La Commission souhaite que les anciens Etats membres ouvrent leur marché du travail aux travailleurs des huit nouveaux membres. L'afflux de travailleurs de l'Est maintes fois prédit ne s'est jamais produit et le Royaume-Uni, l'Irlande et la Suède, qui n'appliquent aucune restraiction sur leur marché du travail, ont eu des expériences "positives". En fait, le rapport de la Commission décrit comme "très limité" le flux de travailleurs entre les anciens et les nouveaux Etats membres. La mobilité professionnelle reste très limitée et n'a pas, en général, de répercussions sur les marchés du travail de l'Union. Selon ce même rapport, les Européens de l'Est qui se sont déplacés vers d'autres marchés du travail au sein de l'UE ont permis de pallier une pénurie de main d'oeuvre. D'après la Commission, le système du permis de travail encourage souvent les travailleurs à se tourner vers l'économie souterraine alors que dans les systèmes ouverts, les travailleurs ont tendance à suivre les règles en vigueur.
Le commissaire aux affaires sociales, Vladimir Spidla, a également demandé aux Etats membres de supprimer ou d'alléger leurs restrictions. Il les a incités "non seulement à tenir compte des statistiques mais également à adresser un message généralement positif à leurs citoyens quant aux perspectives de libre circulation dans l'Union Européenne".
Le commissaire au commerce, Peter Mandelson, a adopté la même position que M. Spidla lors d'un récent discours en République tchèque : "Ayez du courage, renoncez à vos peurs. Profitez des opportunités nées de l'élargissement qui s'offrent à tous les citoyens européens". Il a également mis en garde contre le populisme: "Pour moi, il ne fait aucun doute que l'échec des référendums en France et aux Pays-Bas est du à une montée du populisme à droite comme à gauche, notamment des peurs relatives à l'immigration et à la mondialisation, à la concurrence "étrangère", cristallisée dans certains Etats membres par le "plombier polonais"."
Les Conservateurs du Parlement européen estiment que les anciens membres de l'UE devraient suivre l'exemple du Royaume-Uni et ouvrir totalement leurs frontières aux travailleurs en provenance des nouveaux Etats membres. Le député européen Philip Bushill-Matthews a déclaré que "la réticence de la vieille Europe à ouvrir son marché du travail aux nouveaux Etats membres est le symbole de son échec à s'adapter au monde globalisé. Cela révèle également le fait que nos nouveaux amis sont considérés comme des citoyens de seconde classe. L'UE est censée être un espace de libre circulation des marchandises, des services, des capitaux mais également des personnes. La vieille Europe doit ouvrir son esprit en même temps que ses frontières, et ne pas ériger une ligne Maginot pour empêcher les évolutions."
L'Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe (ADLE), groupe parlementaire, estime pour sa part que "La libre circulation des travailleurs, comme la libre-circulation des services dont les nouveaux Etats membres sont aussi les bouc émissaires, sont des principes de base de l'Union depuis sa fondation et rien ne justifie qu'elle soit plus longtemps suspendue sous de faux prétextes". Selon le chef de l'ADLE, Graham Watson, "Le problème politique principal de l'Union européenne, c'est le manque de courage des dirigeants européens qui préfèrent suivre une opinion publique apeurée par la désinformation plutôt que de la guider comme on serait en droit de l'attendre de la part d'authentiques leaders".
Les parlementaires des quatre pays du Groupe Visegrad (République tchèque, Hongrie, Pologne et Slovaquie) considérent que les anciens Etats membres ont uniquement imposé des restrictions à la circulation des travailleurs pour des raisons politiques, car ils ne sont pas parvenus à prouver leur nécessité sur les plans économique et social.
Le Ministre britannique de l'immigration, Tony McNulty, a déclaré que le rapport de la Commission "a donné raison à la politique britannique d'ouverture de son marché du travail. Les travailleurs immigrés continuent d'occuper des postes vacants et contribuent ainsi à combler les lacunes de notre marché du travail".
Cependant, le ministre autrichien de l'économie, Martin Bartenstein, a affirmé que "l'expérience des anciens Etats membres qui ont choisi d'adopter une approche libérale - notamment le Royaume-Uni - incite à la prudence". M. Bartenstein a indiqué que l'Autriche doit, selon lui, maintenir ses restrictions, ajoutant que "lorsque la porte est ouverte, on peut pas la refermer".
Le Ministre allemand de l'économie, Michael Glos, a également confirmé l'intention de l'Allemagne de maintenir ses restrictions. "Nous ne pouvons pas nous en passer", a-t-il déclaré.
Tony Venables, directeur du Service d'action des citoyens européens (ECAS), estime que "sans le droit au travail, les autres droits restent lettre morte". ECAS prétend que les dispositions prises pendant la période de transition sont "injustes pour les nouveaux citoyens européens, et contreproductifs", et que leur maintien aura "des conséquences très importantes. Ces dispositions cultivent un sens de l'injustice et le sentiment aux gens d'être traités comme des citoyens de seconde classe. Ils agissent comme un virus suscpetible de contaminer d'autres politiques [...]".