L’Ukraine ne mérite pas un « scénario bosniaque » sur le statut de candidat à l’UE, selon Ihor Zhovkva

« Nous ne demandons pas l’adhésion, nous demandons la première étape », a déclaré le conseiller en politique étrangère du président ukrainien Zelensky, Ihor Zhovkva à EURACTIV peu après la deuxième visite surprise de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à Kiev, samedi 11 juin. [Ukraine Presidential Office]

Ne pas accorder à l’Ukraine le statut de candidat à l’UE plus tard ce mois-ci signalerait à la Russie la faiblesse de l’Europe et pourrait plonger le pays dans une attente perpétuelle de l’élargissement, a déclaré à EURACTIV le conseiller en politique étrangère du président ukrainien Zelensky, Ihor Zhovkva.

« Nous ne demandons pas l’adhésion, nous demandons la première étape », a déclaré M. Zhovkva, s’adressant à EURACTIV peu après la deuxième visite surprise de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à Kiev, samedi 11 juin.

M. Zhovkva a déclaré que l’UE n’avait pas demandé d’informations supplémentaires au gouvernement ukrainien, et il espère que c’est un signe que l’exécutif sera « satisfait de la quantité de travail effectuée et du niveau d’information fourni ».

« Nous sommes optimistes quant à la décision de la Commission européenne, mais nous comprenons que le débat au sein du Conseil européen sera important », a déclaré M. Zhovkva.

L’exécutif européen devrait présenter son avis sur le statut de candidat de l’Ukraine vendredi prochain 17 juin, ce qui laisse aux dirigeants européens environ une semaine pour étudier le document avant de prendre une décision sur la question lors d’un sommet européen crucial les 23 et 24 juin.

Le document serait assorti de conditions liées à l’État de droit et à la législation anti-corruption, croit savoir EURACTIV.

« Nous ne disons pas que 100 % ont été atteints en ce qui concerne l’État de droit ou certains autres sujets, et nous sommes prêts à y travailler », a déclaré M. Zhovkva, ajoutant qu’une quantité importante de travail a été réalisée en rédigeant et en remplissant l’accord d’association.

« Oui, le travail doit être fait, mais il est difficile de le faire en temps de guerre », a déclaré le fonctionnaire ukrainien, ajoutant qu’il espère que les institutions de l’UE et les États membres le reconnaîtront.

« Mais si nous parlons du statut de candidat à l’UE, les réalisations doivent-elles être à 100 % ? Certainement pas. Aucun pays, avant d’obtenir le statut de candidat, ne l’a obtenu à 100 % », a-t-il ajouté.

L’Ukraine lance une offensive diplomatique pour convaincre les sceptiques du processus d’adhésion à l’UE

L’Ukraine a deployé de nombreux efforts pour convaincre les capitales d’Europe occidentale, toujours sceptiques quant à son adhésion à l’UE, de lui accorder le statut de candidat et d’éviter le piège de l’amalgame avec deux autres candidats, la Moldavie et la Géorgie.

M. Zhovkva a également rejeté tout modèle alternatif au processus d’élargissement de l’UE, y compris la proposition plutôt vague faite par le président français Emmanuel Macron, qui verrait l’Ukraine et d’autres pays entrer dans un cadre plus large de deuxième niveau sans accorder une adhésion complète.

« Pas de statut de candidat “potentiel” — nous ne méritons pas un scénario à la bosniaque », a déclaré M. Zhovkva.

La Bosnie-Herzégovine est un pays candidat potentiel à l’adhésion à l’UE depuis 2003. Pourtant, depuis lors, très peu de progrès ont été réalisés, et le manque de certitude a été tenu en partie responsable de la fragmentation croissante entre les trois factions politiques du pays.

« Ni candidat potentiel, ni candidat pour dire d’être candidat, ni semi-candidat, juste candidat », a-t-il souligné.

Ces dernières semaines, de hauts responsables ukrainiens ont fait le tour des capitales européennes dans le cadre d’une action diplomatique concertée avant la réunion.

Certains États membres, dont le Danemark, la Suède, les Pays-Bas et le Portugal, restent sceptiques quant à la candidature de Kiev, tandis qu’une majorité, dont de nombreux Européens de l’Est et l’Italie, y sont favorables.

Interrogée sur l’éventualité d’un retournement de tendance dans ces pays hésitants, M. Zhovkva a déclaré que nombre de ceux qui ont exprimé des réserves lors de réunions bilatérales attendraient l’avis de la Commission.

À la question de savoir si l’Ukraine s’attend à ce que, en cas de décision positive, le président russe Vladimir Poutine entreprenne une action militaire plus audacieuse, M. Zhovkva a répondu : « Nous n’avons pas à avoir peur de ce que la Russie fera ou ne fera pas avant ou après cette décision ».

Les États membres de l’UE ne devraient pas avoir peur de cela « car toute l’Europe est sa cible », a-t-il ajouté.

« Nous ne devrions pas penser à ce que sera la réaction de la Russie. Nous devrions penser à la réaction des Ukrainiens, qui est plus importante. Quelle sera la réaction des soldats ukrainiens qui se battent dans les tranchées, des citoyens ? » a-t-il ajouté.

« Si vous ne donnez pas une réponse positive pour votre Ukraine en juin, ce sera également un échec pour l’ensemble de l’UE, car cela montrera que vous n’êtes pas prêts à prendre des décisions qui s’imposent, que vous êtes trop faibles — et ce sera un signal pour la Russie », a déclaré M. Zhovkva.

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