Lors d’une visite à Bruxelles le 5 septembre, le vice-Premier ministre macédonien Ivica Bocevski n’a montré aucun signe de flexibilité dans la conflit opposant son pays et la Grèce au sujet de la dénomination de la Macédoine. Accusant Athènes d’entraver les négociations, il a en outre appelé Bruxelles à se montrer plus généreuse vis-à-vis des aspirations européennes et atlantistes de son pays.
Lors d’un débat organisé par le European Policy Centre (EPC), plusieurs intervenants dont Eberhard Rhein, consultant politique en chef chez EPC, ont enjoint M. Bocevski de résoudre rapidement le conflit avec la Grèce au sujet de la dénomination de la Macédoine. Il s’agit ainsi de faciliter les perspectives d’adhésion du pays à l’UE. Alors que la Macédoine a obtenu le statut de candidat dès 2001 – avant même la Croatie –, les négociations d’adhésion n’ont toujours pas débuté, principalement en raison du conflit à propos de la dénomination du pays. De son côté, la Croatie espère finaliser les négociations d’adhésion d’ici quelques mois.
Selon M. Rhein, la Grèce peut se montrer très tenace. C’est pourquoi il conseille à Skopje de chercher une solution bilatérale au conflit plutôt que de compter sur les 26 autres pays de l’UE. Il a rappelé à la représentante macédonienne que son pays n’avait pas d’importance stratégique pour l’Europe et qu’il ne pouvait dès lors pas s’attendre à des miracles.
Mais M. Bocevski a attribué l’entière responsabilité à la Grèce, affirmant qu’une solution bilatérale s’avérait impossible car la Grèce refuse d’avancer sur cette voie. La faute est de part et d’autre, mais nous n’avons pas de partenaire de l’autre côté, a-t-il déclaré. Le vice-Premier ministre macédonien a en outre rejeté les conseils qui lui ont été donnés. Selon certains, la Macédoine devrait en effet plutôt se concentrer sur ses perspectives européennes que sur ses ambitions atlantistes. M. Bocevski a expliqué qu’en tant qu’ancien pays communiste, la Macédoine ne voit aucune différence stratégique entre l’UE et l’OTAN.
Aussi a-t-il plaidé pour l’adhésion de son pays à l’UE tout comme à l’OTAN, utilisant l’actuelle crise géorgienne comme un argument à cet égard. Selon lui, cette crise montre que la région de son pays dispose de deux options en fonction de l’attitude de l’UE : répandre les idées européennes ou alors répandre l’incertitude. Mais il a rejeté les soupçons concernant l’influence grandissante de l’économie russe dans son pays, affirmant que les investissements les plus importants se résument à quelques stations-service Lukoil.
Il a également plaidé pour une position plus généreuse de la part de Bruxelles, rappelant aux participants la contribution de son pays lors de la crise au Kosovo en 1999, lorsque 350 000 Kosovars avaient trouvé refuge en Macédoine. Selon lui, c’est comme si les Etats-Unis accueillaient 30 millions de Mexicains.
Cependant, il semble que ses arguments n’ont eu que peu d’effet sur la Commission. Suites aux discussions avec M. Bocevski, le commissaire à l’Elargissement a indiqué que la Macédoine n’avait toujours pas fait de progrès pour atteindre les huit critères de Copenhague, qui doivent être remplis avant que les négociations d’adhésion ne commencent. M. Rehn a même mentionné un neuvième critère : la tenue d’élections libres.
M. Bocevski a déploré que toutes les élections organisées dans son pays avaient souffert de lacunes.
Des violences ethniques avaient gâché les premières élections législatives de Macédoine le 1er juin (EURACTIV 02/06/08). Des coups de feu avaient d’ailleurs retenti entre des groupes albanais rivaux. Les élections avaient dû être interrompues dans 17 bureaux de vote.

