L’Ukraine lance une offensive diplomatique pour convaincre les sceptiques du processus d’adhésion à l’UE

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky (droite) et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen (gauche) assistent à une conférence de presse conjointe à Kiev, en Ukraine, le 8 avril 2022. [EPA-EFE/UKRANIAN PRESIDENTIAL PRESS SERVICE]

Ces dernières semaines, l’Ukraine a deployé de nombreux efforts pour convaincre les capitales d’Europe occidentale, toujours sceptiques quant à son adhésion à l’Union européenne, de lui accorder le statut de candidat et d’éviter le piège de l’amalgame avec deux autres candidats, la Moldavie et la Géorgie.

La Commission européenne devrait publier son avis sur le statut de candidat de l’Ukraine vendredi prochain (17 juin), ce qui laisse encore aux dirigeants européens une semaine environ pour étudier le document avant de prendre une décision sur la question lors d’un sommet européen crucial qui aura lieu les 23 et 24 juin.

La décision, qui doit être débattue et adoptée par le collège des commissaires européens, devrait être positive et « soigneusement formulée », selon des fonctionnaires européens connaissant bien le dossier.

Ces dernières semaines, de hauts responsables ukrainiens ont fait le tour des capitales européennes dans un effort diplomatique coordonné en amont de la réunion.

Un jour plus tôt, mercredi (8 juin), le président de la Verkhovna Rada ukrainienne, Ruslan Stefanchuk, avait fait pression sur les législateurs européens à Strasbourg pour qu’ils soutiennent les efforts de l’Ukraine sur la voie de l’UE.

« Nous avons fait notre demande en mars, les dirigeants de l’UE ont pris un engagement politique formel indiquant que l’Ukraine fera partie de l’UE, et maintenant nous avons besoin de l’étape juridique en nous accordant le statut de candidat à l’UE », a expliqué Olha Stefanishyna, vice-première ministre ukrainienne chargée de l’Intégration européenne, aux journalistes à Bruxelles.

« Il est vraiment important que l’UE ne se contente pas de faire des promesses », a-t-elle prévenu.

Plusieurs dirigeants européens ont proposé des solutions alternatives, comme l’engagement de donner à l’Ukraine le statut de candidat à l’adhésion à un stade ultérieur. Une autre proposition, émanant de la France, envisage d’admettre l’Ukraine dans un cadre plus large et plus souple, la communauté politique européenne, une solution qui impliquerait que l’Ukraine ne se voit pas accorder le statut de membre à part entière.

« En tout cas, il n’y a pas de consensus pour dire “non” à l’Ukraine — parce qu’aucun dirigeant de l’UE ne sera en mesure de le dire publiquement. La discussion porte plutôt sur les modalités », a déclaré Mme Stefanishyna.

« L’autre point positif, c’est que nous avons de fervents défenseurs d’une position favorable dans toute l’Europe, pas seulement à l’est ou au nord », a-t-elle ajouté, citant l’Italie, l’Irlande et la Grèce, qui pourraient être un « acteur caché » dans le camp de Kiev.

Le mois dernier à Kiev, Mme Stefanishyna avait confié à EURACTIV qu’il y aurait environ six à sept pays sceptiques sur la possibilité de permettre à l’Ukraine de procéder rapidement.

L’Ukraine estime avoir déjà payé son adhésion à l’UE de son sang

Alors que la guerre menée par la Russie fait rage dans l’est du pays, les responsables ukrainiens exercent de fortes pressions sur les dirigeants de l’UE pour qu’ils accordent au pays le statut de candidat à l’adhésion au bloc le plus rapidement possible.

À l’époque, elle avait cité l’Allemagne, le Portugal, l’Espagne, l’Autriche et la Suède parmi les États membres avec lesquels il serait nécessaire de « discuter ».

Un mois plus tard à Bruxelles, interrogée par EURACTIV pour savoir si les réticences ont été surmontées, elle a déclaré que le changement de position de l’Autriche, en particulier, ferait partie des « résultats positifs ».

Alors que l’Allemagne et le Benelux ont assoupli leur position, les Pays-Bas et les pays nordiques comme la Finlande et le Danemark étaient notamment susceptibles, selon Mme Stefanishyna, d’attendre l’avis de la Commission européenne avant de prendre une décision.

« Il nous reste un pays sceptique très inattendu comme le Portugal, un pays qui compte la plus grande diaspora ukrainienne, et son opposition a été une surprise », a-t-elle déclaré.

Dans le même temps, de nombreux observateurs craignent, à la lumière du blocage par la Hongrie du sixième paquet de sanctions de l’UE contre la Russie le mois dernier, que Budapest ne vienne à nouveau perturber les discussions du sommet, en créant cette fois des tensions sur la question du statut de candidat de l’Ukraine.

« M. Orbán a déjà déclaré officiellement qu’il n’y aurait aucune objection à nos aspirations européennes et, jusqu’à présent, nous ne disposons d’aucune information indiquant qu’ils poursuivent en secret un tel objectif », a déclaré Mme Stefanishyna.

« Cependant, ce qui pourrait arriver, c’est qu’ils changent d’avis au milieu de la nuit [du sommet] et que les pays sceptiques aient en même temps un “mauvais flic” derrière lequel se cacher », a-t-elle ajouté, précisant que « nous avons déjà fait l’expérience de la Hongrie qui nous a bloqués dans les négociations avec l’OTAN par le passé ».

Les malheurs du Trio associé

La Géorgie et la Moldavie, les deux autres membres de ce que l’on a appelé le Trio associé, ont soumis leur candidature pour rejoindre le bloc juste après l’Ukraine, qui avait pris cette décision suite à l’invasion russe sur son territoire.

Après l’Ukraine et la Géorgie, la Moldavie dépose une demande d’adhésion accélérée à l’UE

La Moldavie a officiellement déposé jeudi (3 mars) une demande d’adhésion accélérée à l’UE, rejoignant ainsi l’Ukraine et la Géorgie, ses partenaires du « trio associé », une semaine après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Interrogée par EURACTIV pour savoir si elle craignait que l’idée de lier la candidature de l’Ukraine à celle de la Géorgie et de la Moldavie ne complique davantage le processus d’adhésion, Mme Stefanishyna a répondu que Kiev serait « vraiment inquiète » par une telle perspective.

« En parlant aux capitales ainsi qu’au cours des discussions ici à Bruxelles, c’était la plus grande préoccupation, parce que nous [le Trio] sommes dans une situation très différente après la guerre », a-t-elle déclaré.

Un accord global similaire dans les Balkans occidentaux, regroupant la Macédoine du Nord et l’Albanie dans un« duo d’adhésion », a jusqu’à présent empêché Tirana d’avancer en raison du veto de la Bulgarie sur Skopje.

Toutefois, de nombreux fonctionnaires et diplomates de l’UE ont admis ces dernières semaines qu’il serait difficile de mettre les trois pays de l’Est dans le même panier, car les points communs entre eux ne sont pas très nombreux.

Selon eux, l’Ukraine se trouve aujourd’hui dans une situation bien différente en raison de l’invasion russe et pourrait éventuellement être considérée comme un cas particulier, tandis qu’il est difficile d’imaginer que la Géorgie et la Moldavie puissent soudainement mener à bien les réformes qu’elles ont eu du mal à mettre en œuvre jusqu’ici.

Un obstacle supplémentaire pour la Moldavie et la Géorgie est que les deux pays possèdent des régions séparatistes soutenues par la Russie sur leur territoire.

« Mettre nos trois pays dans le même panier reviendrait à accroître le degré de flou, cela donne un argument supplémentaire aux sceptiques pour dire non, parce que pour l’Ukraine — c’est clair, pour la Géorgie — ce n’est pas clair, pour la Moldavie — ce n’est pas clair », a conclu Mme Stefanishyna.

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