont officiellement commencé en janvier 2014. À l’approche du sommet européen de décembre, les Serbes se demandent si le premier chapitre de ces négociations serait bientôt ouvert.

Le 20 novembre, Aleksandar Vu?i? a affirmé ne pas avoir exigé ou demandé du commissaire européen l’ouverture des négociations avant la fin de l’année 2014, ou avoir donné quelque date que ce soit. Il faut que la Serbie continue de faire ce qu’elle a à faire, selon lui, et il revient à l’Union de décider si les conditions requises ont été remplies.

Le Kosovo, un obstacle potentiel

À ce jour, Belgrade s’est surtout préparée à l’ouverture du chapitre 32, qui concerne le contrôle financier, pour lequel aucun critère n’a été fixé et qui intéresse l’UE au plus haut point. La nouvelle approche de l’UE quant à l’élargissement est en effet centrée sur la gestion économique.

L’ordre d’examen des différents chapitres ne fait toutefois l’objet d’aucun consensus entre les États membres. Une chose est sûre : les chapitres 23 et 24 seront ouverts en premier et refermés en dernier. Le chapitre 35, qui concernera le suivi de la mise en œuvre des accords conclus jusqu’à ce jour entre Belgrade et Pristina, et des mesures encore à prendre dans ce domaine, sera aussi crucial dans le cas de la Serbie.

>> Lire : Le spectre du Kosovo complique l’adhésion de la Serbie à l’UE

Selon une enquête auprès d’un groupe d’ONG serbes et kosovares, seuls quatre des 16 accords conclus entre les deux parties, notamment grâce à la médiation de l’UE, ont été mis en œuvre à ce jour. Un résultat décevant lié à l’ambiguïté et au manque de précision des accords eux-mêmes.

Le dialogue serbo-kosovar est actuellement  interrompu, puisque la formation d’un gouvernement au Kosovo n’a pu être réalisée depuis les dernières élections, en juin. Le président serbe, Tomislav Nikoli?, a d’autre part déclaré suite à son entrevue avec le commissaire européen que ce dialogue ne pourrait pas évoluer si « le Kosovo continue de négocier comme s’il était un État indépendant ».

Les relations entre Belgrade et Pristina doivent être normalisées et les deux parties doivent concrétiser les accords qu’elles ont conclus, a souligné Johannes Hahn.

Il a ajouté que la Serbie devait poursuivre la mise en œuvre de réformes d’une manière constante, étant donné que le rythme des négociations d’adhésion dépendrait des progrès effectués vis-à-vis de Pristina.

>> Lire : Le Kosovo jette une ombre sur la visite « historique » de l’Albanie à Belgrade

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