Cédant à la pression d’une partie
de l’Assemblée nationale, le gouvernement
français a finalement donné son accord à la
tenue d’un débat parlementaire sur la question de
l’adhésion de la Turquie à l’UE. Le
premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, a souligné que les
citoyens français auront « le dernier mot »
sur le sujet.
Selon Jean-Pierre Raffarin, la Turquie
n’est à l’heure actuelle pas prête
à entrer dans l’UE, mais elle
devrait néanmoins poursuivre ses
efforts en vue d’une éventuelle
adhésion. Telle est en tout cas la teneur
des propos tenus par le premier ministre
français le 14 octobre, lors
de l’ouverture d’un débat parlementaire
consacré à une question qui se retrouve
actuellement au coeur de la vie politique française.
« Ni l’Europe, ni la Turquie ne sont prêtes
aujourd’hui pour l’adhésion, » a dit
Raffarin, ajoutant qu’ « aujourd’hui, la
Turquie est encore très loin de l’Europe sur les
plans politique, économique et
social ». Mais le premier ministre a
également ajouté qu’il était dans
l’intérêt de la France que la Turquie
puisse consolider son statut de pays stable et
démocratique, avant de déclarer que la demande
d’Ankara n’était « pas
illégitime ». Raffarin a également
rappelé que, « en tout état de cause,
[…] le peuple de France aura, par référendum,
le dernier mot » sur le sujet. Dans la mesure
où toute entrée d’un nouveau pays dans
l’Union est soumise à l’approbation
unanime des Etats membres, le référendum
organisé en France (qui devrait être
organisé à l’issue des négociations
avec la Turquie) s’avèrera forcément
décisif.
Lors du Conseil européen du 17 décembre, les
dirigeants politiques de l’UE décideront de la
suite à donner à un rapport de la
Commission recommandant l’ouverture de
négociations d’adhésion avec Ankara
(voir
EURACTIV, 7 octobre
2004
). Le débat parlementaire français,
réclamé par la plupart des groupes
politiques (y compris par des membres du propre parti du
président Chirac), était avant tout un
exercice symbolique dans la mesure où la session
n’a donné lieu à aucun vote. Au cours du
débat, une majorité de députés
s’est prononcée en faveur d’un
« partenariat privilégié » avec la
Turquie.
Un nouveau sondage vient de montrer que trois-quarts
des Français sont opposés à
l’entrée de la Turquie dans l’UE, ce qui
range la France parmi les Etats dont l’opinion est la
plus réticente à l’égard de la
candidature d’Ankara. Le président Jacques
Chirac, partisan de la cause turque, se trouve en
porte-à-faux par rapport à l’opinion
française. De nombreux membres de son propre
parti, l’UMP (y compris plusieurs ministres), se sont
déclarés opposés à l’entrée
d’un pays majoritairement musulman et dont le niveau
de richesse est très inférieur à la
moyenne européenne. François Bayrou, chef
de file de l’Union pour la Démocratie
Française (UDF), estime que l’entrée
de la Turquie saperait l’unité politique de
l’Europe. Le parti socialiste, actuellement dans
l’opposition, est divisé sur ce sujet, même
si le président du groupe socialiste à
l’Assemblée, Jean-Marc Ayrault, s’est
prononcé en faveur de la
Turquie. « L’ouverture de négociations
avec la Turquie est un droit légitime pour un pays
que son histoire a tourné, depuis des siècles,
vers l’Europe, » a déclaré M.
Ayrault.
