L’Ukraine demande l’adhésion à l’UE par procédure accélérée

« Nous demandons à l’Union européenne l’adhésion immédiate de l’Ukraine via une nouvelle procédure spéciale », a déclaré M. Zelensky, s’exprimant sur sa chaîne Telegram alors que les combats avec les troupes russes se poursuivent à travers le pays. [European Council]

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a présenté lundi (28 février) une demande officielle pour permettre à son pays d’obtenir une adhésion « immédiate » dans le cadre d’une procédure spéciale accélérée, alors qu’il se défend contre une invasion russe.

« Nous demandons à l’Union européenne l’adhésion immédiate de l’Ukraine via une nouvelle procédure spéciale », a déclaré M. Zelensky, s’exprimant sur sa chaîne Telegram alors que les combats avec les troupes russes se poursuivent à travers le pays.

« Les Européens sont témoins de la façon dont nos soldats se battent non seulement pour notre pays, mais pour toute l’Europe, pour la paix, pour la paix pour tous, pour tous les pays de l’Union européenne », a déclaré M. Zelensky dans un discours vidéo.

« Les Ukrainiens ont montré au monde qui nous sommes, tandis que la Russie a montré ce qu’elle est devenue… Chaque crime, chaque bombardement de l’occupant ne fait que nous unir davantage », a-t-il déclaré.

« Notre objectif est d’être ensemble avec tous les Européens et, surtout, d’être sur un pied d’égalité. Je suis sûr que c’est juste. Je suis sûr que nous le méritons », a-t-il ajouté.

L’ambassadeur d’Ukraine auprès de l’UE, Vsevolod Chentsov, a remis la candidature de son pays à l’ambassadeur français auprès de l’UE, Philippe Léglise-Costa, la France étant actuellement à la tête de la présidence du Conseil de l’UE.

« La candidature est enregistrée. Le processus a été lancé », a déclaré M. Chentsov.

Cette demande d’adhésion immédiate constitue un pas en avant par rapport à l’appel qu’il a lancé le week-end dernier en faveur d’une décision rapide sur les aspirations européennes de son pays.

Elle intervient après que plusieurs signaux de la part de l’UE ont indiqué un changement d’attitude pour envisager une telle demande.

Contrairement aux pays des Balkans occidentaux, qui ont reçu une perspective claire d’adhésion à l’UE, les anciennes républiques soviétiques d’Ukraine, de Moldavie et de Géorgie, qui aspirent également à devenir membres de l’UE, n’ont reçu aucune promesse de ce type.

Dans ce que certains considèrent comme les engagements les plus clairs de l’exécutif européen à ce jour, Ursula von der Leyen, cheffe de la Commission européenne, a souligné dimanche 28 février que l’Ukraine appartient à l’Union européenne et que celle-ci souhaite que le pays la rejoigne.

« Ils sont l’un des nôtres, et nous voulons qu’ils y entrent », avait déclaré Mme von der Leyen dans une interview accordée à Euronews dimanche, après avoir souligné la coopération déjà existante entre l’UE et l’Ukraine.

Avec le rapprochement de Kiev avec l’Occident, qui constitue une épine dans le pied de Moscou, ces remarques sont susceptibles de provoquer la colère de M. Poutine, qui a invoqué une unité historique entre les peuples russe et ukrainien pour justifier son invasion non provoquée de l’Ukraine.

Un fort soutien des pays de l’Est

La récente candidature de l’Ukraine a reçu un fort soutien des États membres d’Europe orientale.

La semaine dernière, la Slovénie et la Pologne ont appelé les États membres de l’UE à prendre des « décisions rapides et courageuses », se prononçant en faveur de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE d’ici à 2030.

Des commentaires similaires ont été faits par plusieurs dirigeants d’Europe de l’Est.

Juste avant la demande officielle de l’Ukraine, les présidents de huit États membres d’Europe centrale et orientale ont appelé l’UE, lundi 1er mars, à accorder immédiatement à l’Ukraine le statut de pays candidat à l’adhésion et à ouvrir les négociations d’adhésion.

L’Ukraine mérite « le plus grand soutien politique » et « la perspective d’une adhésion à l’UE », ont écrit les dirigeants de la Bulgarie, de la République tchèque, de l’Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Pologne, de la Slovaquie et de la Slovénie dans une lettre ouverte.

Ils ont exhorté les membres de l’UE à « permettre aux institutions de l’UE de prendre des mesures en vue de l’octroi immédiat du statut de pays candidat à l’UE à l’Ukraine, et de lancer le processus de négociations d’adhésion ».

Lors d’un entretien avec EURACTIV, le Premier ministre slovène, Janez Janša, avait qualifié les critères actuels de dépassés au vu des circonstances.

« Cela doit être une réponse politique stratégique de l’UE aux défis actuels. Ce qui n’était pas possible il y a une semaine est possible aujourd’hui », avait déclaré M. Janša.

Ces discussions sur l’élargissement au cours de la dernière décennie étaient tout à fait dépassées : « “Ils ne remplissent pas les conditions”, “ils ne contrôlent pas leur propre territoire” et ainsi de suite — c’était le récit russe, c’est pourquoi la Russie a commencé ces conflits gelés », a-t-il ajouté.

Désaccords au sein de l’Union

Malgré l’élan croissant d’un nombre important d’États membres, les responsables de l’UE semblent divisés sur la rapidité des perspectives européennes du pays.

Au début de la semaine dernière, le président du Conseil européen, Charles Michel, a admis qu’il existait « différentes opinions et sensibilités au sein de l’UE sur l’élargissement ».

Les pays candidats à l’adhésion à l’Union européenne sont généralement confrontés à un processus long et complexe qui exige souvent des réformes majeures pour atteindre les normes de l’Union.

Ils doivent notamment prouver que leurs finances vont dans le sens de l’adoption de l’euro.

La décision sur le statut officiel de l’adhésion appartient aux États membres et doit être prise à l’unanimité.

Bien que les Balkans occidentaux aient été remis à l’ordre du jour de l’UE, grâce à la médiation de la présidence slovène de l’UE l’année dernière, l’élargissement du bloc reste sous perfusion après des années de désaccord.

En 2019, l’élargissement du bloc était devenu l’un des sujets les plus sensibles parmi les membres de l’UE lorsque la France a insisté sur une refonte du processus d’accueil de nouveaux membres, bloquant l’ouverture des discussions avec la Macédoine du Nord et l’Albanie.

Cependant, comme le comprend EURACTIV, Paris pencherait vers un « consentement silencieux », étant donné le changement de situation géopolitique.

Il ne resterait plus que l’Allemagne, qui a semblé atténuer les attentes d’une candidature imminente de Kiev plus tôt dans la journée de lundi 28 février.

« L’Ukraine fait partie de cette famille européenne, et nous savons que le désir de nombreux Ukrainiens est et était d’avoir des liens plus étroits avec l’UE », a déclaré la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, à Berlin, aux côtés de son homologue slovène, Anže Logar.

Elle a toutefois ajouté que « tout le monde est conscient (…) que l’adhésion à l’UE ne se fait pas en quelques mois, mais qu’elle implique un processus de transformation intensif et de grande envergure. »

Cinq pays sont actuellement candidats à l’adhésion — la Turquie, la Serbie, la Macédoine du Nord, le Monténégro et l’Albanie — mais leurs candidatures sont bloquées depuis des années.

L’UE a donné le feu vert à l’Albanie et à la Macédoine du Nord pour des pourparlers d’adhésion en 2020, mais les négociations n’ont pas encore commencé car elles sont bloquées par la Bulgarie en raison de ses désaccords avec la Macédoine du Nord sur l’interprétation historique.

Le dernier pays à avoir rejoint l’UE est la Croatie, qui a été admise en 2013, après près d’une décennie de négociations et de réformes.

La résistance courageuse des Ukrainiens à l’agresseur russe a certainement contribué à promouvoir l’idée d’une adhésion de ce pays à l’UE. Mais la réticence de la Serbie à soutenir les sanctions contre la Russie a, au contraire, un impact négatif sur l’idée d’ouverture à de nouveaux membres.

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