La Serbie accuse le tribunal de La Haye de justice sélective

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Les Serbes ont réagi avec colère à l’acquittement d’un ancien dirigeant kosovar de guérilla par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), moins de deux semaines après la libération de deux commandants militaires croates accusés de crimes de guerre. Un reportage d’EURACTIV Serbie.

L'acquittement de Ramush Haradinaj, ancien commandant de l’Armée de libération du Kosovo (ALK), suscite des critiques virulentes à propos du travail du tribunal de La Haye.

Les autorités serbes ont déclaré que cette décision portait un coup à la justice internationale et compliquait le processus de réconciliation dans la région.

« Ce verdict pose un dilemme : […] soit la communauté internationale souhaite enquêter sur les crimes, sanctionner les coupables et commencer un processus de réconciliation, soit elle veut maintenir la région dans un état de crise permanente », selon un communiqué du gouvernement. « Le gouvernement de la République de Serbie estime que la justice sélective et la dissimulation de crimes ne conduisent pas à la stabilité. »

« Ce verdict abolit les crimes horribles et l'épuration ethnique du Kosovo et de Metohija et rend légitime la violation de la justice en éliminant et en intimidant les témoins », peut-on lire dans ce communiqué. Metohija se rapporte à la région orientale du Kosovo.

Belgrade estime que le tribunal a perdu sa crédibilité et a fait preuve de partialité en acquittant des personnes accusées de crimes contre des Serbes. Après l'acquittement des commandants croates Ante Gotovina et Mladen Marka?, le gouvernement serbe a diminué sa coopération avec le tribunal de La Haye à des aspects techniques et a cessé d'envoyer des documents au tribunal.

Le président demande la libération de Ratko Mladi?

Le président serbe, Tomislav Nikoli?, a déclaré le 29 novembre qu'après l'acquittement de M. Haradinaj, « tous les Serbes devraient être libérés » par ce tribunal.

Parmi les accusés figurent le général Ratko Mladi?, appelé « le boucher des Balkans » par les médias occidentaux en raison de son rôle dans le massacre de Srebrenica en 1995, et Vojislav Seselj, dirigeant du Parti radical et ancien conseiller politique de M. Nikoli?.

« C'est le moment où tous les Serbes devraient être libérés du tribunal de La Haye, car si [l'opération] tempête n'était pas un crime et si Haradinaj n'avait pas commis de crime, alors où trouveront-ils des criminels parmi les hommes politiques, les commandants de l'armée, la police ? Je m'attends à la libération de tous les Serbes détenus par le tribunal de La Haye », a expliqué M. Nikoli? à des journalistes.

Presque tous les dirigeants des partis politiques en Serbie ont fermement condamné la décision du TPIY d'acquitter M. Haradinaj.

Les autorités serbes accusent le tribunal d'omissions et d'erreurs, avant tout sur la protection des témoins dans l'affaire Haradinaj.

19 témoins tués selon le procureur

Vladimir Vuk?evi?, le procureur chargé des crimes de guerre en Serbie, a récemment affirmé que « 19 témoins potentiels dans l’affaire Haradinaj ont été tués » et a laissé entendre que ces décès étaient le résultat du « manque de sérieux et de professionnalisme » du tribunal.

Les procureurs du tribunal de La Haye réfutent ces allégations.

Il n'existe aucune preuve démontrant qu'un témoin ait été tué, car il figurait sur la liste des témoins du procès Haradinaj, a déclaré Frederick Swinnen, le conseiller spécial du procureur. Il a rappelé que le ministère public avait toujours indiqué que la protection des témoins au Kosovo constituait un problème majeur et que, pour cette raison, la chambre d'appel du tribunal avait accepté son appel et ordonné un deuxième procès de M. Haradinaj en 2010, qui avait été acquitté lors du premier procès en 2008.

Le président du Conseil national pour la coopération avec le TPIY de La Haye, Rasim Ljaji?, a confirmé le 29 novembre qu'aucune des personnes qui ont témoigné avant le procès n'avait été tuée, mais que « plusieurs témoins potentiels, qui auraient pu témoigner à propos des crimes, ont mystérieusement disparu ou été tués ».

Tout bénéfice pour l'aile droite serbe ?

Outre les complications de coopération dans la région, les acquittements pourraient provoquer une croissance de la popularité des organisations de droite en Serbie et contribuer à la chute de la confiance de la population dans l'intégration européenne.

Pendant ce temps, le jugement du tribunal a été célébré à Pristina avec des feux d'artifice et M. Haradinaj a été accueilli par des milliers de personnes à l'aéroport de la ville. M. Haradinaj, un ancien premier ministre du Kosovo et président de l'Alliance pour l'avenir du Kosovo (AAK), a annoncé son retour sur la scène politique.

Les autorités kosovares ont accueilli favorablement le verdict et ont estimé qu'il prouvait que l'Armée de libération du Kosovo n'était pas une entreprise criminelle commune, mais qu'elle luttait pour la liberté.

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