La France accuse la Roumanie de se décharger de ses Roms

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La Roumanie ne devrait pas interpréter la liberté de mouvement au sein de l’UE comme un droit de se décharger de sa population Rom aux dépens des autres pays, a dit hier (31 août) à la presse bruxelloise Pierre Lellouche, le secrétaire d’état français pour les affaires européennes, déclanchant une forte réaction de Bucarest. 

 

Dans une salle de presse française comble au sein du bâtiment du Conseil de l’UE, où beaucoup de journalistes étaient assis par terre, M. Lellouche est apparu devant la presse bruxelloise aux côtés d’Eric Besson, le ministre français pour l’immigration, l’intégration, l’identité nationale et le développement solidaire.

Tout deux sortaient d’une réunion avec les commissaires européennes Viviane Reding et Cecilia Malmström afin de discuter de la controverse au sujet des Roms (voir EURACTIV 27/08/10  pour plus d’informations). Des images d’Euronews ont montré les ministres français apparaître devant ce qui ressemblait à un tribunal, présidé par Mmes Reding et Malmström.

M. Lellouche a commencé en déplorant que depuis l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie en 2007, dans ses fonctions comme représentant élu de la région de Paris, il avait été forcé de chercher des réponses locales et nationales aux conséquences immédiates de l’arrivée des Roms.

C’est un problème épineux avec lequel je vis tous les jours dans mon propre district électoral, a-t-il dit.

En sa qualité de secrétaire d’état pour les affaires européennes, il a expliqué qu’il avait immédiatement porté la question au niveau de l’UE. Cependant il a regretté le manque de réponse venant d’ailleurs, ajoutant qu’il avait été le seul ministre à se rendre au European Roma Summit, tenu en avril à Cordoba, et a déclaré avoir lui-même demandé aux autorités roumaines de nommer un secrétaire d’état pour l’intégration des Roms.

La valse des nombres : de combien de Roms est-il question ?

Nous faisons face à un problème de grande envergure. Selon notre estimation, qui n’est pas nécessairement celle de tous les Etats membres, il y a 11 millions de Roms en Europe, desquels 9 millions sont des citoyens européens à part entière.

Selon la Commission européenne, il y a 1,9 millions de Roms en Roumanie, les associations parlent de 2 à 2,5 millions, et le gouvernement roumain parle de 500 000 Roms, a dit M. Lellouche.

Selon les traités européens, chaque Etat membre a le devoir de s’occuper de ses citoyens, a dit le secrétaire d’état français. Les traités reconnaissent la liberté de mouvement, a-t-il continué, mais dans sa vision, la liberté de mouvement ne devrait pas être au service du trafic des êtres humains.

Il a également ajouté que ces principes ne devraient pas être traduits dans la possibilité pour un Etat membre de se dérober à ses responsabilités, aux dépens des pays voisins.

M. Lellouche a usé du verbe français « se défausser », qui à l’origine signifie « se débarrasser d’une mauvaise carte ».

La France est un important donateur à l’UE, a dit M. Lellouche, et contribue chaque années de cinq milliards d’euros au budget européen. La Roumanie est un important bénéficiaire, a-t-il continué, recevant quatre milliards d’euros chaque année. De ce montant, la Roumanie n’a pas dépensé plus de 80 millions pour sa population Rom, ce qui ne représente que 0,4%, a-t-il souligné.

Le ministre français a dit avoir demandé aux autorités roumaines de mettre en place un plan de contingence et un plan à long terme pour l’intégration des Roms, dans les domaines de la scolarité, des logements, des soins de santé et de l’accès au marché du travail, région par région, avec des dates butoir bien définies.

Il a déclaré avoir demandé à la commissaire Mme Reding de s’assurer que l’argent européen va vers ceux qui en ont le plus besoin. Il a également dit avoir demandé à la Commission de renforcer la coopération entre la justice et les affaites intérieures, afin de contrer l’exploitation des êtres humains dans les activités de mendicité et de prostitution.

La Bulgarie, prudente

Questionné par EURACTIV pour savoir pourquoi il n’a pas une seule fois fait mention de la Bulgarie lorsqu’il parle des Roms, M. Lellouche a dit avoir parlé avec son collègue bulgare, qui l’a assuré que Sofia soutient la manière dont la France gère le problème.

Toutefois, selon les rapports de presse, le nombre de Roms bulgares est beaucoup moins important. Dnevnik, partenaire d’EURACTIV en Bulgarie a rapporté que 56 personnes ont été renvoyées à Sofia.

Le ministre des affaires étrangères bulgare Nikolay Mladenov a dit récemment  que Sofia s’attend à ce qu’un total de 150 Roms bulgares soient rapatriés de la France, et que leur expulsion était du ressort des affaires intérieures françaises.

Eric Besson a insisté sur le fait que beaucoup de « choses stupides » avaient été dites et publiées concernant le rapatriement et a souligné qu’aucune expulsion de masse n’avait eu lieu. Toutefois, a-t-il expliqué, le fait que les Roms aient signé des papiers promettant qu’ils recevraient 300 euros pour partir du pays de leur propre volonté est aux yeux de Paris une base légale suffisante pour justifier leur expulsion.

La commissaire aux affaires intérieures Mme Malmström a accepté l’invitation de Paris de se rendre à une réunion des ministres de l’immigration, qui sera tenue dans la capitale française le mois prochain, a annoncé M. Besson. Cette réunion était précédemment perçue comme polémique par l’exécutif bruxellois (EURACTIV 30/08/10).

Roumanie : Paris soudoie les Roms

Pendant ce temps,  les commissaires Mmes Reding et Malmström ont également consulté les autorités roumaines en amont d’une rencontre du Collège tenue aujourd’hui (1er septembre) au château Val Duchesse, où elles seront attendues à rapporter sur la controverse des Roms.

Bogdan Aurescu, secrétaire d’état au ministre des affaires étrangères de la Roumanie, a dit à la presse, après avoir rencontré les commissaires, que son pays rejette les justifications françaises aux expulsions des Roms.

J’ai demandé à la Commission européenne de vérifier si ces rapatriements sont véritablement volontaires, en prenant en compte les circonstances liées aux démantèlements successifs des camps, dans la mesure où les personnes en question sont obligées d’accepter l’offre de retourner dans leurs pays en échange d’une certaine somme, peut-on lire dans une citation reprise par l’AFP.

Il a également insisté que pour rapatrier des ressortissants étrangers, la France doit prouver que ceux-ci se sont rendus coupables de crimes et d’infractions, ce qui n’a apparemment pas été le cas.

Etant donné qu’aucune des 500 personnes rapatriées jusqu’à présent n’a été emprisonnée en Roumanie ni en France, il s’en suit que leur retour a été initié sur la suspicion de crimes futurs, ce qui enfreint la présomption d’innocence, a déclaré M. Aurescu.

Questionné par EURACTIV pour savoir si la Commission européenne est en faveur de l’intégration des Roms dans leurs pays d’origine où au sein des pays dans lesquels ils souhaitent s’établir, la porte-parole de la Commission Pia Ahrenkilde Hansena a dit que leur approche couvre les deux aspects.

Pareillement interrogé, Eric Besson, ministre français pourl’immigration, l’intégration, l’identité nationale et le développement solidaire a raillé : Est-ce que vous plaisantez ?

M. Besson a expliqué que si c’était le cas, la France aurait à régulariser tous les immigrants sur son territoire, vu qu’aucunes distinctions ne sont faites et que les Roms ne pourraient recevoir un traitement différent.

Le 30 août, un homme a abattu six membres d’une famille de Roms ainsi qu’une autre femme dans la capitale slovaque Bratislava. L’homme a blessé 14 personnes dans la confrontation avec la police qui s’en est suivie, avant de se suicider. Le motif des meurtres semble être une dispute entre voisins. EURACTIV Slovaquie rapporte.

Dans une déclaration de presse, le Réseau européen contre le racisme (ENAR) a exprimé une sérieuse inquiétude envers ces meurtres, qui selon eux reflètent une tendance croissante de stéréotypes négatifs envers la minorité Rom à travers l’Europe.

ENAR est extrêmement inquiet que les récentes mesures discriminatoires et les déclarations ciblant la population Rom et stigmatisant ce groupe ethnique dans un certain nombre de pays, incluant la France, l’Italie, le Danemark et le Suède ont mené à un climat d’impunité pour ceux qui veulent prendre cette population pour cible, déclare-t-il.

ENAR exhorte les Etats membres de l’UE de s’abstenir de faire des déclarations qui montrent collectivement les Roms sous un mauvais jour, stigmatisant ainsi une minorité ethnique entière et enflammant l’opinion publique contre eux, ajout-t-il.

D'après la Commission européenne, les Roms représentent la plus grande minorité ethnique, et leur origine remonte à l'Inde médiévale. Il existe de nombreux sous-groupes chez les Roms qui vivent en Europe.

Les actuelles statistiques de recensement estiment que 535 000 Roms vivent en Roumanie, 370 000 en Bulgarie, 205 000 en Hongrie, 89 000 en Slovaquie et 108 000 en Serbie. Environ 200 000 Roms résideraient en République Tchèque, tandis que le même nombre de Roms résideraient en Grèce et environ 500 000 en Turquie.

De nombreux Roms d'Europe de l'est sont partis vers l'ouest suite à l'élargissement de l'UE, ce qui est une source de tensions, particulièrement en Italie (EURACTIV 30/06/09).

Environ 15 000 Roms de Roumanie et de Bulgarie vivent en France. Le gouvernement français est actuellement en train de procéder à l’expulsion en groupe d’une grande partie de ceux-ci (EURACTIV 19/08/10).

  • 1 septembre : Rencontre du Collège des Commissaires à Val Duchesse afin de discuter des expulsions des Roms.
  • 7 septembre: Le Parlement européen doit discuter de la controverse des Roms à Strasbourg.

 

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