Les députés européens dénoncent des conditions de travail «  esclavagistes  » en Serbie

Des travailleurs auraient été amenés du Vietnam par l’intermédiaire d’une agence qui leur a facturé entre 2 200 et 4 000 dollars pour ses services et embauchés par la China Energy Engineering Group Tianjin Electric Power Construction Co. LTD, selon un rapport de l'ONG serbe A-11 «  Initiative pour les droits économiques et sociaux  ». [N1 Serbia]

Un groupe de députés européens a provoqué la colère des autorités de Belgrade après leur avoir demandé de mettre fin à «  l’esclavage moderne  » en Serbie, les victimes présumées étant des travailleurs vietnamiens employés par une entreprise chinoise dans le pays candidat pour l’adhésion à l’UE.

Un rapport de l’A-11 «  Initiative pour les droits économiques et sociaux  », une ONG serbe, indique qu’environ 500 travailleurs vietnamiens sont arrivés à Zrenjanin en mars, avril et mai de cette année. Leurs mauvaises conditions de travail, notamment l’absence de droits du travail et de respect des lois locales sur l’emploi, ont suscité de vives critiques, que le gouvernement serbe a qualifiées d’attaques personnelles contre le pays.

Les eurodéputés Viola von Cramon-Taubadel (Verts/ALE, Allemagne), Gwendolyne Delbos-Corfield (Verts/ALE, France), Tineke Strik (Verts/ALE, Pays-Bas), Toniono Picula (S&D, Croatie), Klemen Grošelj (Renew, Slovénie), Irena Ioveva (Renew, Slovénie) et Thomas Waitz (Verts/ALE, Autriche) se sont déclarés «  consternés par les récentes informations faisant état d’un trafic d’êtres humains en Serbie  » et ont demandé «  une action immédiate des autorités serbes ».

Les travailleurs auraient été amenés du Vietnam par l’intermédiaire d’une agence qui leur a facturé entre 2 200 et 4 000 dollars pour leurs services, y compris le transport, l’obtention de visas et le logement. Les travailleurs auraient ensuite été embauchés par la China Energy Engineering Group Tianjin Electric Power Construction Co. LTD, avec un accord ne comprenant pas de date de début de travail et des paiements «  en espèces sonnantes et trébuchantes  ».

Selon le rapport, la journée de travail se déroule en tranches de neuf heures, et le coût des équipements de protection individuelle est déduit du salaire. En outre, les travailleurs sont tenus de travailler 26 jours par mois, mais s’ils ne respectent pas cette obligation, ils perdent le salaire du mois entier. En outre, s’ils arrivent en retard au travail, ils risquent de perdre le salaire de toute la journée.

Les travailleurs ont également été contraints de remettre leurs passeports, et des questions ont été soulevées quant à la possession d’un permis de séjour et de travail.

En ce qui concerne leur hébergement, le rapport a révélé qu’ils étaient logés dans des casernes, dans des chambres surpeuplées avec des lits superposés. Ces lits n’avaient pas de matelas et utilisaient des planches de bois recouvertes d’une fine couette. En outre, il n’y avait que deux toilettes pour 500 travailleurs, des systèmes d’égouts inadéquats, une odeur de gaz persistante et de nombreuses bouteilles de gaz jetées et non sécurisées.

L’ONG a également indiqué qu’il n’y avait pas d’électricité ni d’eau potable, pas de chauffage, et que les douches et le lavage des vêtements devaient se faire à l’eau froide.

La santé des travailleurs aurait également été mise en danger par la Covid-19. Souhaitant se faire vacciner, ils ont contacté les autorités de l’entreprise qui leur ont répondu que leur demande ne pourrait aboutir pour cause de complications diverses.

Sur son site Internet, l’eurodéputée von Cramon-Taubadel a fait savoir, vendredi 19 novembre, qu’il était «  totalement inacceptable qu’un pays candidat à l’adhésion à l’UE tolère la construction et le maintien sur son territoire d’une usine dont le personnel aurait recours à la traite et à l’exploitation des êtres humains  ».

«  Le silence du gouvernement serbe sur ce travail forcé signifie qu’il est complice de l’esclavage moderne  », a-t-elle poursuivi.

Les députés ont exhorté les autorités serbes, le ministère du Travail et l’inspection du travail, le ministère de l’Intérieur et le bureau de coordination des activités de lutte contre la traite des êtres humains, ainsi que le ministère public, à réagir immédiatement à ces violations flagrantes des droits des travailleurs et de la dignité humaine dans le pays.

«  La Serbie doit démontrer qu’elle appartient à la famille européenne des nations en promouvant des normes élevées en matière de droits de l’Homme et de droits des travailleurs, notamment en exerçant une diligence raisonnable sur les investissements chinois dans le pays et en faisant respecter les normes en matière de travail et d’environnement  », a écrit Mme von Cramon-Taubadel.

Le ministre des Affaires étrangères de Serbie, Nikola Selaković, a réagi avec colère, évaluant les accusations de Viola von Cramon-Taubadel sur «  l’esclavage moderne  » et «  l’utilisation de la traite des êtres humains pour l’exploitation du travail  » comme «  une autre tentative de sataniser la Serbie  ».

Dans un fil Twitter sur le compte du ministère des Affaires étrangères, le ministre a déclaré que «  les plus hauts responsables de l’État et les autorités compétentes ont réagi de toute urgence après la parution des articles de presse sur la position des travailleurs vietnamiens dans l’une des usines de Serbie  » et qu’«  il s’est avéré que les faits n’avaient pas grand-chose à voir avec l’image créée dans l’attaque de propagande politique ordonnée et coordonnée contre la Serbie.  »

Samedi (20 novembre), le ministre serbe des Affaires étrangères s’en est pris à Mme von Cramon-Taubadel en l’accusant de mener «  un programme agressif anti-serbe et anti-chinois, qui n’a rien à voir avec le souci des droits de l’Homme  ».

Le ton officiel de la Serbie a déclenché une réaction amère de Mme von Cramon-Taubadel.

«  Je ne peux plus prendre ces dirigeants au sérieux. Au lieu de s’excuser auprès des travailleurs vietnamiens pour les conditions inhumaines, (un vrai gouvernement en assumerait la responsabilité), ils défendent la traite des êtres humains et l’esclavage moderne en m’accusant. Ressaisissez-vous !  », a tweeté Mme von Cramon-Taubadel dimanche (21 novembre).

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