Le processus d’adhésion de la Macédoine remis en question

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La Macédoine est confrontée à de nombreuses difficultés : régression de la démocratie, non-respect des droits des minorités, débat vain avec la Grèce autour du nom de la Macédoine. L'UE lance une mise en garde dans le cadre du processus d'adhésion.

Lors d'un entretien avec EURACTIV, le vice-premier ministre de la Macédoine, Fatmir Besimi, membre de l'Union démocratique pour l'intégration (DUI), a lancé un appel à la communauté internationale, en particulier à l'UE et à l'OTAN. Il souhaite qu’elle mette un terme au conflit toponymique entre la Grèce et la Macédoine qui dure maintenant depuis 20 ans (voir « Contexte ») et sortir le pays de l'impasse.

« La situation actuelle est devenue un défi pour notre pays ; les attentes ont évolué parmi les différents groupes ethniques. Un processus [d'adhésion] plus intense assurerait le maintien de l’unité du pays […] », prévient Fatmir Besimi, du DUI, le parti nationaliste partenaire de la coalition gouvernementale.

Un conflit ethnique a éclaté le 3 décembre, lors de l'érection d'une statue à l'effigie du Tsar Dushan, un empereur serbe du 14e siècle, dans la capitale. Il avait conquis les territoires albanais, ce qui a profondément indigné la communauté albanaise.

Des militants d’origine albanaise ont attaqué et endommagé la statue pendant la nuit qui a suivi la cérémonie. Un enregistrement vidéo montre que des membres du DUI ont pris part à l'acte de vandalisme.

Même si la Commission européenne considère que Skopje est prête à négocier son adhésion, les États membres affirment de leur côté, qu'aucun progrès n’est prévu tant que la question de l'appellation du pays ne sera pas réglée.

Malgré de nombreuses initiatives pour garder le pays sur la voie des réformes, la situation s'est dégradée. Le niveau de liberté d'expression est historiquement bas, tandis que la rhétorique nationaliste prend de l’ampleur. La vaste campagne de réaménagement de la capitale dénommée « Skopje 2014 » a également provoqué des conflits avec son voisin grec. En effet, une statue d'Alexandre le Grand a été érigée dans le cadre de ce projet, ce qui a déclenché des tensions interethniques, mais aussi des interrogations sur la transparence des financements.

«  La communauté albanaise est mécontente au vu du peu de progrès réalisé dans le processus d'intégration de l'UE », a indiqué le premier ministre. « Elle pense que l'adhésion à l'Europe permettrait d'augmenter les emplois et de faire progresser [la reconnaissance] de leurs droits », à une époque où le taux de chômage reste très élevé.

« Nous poursuivrons les négociations avec notre voisin, la Grèce, dans le cadre réglementaire des Nations unies, mais nous avons besoin de l'aide de la communauté internationale pour poursuivre le processus, que ce soit les institutions européennes, les États membres, l'OTAN ou encore les États-Unis. Je n'envisage pas un cadre en particulier, mais nous avons vu que l'UE a réglé avec succès des litiges bilatéraux dans des cas où [s'opposaient deux États], comme avec la Serbie et le Kosovo ou la Slovénie et la Croatie », explique le vice- premier ministre, aussi en charge des affaires européennes.

Plus tôt dans l'année, le président de la DUI, Ali Ahmeti, a débuté une tournée internationale en vue de convaincre les dirigeants étrangers « d'utiliser leur autorité pour trouver une solution définitive concernant l'appellation du pays ».

L'initiative, cependant, n'a pas rencontré le succès escompté. L'UE n’a jusqu’à présent pas tenter de s'immiscer dans le débat entre les deux pays. Le débat est en effet chapeauté par les Nations unies par le biais d'une résolution adoptée par le Conseil de sécurité onusien.

La démocratie en perte de vitesse

Mais les tensions restent également vives entre les deux minorités macédoniennes. L'année dernière, les députés de l'opposition et les journalistes ont été poussés en dehors du parlement national pendant le vote relatif au budget annuel. Un incident qui a provoqué une grave crise politique. Le commissaire européen à l'Élargissement, Štefan Füle, a permis de trouver un accord entre les deux parties, « l'accord du 1er mars », lors d'une visite à Skopje trois mois après cet évènement.

Cependant, la situation a mis au jour « les clivages profonds entre les partis politiques qui met à mal le fonctionnement du Parlement », prévient le commissaire dans son rapport d'activité concernant le processus d'adhésion du pays.

La crise politique, mais aussi les actes de violence contre les journalistes et les médias, et « la distinction floue entre parti et État » ont abouti aux conclusions mitigées des ministres des Affaires.

« L'UE considère que Skopje a régressé », déclare un diplomate européen.

Contrairement à l'année précédente, où un processus de préadhésion avait été de facto annoncé, cette fois-ci les ministres ont des ambitions revues à la baisse quant au lancement des négociations d'adhésion. Le ministre finlandais des Affaires européennes a dernièrement publié un tweet concernant l’Ancienne République yougoslave de Macédoine : « L'ARYM est une déception ; une mauvaise [nouvelle]. »

Lors d'une conférence de presse le 17 décembre dernier, le vice-premier ministre grec, Evangelos Venizelos, a déclaré que le peu de progrès sur l'adhésion de la Macédoine ne relève pas seulement du veto grec, mais aussi des normes démocratiques en déclin dans le pays.

« Le problème avec l'ARYM n'est ni le conflit entre deux pays ni le débat sur l'appellation du pays. Il s'agit d'un problème bien plus profond en lien avec l'État de droit et les normes démocratiques. C'est également un enjeu international que l'ONU prend à bras le corps, mais aussi une affaire européenne, car ce conflit fait une entorse aux critères de Copenhague qui doivent être respectés par tout le monde », menace Evangelos Venizelos.

La Macédoine a pris son indépendance de la République fédérative socialiste de Yougoslavie en 1991.

Le pays est une mosaïque ethnique. Les Macédoniens slaves sont les plus nombreux (64 % de la population). Les citoyens d'ethnie albanaise représentent la plus grande minorité (25 %). Des Turcs (3 %) et des Roms (1,9 %) peuplent également le pays.

L'intégration des citoyens d'ethnie albanaise demeure difficile et le pays n'est pas passé loin d'une guerre civile. L'accord-cadre d'Ohrid conclu en août 2001 et négocié par les puissances occidentales a mis fin à la crise entre les communautés albanaises (organisées militairement au sein de l'Armée de libération nationale) et les forces macédoniennes.

De tous les obstacles en travers de la route de la Macédoine vers l'adhésion à l'UE, le conflit toponymique avec la Grèce semble le plus important.

Du point de vue d'Athènes, le nom officiel utilisé par Skopje (République de Macédoine), constitue un affront pour la région grecque qui porte le nom de Macédoine. En représailles, la Grèce a promis d'opposer son veto à la participation de la Macédoine aux institutions internationales, y compris l'UE, jusqu'à ce que cette question soit réglée.

  • 19-20 décembre 2013 : le sommet européen abordera les questions sur l'élargissement

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