La Commission reproche le manque de progrès dans les relations Serbie-Kosovo

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Le Haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Avant le premier anniversaire de l’accord d’Ohrid entre le Kosovo et la Serbie, la Commission européenne a déploré dimanche (18 mars) que les deux parties n’aient pas mis en œuvre leurs obligations. Le président serbe Aleksandar Vučić a réaffirmé son opposition à l’adhésion de Pristina au Conseil de l’Europe.

L’accord d’Ohrid scellé en mars dernier et son annexe étaient censés ouvrir la voie à la normalisation des relations entre les deux pays.

« Pour la première fois depuis le début du dialogue facilité par l’UE, les parties se sont mises d’accord sur des paramètres clairs qui définissent la trajectoire du processus de normalisation de leurs relations. Cet accord et sa mise en œuvre montreront clairement que l’avenir des deux partenaires est dans l’Union européenne », peut-on lire dans la déclaration.

Cependant, depuis lors, les tensions se sont ravivées à plusieurs reprises avec l’enlèvement présumé de trois officiers de police du Kosovo par la Serbie et l’attaque qualifiée de « terroriste » par l’UE à Banjska le 24 septembre, menée par Milan Radoicic, ancien vice-président du parti politique serbe du Kosovo soutenu par Belgrade, la Liste serbe.

Attentat terroriste au Kosovo : Pristina demande à Bruxelles de prendre des mesures contre la Serbie

Quatre mois après l’attaque qualifiée de « terroriste » par l’UE perpétrée par des Serbes au Kosovo, les autorités kosovares affirment avoir fourni des preuves suffisantes de l’implication de Belgrade dans les faits et invitent Bruxelles à prendre des mesures contre la Serbie.

« Il est regrettable qu’en dépit des nombreux efforts de l’UE et de la communauté internationale, le Kosovo et la Serbie n’aient réalisé que des progrès très limités dans la mise en œuvre des obligations qu’ils ont acceptées dans le cadre de l’accord », a déclaré le Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, dans sa déclaration.

L’accord n’a pas été signé car M. Vučić l’a refusé, alors que l’UE insiste sur le fait qu’il est contraignant dans son intégralité, sans signature, en vertu du droit international.

En décembre, la Première ministre serbe Ana Brnabić a écrit à la Commission pour confirmer formellement que Belgrade ne respecterait pas les obligations et les conditions des accords.

Mme Brnabić a notamment déclaré que la Serbie n’accepterait pas l’adhésion du Kosovo à une organisation des Nations unies ou tout autre facteur susceptible d’impliquer son indépendance.

La lettre expose également la position de la Serbie selon laquelle les accords ne sont en aucun cas juridiquement contraignants et que le Kosovo fait toujours partie de la Serbie.

Le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, a demandé à plusieurs reprises à M. Vučić de signer l’accord, dernièrement lors de la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, mais il a essuyé un refus.

« L’absence de mise en œuvre ne met pas seulement en péril l’intégration européenne des parties, mais nuit également à leur réputation de partenaires fiables et dignes de confiance », indique la déclaration de la Commission.

M. Borrell ajoute qu’il serait « temps » pour les pays de briser le cercle vicieux des crises et des tensions et de passer à une « nouvelle ère européenne », comprenant un avenir plus radieux pour les citoyens de la région.

« Nous attendons des dirigeants du Kosovo et de la Serbie qu’ils fassent preuve de responsabilité, de vision et de leadership en progressant dans la mise en œuvre sans plus attendre. C’est une occasion à ne pas manquer », a-t-il ajouté.

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Le « Clan de Novi Sad », dirigé par le ministre serbe de la Défense, a été impliqués dans l’attaque terroriste du 24 septembre à Banjska, dans le nord du Kosovo, a déclaré le Premier ministre kosovar, qui a également appelé à la création d’un tribunal spécial pour juger les crimes commis par les Serbes.

L’un des éléments de l’accord était que la Serbie ne devait pas faire obstacle à l’adhésion du Kosovo aux organisations internationales, mais dimanche, M. Vučić a réaffirmé son opposition, violant directement l’accord.

Il a accusé la Commission européenne de lui avoir menti, ajoutant qu’il changerait l’approche de son pays vis-à-vis du dialogue.

« Je vais expliquer comment nous avons été trompés, où et comment certains soi-disant amis nous ont menti, et bien d’autres encore, et cela concerne l’adhésion du Kosovo au Conseil de l’Europe », a déclaré M. Vučić.

Il a ajouté : « Ils pensent qu’ils ont le droit d’interpréter l’accord de manière erronée, pas de manière erronée ou comme ils le veulent, mais de manière erronée ».

Récemment, l’envoyé américain pour les Balkans occidentaux, Gabriel Escobar, a été critiqué pour avoir déclaré que le Kosovo avait encore du travail à faire avant de pouvoir rejoindre l’organe des droits de l’Homme basé à Strasbourg.

Plusieurs hommes politiques européens se sont rendus sur les réseaux sociaux pour souligner que leurs pays n’avaient pas leur mot à dire sur l’adhésion du Kosovo à l’organisation et que les États-Unis ne remplissaient même pas les conditions requises pour en faire partie en raison de leur application de la peine de mort.

Entre-temps, les appels se poursuivent pour que la Commission européenne prenne des mesures concernant l’attentat de Banjska.

Le Kosovo maintient qu’il a soumis un rapport final aux institutions européennes concernées, tandis que le principal porte-parole de l’UE pour les affaires étrangères, Peter Stano, a déclaré qu’aucun « rapport officiel final » n’avait été reçu.

Afin d’endiguer le flux de désinformation sur le sujet, Euractiv a envoyé des questions à M. Stano pour lui demander si des informations, des documents ou des preuves avaient été soumis par le Kosovo à la Commission européenne, ce qui manquait pour que ce rapport ne puisse pas être considéré comme un « rapport officiel final », et quel format ce rapport était censé prendre.

La demande a été ignorée, malgré de multiples rappels.

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