L’UE rencontre ses partenaires orientaux en difficulté à l’approche du sommet des dirigeants

La réponse de l’UE à la guerre civile en Éthiopie a été « l’une de mes plus grandes frustrations » de l’année, a déclaré M. Borrell, Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Malgré les annonces d’un « engagement fort » envers ses partenaires de l’Est, la réticence de l’UE à accélérer l’intégration de ses voisins les plus ambitieux suscite de plus en plus de mécontentement. Le 15 novembre, de hauts diplomates se sont réunis à Bruxelles dans le but de définir cette politique.

Les hauts représentants et les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont rencontré leurs homologues du Partenariat oriental, la politique de voisinage de l’UE à l’égard de ses voisins orientaux, à savoir l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine. Cette rencontre intervenait avant un sommet des dirigeants du Partenariat oriental prévu le 15 décembre.

Le but de la réunion était de préparer le terrain pour l’approbation politique des futurs objectifs du Partenariat, le mois prochain. Elle devait également montrer le « fort engagement de l’UE envers le Partenariat oriental », comme l’a exprimé un haut fonctionnaire du bloc avant la rencontre ministérielle.

Interrogé par les journalistes pour savoir si la politique était en train de péricliter ou non, le chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell a rejeté ces affirmations et a déclaré que Bruxelles « accorde de plus en plus d’attention à ses voisins de l’Est ».

« Selon nous, il s’agit même en ce moment du volet le plus important de notre politique étrangère », a-t-il ajouté.

Un projet de déclaration qui manque à l’appel

Le sommet de décembre marquera la première rencontre physique entre les chefs de l’UE et du Partenariat depuis le début de la pandémie ainsi que le premier sommet officiel entre le bloc et ses voisins orientaux depuis 2017.

Pourtant, EURACTIV a révélé que les préparatifs réalisés dans le cadre de la déclaration conjointe de l’UE et du Partenariat oriental froissent certains.

La réalisation d’une déclaration politique conjointe est un sujet particulièrement sensible sur le plan politique après l’échec d’une tentative de une prise de position signée par tous les États participants en 2019. Le document de célébration du 10e anniversaire de la politique a par ailleurs abouti à une déclaration présidentielle signée uniquement par Federica Mogherini, alors chef de la diplomatie européenne.

Le 15 novembre, lors de la réunion avec ses homologues à Bruxelles, le ministre roumain des Affaires étrangères Bogdan Aurescu a déclaré qu’il serait important d’adopter une « déclaration conjointe très concrète, tournée vers l’avenir et visionnaire » au mois de décembre. Il a également souligné l’importance d’entamer « une discussion sur cette déclaration conjointe dès que possible ».

Un diplomate du Partenariat oriental s’est quant à lui dit mécontent du fait qu’aucune conclusion possible n’ait été communiquée jusqu’à présent. Il a également été regretté par certains que « cela signifie qu’il n’y aura pas de discussion et que nous serons obligés d’accepter ce que l’UE aura mis sur le papier ».

Élargissement : la Géorgie, la Moldavie et l'Ukraine officialisent leur coopération

The three former Soviet republics hoping to join the EU have formalised their cooperation towards a more ambitious European integration on Monday (17 May) during a meeting of their foreign ministers in Kyiv.

Le trio perd patience

La Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine, trois États qui aspirent à rejoindre un jour l’UE, se sont récemment regroupés dans le but d’accélérer leur intégration au sein de l’Union.

Jusqu’à présent, l’initiative, baptisée le « Trio associé » en référence aux accords d’association signés par les trois États qui ont par ailleurs renforcé leurs liens commerciaux et politiques avec l’UE, n’a bénéficié que d’un maigre soutien de la part de la Commission. En effet, jusqu’à l’été dernier encore, cette dernière a peiné à prononcer publiquement ce terme.

Ce malaise s’est reflété dans la réponse de M. Borrell aux questions des journalistes avant la réunion à propos du Trio au sein du Partenariat oriental. « Nous allons discuter avec tous ces acteurs ensemble », avait-t-il répondu.

En arrivant au Conseil de l’UE le 15 novembre, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a déclaré que l’une des principales attentes de Kiev vis-à-vis du sommet du Partenariat oriental était « la reconnaissance du Trio associé ».

Le Trio est constitué, dans le cadre du Partenariat oriental, des ennemis jurés de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan sur la question de la région contestée du Haut-Karabakh, qui n’ont ni l’un ni l’autre l’intention de rejoindre le bloc. L’Arménie est membre de l’Union économique eurasiatique et a conclu un accord de défense avec la Russie, tandis que l’Azerbaïdjan a remporté la guerre du Karabakh l’année dernière grâce au soutien décisif de la Turquie.

Radoslaw Darski, chef de division adjoint pour la région du Partenariat oriental au sein du Service Européen pour l’Action Extérieure (SEAE), a déclaré : « Nous sommes préoccupés par certains développements politiques et par l’absence de progrès suffisants en matière de réformes. »

S’exprimant lors d’un événement en ligne avant la réunion ministérielle de la mi-novembre, M. Darski a ajouté que « nous ne pouvons pas faire semblant de ne pas voir » que l’UE et les pays du Partenariat oriental « ont chacun une vision différente de l’avenir de ce Partenariat et de leur participation à cette initiative ».

« Nous saluons l’initiative du Trio… mais dans le même temps, nous réitérerons que l’inclusion de tous les acteurs est un élément tout aussi important si l’on veut garantir le succès du Partenariat », a-t-il ajouté.

Soutien venant de l’Est

Les nouveaux États membres d’Europe centrale et orientale ainsi que les pays baltes se sont montrés plus ouverts au format du Trio.

Avant la réunion de mi-novembre, le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis, a déclaré que son pays voyait dans le Trio une « bonne façon de faire avancer les différents États membres sur la voie de l’intégration européenne ».

« Mais encore une fois, je parle uniquement du format, parce que nous voyons quelques différences au sein de ce format, et il s’agit également de le signaler », a-t-il ajouté.

L’obstacle français

EURACTIV comprend que la France, qui possède une diaspora arménienne très importante, n’est pas très enthousiaste à l’égard du Trio associé, car elle souhaite que l’Arménie reste aussi proche que les autres pays du groupe.

La France tiendra des élections présidentielles en avril-mai 2022, et, dans ce contexte, l’administration française prend bien soin de ne pas donner du grain à moudre à l’extrême droite pour attaquer Emmanuel Macron car ce dernier se représentera sans doute aux élections en tant que promoteur d’un nouvel élargissement de l’UE.

L’ONU estime que la France compte 250 000 Arméniens, mais d’autres sources estiment que leur nombre pourrait atteindre 400 000. En dehors du Caucase, ce nombre n’est dépassé qu’en Russie, qui dénombre 1,9 million d’Arméniens, et aux États-Unis, qui en dénombre 850 000.

Un diplomate de la région a confirmé qu’il était peu probable que Paris soutienne l’idée d’une procédure accélérée pour le Trio, précisément en raison des opinions de la diaspora arménienne.

La question de l’indifférence de Paris à l’égard du blocage est particulièrement sensible à un moment où la France s’apprête à prendre la présidence tournante du Conseil de l’UE pour une période de six mois. Le diplomate a déclaré que Paris accordait peu d’attention au Partenariat oriental en général et a exprimé des doutes quant à un changement de politique après les élections françaises.

Subscribe to our newsletters

Subscribe