La Turquie s’engage à apaiser les critiques européennes [FR]

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Alors que le ministre des Affaires étrangères de la Turquie, Ali Babacan, rentrait hier, 28 mai, d’une visite de deux jours à Bruxelles, il pouvait être assuré de l’engagement de l’UE concernant les négociations d’adhésion. Mais la Turquie ne devrait pas s’attendre à un parcours facile, l’UE insistant pour qu’elle adopte davantage de réformes et accélère le processus.

En s’adressant à la commission parlementaire conjointe UE-Turquie, le commissaire européen à l’Elargissement Olli Rehn a déclaré vouloir assister à la progression et non à la régression des efforts de la Turquie pour satisfaire aux principes d’adhésion de l’UE.

Il a bien fait comprendre que l’avancée dans les négociations d’adhésion dépend de la capacité de la Turquie à entreprendre davantage de réformes, en indiquant que sept chapitres de négociation pourraient être ouverts si la Turquie répondait aux critères de référence techniques préliminaires.

Les négociations relatives au droit des sociétés et de la propriété intellectuelle devraient débuter dès le mois prochain, augmentant le nombre de chapitres ouverts à 8 sur le total de 35. Tous les chapitres doivent être clos avant qu’un pays puisse rejoindre l’UE.

M. Babacan a déclaré à la commission parlementaire des Affaires étrangères qu’il était certain que les chapitres relatifs à l’énergie et à l’environnement pourraient être ouverts durant la prochaine présidence française.

Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a suggéré lundi 26 mai que la France s’opposerait aux négociations sur les cinq chapitres directement liés à l’adhésion mais n’émettrait pas d’objection concernant d’autres chapitres.

M. Kouchner a affiché ses différences avec son président très critique de la Turquie Nicolas Sarkozy, en déclarant que si ça ne tenait qu’à lui, il voudrait que six chapitres soient ouverts durant la présidence française.

Cependant, les fonctionnaires français ont durement travaillé pour supprimer les références au mot « adhésion » dans un document de l’UE préparé pour la rencontre de mardi entre la Turquie et le Conseil Partenariat, l’organe décisionnel le plus important dans les relations Turquie-UE.

La formulation est finalement restée dans le texte, suite à l’opposition des autres Etats membres et à un avertissement d’Ankara comme quoi elle boycotterait la rencontre si le mot était supprimé.

Le secrétaire d’Etat français chargé des Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet a affirmé à la presse que Paris avait choisi de retirer sa demande, en déclarant que la prochaine présidence de l’UE exigeait de la France d’être « impartiale, équitable et équilibrée ».

M. Babacan a fait savoir que les efforts de la France pour supprimer le mot « adhésion » des documents de l’UE impliqueraient que l’UE nie ses propres principes, appelant l’Union à tenir ses engagements et à ne pas compromettre sa fiabilité. Il a averti que les efforts réalisés pour revenir sur cette promesse affaibliraient l’enthousiasme pour mener les réformes.

Il a renchéri en affirmant que si la Turquie devait perdre l’objectif de l’adhésion de l’UE, il serait difficile de conserver l’impulsion en faveur des réformes.

En réaction, M. Rehn a vivement recommandé au gouvernement turc de se concentrer sur les réformes plutôt que les mots, en estimant que la Turquie était la seule responsable de la lenteur du rythme des négociations.

M. Babacan a répondu que l’UE était également responsable, dénonçant le fait que si la Turquie devait présenter des dates concrètes pour les réformes, aucune date butoir n’a encore été clairement fixée pour l’adhésion de la Turquie à l’UE.

L’eurodéputée néerlandaise Ria Oomen-Ruijten, auteur du dernier rapport de progression sur la Turquie présenté la semaine dernière, a averti que l’UE avait une fois fixé une date pour l’adhésion de deux pays, la Bulgarie et la Roumanie, et qu’elle regrettait beaucoup d’avoir procédé ainsi.

Elle a suggéré qu’il y avait de grandes chances pour que l’UE ne procède pas à nouveau de cette manière, en ajoutant qu’il n’était pas nécessaire de fixer une date pour influencer le processus de réformes.

En faisant référence à la position française, M. Babacan a souligné que les partenariats privilégiés ou autres formes de partenariats ne sont pas acceptables pour la Turquie et que l’adhésion à part entière devait rester l’objectif des négociations.

Après avoir reçu à nouveau la garantie que la France ne bloquerait pas l’avancée des négociations dans le cadre de sa présidence, il a fait savoir qu’il espérait que le pays ait la même approche constructive que l’actuelle présidence slovène.

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