La structure de la Commission européenne atteint ses limites, selon sa vice-présidente Věra Jourová

Mme Jourová a commenté l’état de la Commission européenne lors d’un débat organisé à l’occasion des 20 ans d’adhésion de la République tchèque à l’UE. [European Parliament]

La Commission européenne est « à la limite » en ce qui concerne sa gestion, a déclaré lundi (22 janvier) la vice-présidente de la Commission, Věra Jourová, alors qu’elle discutait de la future structure de l’exécutif de l’Union européenne.

Mme Jourová a commenté l’état de la Commission européenne lors d’un débat organisé à l’occasion des vingt ans d’adhésion de la République tchèque à l’UE.

« Il existe déjà une organisation en vice-présidents exécutifs, vice-présidents et commissaires ordinaires. Cette division des responsabilités se chevauche quelque part, et nous avons dû apprendre à travailler avec ça », a déclaré Mme Jourová lors de la table ronde de lundi.

« Je dirais que nous sommes à la limite de ce qui est faisable en termes de gestion », a-t-elle ajouté.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait décidé en 2019 de structurer l’organe autour de huit vice-présidents, dont trois sont des vice-présidents exécutifs responsables des trois sujets clés de l’agenda politique — le Green Deal européen, la numérisation et l’économie.

Les cinq autres vice-présidents, dont Mme Jourová, coordonnent des priorités politiques spécifiques. Toutefois, l’élargissement de l’UE étant imminent, Mme Jourová estime qu’il est d’autant plus urgent de modifier les mécanismes de l’UE.

Commentant l’adhésion possible de nombreux autres pays qui formeraient une Union européenne à 35, Mme Jourová a également déclaré que « l’idée que chaque État membre ait son propre commissaire est très problématique ».

Le traité de Lisbonne limitait le nombre de commissaires à deux tiers du nombre d’États membres de l’UE, avec une rotation égale des commissaires entre tous les États membres.

Mais en 2009, usant de leur pouvoir nouvellement acquis de revoir le nombre de commissaires, les dirigeants de l’UE au Conseil européen ont décidé que la Commission aurait autant de commissaires qu’il y a d’États membres.

Dans son projet de manifeste publié par Euractiv la semaine dernière, le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, la plus grande famille politique de l’UE propose de remodeler les postes de la Commission européenne afin d’en ajouter d’autres.

En particulier, le PPE suggère la création de trois postes supplémentaires au sein de la Commission : un pour les petites et moyennes entreprises (PME), un commissaire dédié à la pêche et un autre aux questions de défense.

Le PPE veut remplacer le Haut représentant de l’UE par un commissaire dédié à la Défense

La prochaine Commission européenne doit envisager une réorganisation du portefeuille de la politique étrangère et de la défense, actuellement entre les mains du Haut représentant de l’UE, selon un projet de manifeste du Parti populaire européen (PPE), consulté par Euractiv.

Limiter les vetos « de chantage »

Par ailleurs, Mme Jourová est également convaincue que les États membres de l’UE devraient discuter d’éventuelles modifications de la prise de décision à l’unanimité pour certaines politiques de l’UE.

« Nous devrions identifier un ensemble restreint de questions existentielles clés pour lesquelles, lorsqu’elles doivent être abordées, l’État qui oppose son veto devrait démontrer un intérêt national très fort », a déclaré Mme Jourová.

Aujourd’hui, certains États membres utilisent leur droit de veto pour faire chanter l’UE, en exigeant des concessions ou des avantages dans des domaines autres que ceux pour lesquels ils ont opposé leur veto — une pratique qui a bloqué le processus décisionnel de l’UE dans des domaines tels que l’aide à l’Ukraine.

Dans son manifeste, le PPE soutient une telle approche sur les questions étrangères.

« Nous […] préconisons de remplacer le principe de l’unanimité dans les décisions de politique étrangère et de défense par le vote à la majorité qualifiée », peut-on lire dans le projet de manifeste.

De leur côté, les socialistes européens ont également exprimé leur souhait d’abolir les vetos, déclarant que « les vetos nationaux ne doivent pas être utilisés comme monnaie d’échange ».

L’Irlande propose des solutions « créatives » pour éviter les blocages décisionnels dans l’UE

Alors que des blocages continuent d’entraver le processus décisionnel de l’UE, le ministre irlandais des Affaires étrangères Micheál Martin a suggéré de recourir à la menace d’une exclusion de l’UE ainsi qu’à l’« abstention constructive », qui pourraient constituer des « moyens créatifs » d’éviter les impasses.

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