La Serbie s’oppose à la mission européenne au Kosovo [FR]

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Le plan approuvé par les dirigeants européens d’envoyer une mission civile au Kosovo afin de stabiliser la situation dans la région essuie un échec, le Premier ministre serbe Vojislav Kostunica accuse l’UE de vouloir créer un Etat satellite en Serbie.

Alors que les chefs d’Etat et de gouvernement européens s’abstiennent de soutenir toute déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo, ils ont approuvé, le 14 décembre, lors du sommet de fin d’année, l’envoi de la plus importante mission civile de gestion de crise dans la province à ce jour.

La mission de police de 1 800 hommes, qui comprend également des juges et des administrateurs, devrait être déployée en février, moment probable où le Kosovo pourrait annoncer son indépendance vis-à-vis de la Serbie. 

Après le sommet, les dirigeants européens ont exprimé clairement que, même s’il n’y aurait pas de reconnaissance commune de l’UE sur l’indépendance du Kosovo, la plupart des 27 gouvernements, notamment la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Italie, envisageaient de reconnaître ce nouveau pays rapidement.

Lors d’un briefing après le sommet, le président français Nicolas Sarkozy a déclaré : « L’indépendance du Kosovo est inéluctable […] Les Kosovars et les Serbes ne veulent plus vivre ensemble ». Il estime la mission européenne est justifiée pour assurer que l’Europe n’explose pas. 

S’efforçant de gagner le soutien de la Serbie pour ce plan, les dirigeants européens ont également adopté une déclaration appelant Belgrade à donner priorité aux conditions de candidature, afin de pouvoir accélérer les progrès sur la voie de l’adhésion à l’UE, notamment le statut de candidat. 

A ce jour, le processus d’adhésion a été ralenti, en raison du manque de progrès dans la localisation et l’arrestation des criminels de guerre, notamment Ratko Mladic, l’ancien commandant de l’Armée serbe de Bosnie-Herzégovine, recherché pour génocide.

Cependant, M. Sarkozy a souligné l’importance de ne pas condamner la Serbie à l’isolement. La chancelière allemande Angela Merkel a ajouté que l’UE souhaitait trouver une solution raisonnable, mais veut également signaler à la Serbie que nous avons besoin d’une Serbie stable. 

Pourtant, Belgrade, qui est strictement opposée à l’indépendance du Kosovo, a refusé tout compromis entre les deux solutions. Le ministre des Affaires étrangères, Vuk Jeremic, a déclaré que la Serbie n’accepterait jamais de renoncer au Kosovo en échange de la promesse d’une accélération des négociations d’adhésion à l’Union européenne, ajoutant que ce sont des choses qu’on ne négocie pas. Le Premier ministre serbe Vojislav Kostunica a renchéri sur ces propos : « Il est tout particulièrement insultant d’offrir à une Serbie mutilée la récompense d’une voie rapide vers l’UE, en échange de son assentiment à la violence ».

La Serbie a en outre averti qu’elle considère que la mission de l’UE est illégale, à moins qu’elle n’obtienne un mandat valable du Conseil de sécurité de l’ONU, ce qui est peu plausible, sachant que la Russie soutient la position serbe et apposera son veto aux décisions du Conseil de sécurité. 

Chypre soutient l’appel de la Russie à poursuivre les négociations entre la Serbie et le Kosovo, craignant que la reconnaissance diplomatique du Kosovo ne légitime le régime séparatiste turc qui contrôle le nord de l’île depuis 1974. L’Espagne, confrontée à des mouvements séparatistes, et la Roumanie ont également exprimé leur inquiétude quant aux implications d’une déclaration unilatérale du Kosovo.

Néanmoins, une déclaration commune des dirigeants européens souligne que le processus de négociations est épuisé et insiste sur la conviction de l’UE que la résolution du statut en suspens du Kosovo est une affaire sui generis qui ne constitue pas un précédent.

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