Reprise du dialogue entre Belgrade et Priština

Publicité touristique, Priština. [Tony Bowden/Flickr]

Après 10 mois de pause, le dialogue a repris entre la Belgrade et Priština qui ont signé un accord sur la justice. La Serbie espère que cette avancée accélèrera l’ouverture de négociation d’adhésion à l’UE. Un article d’EURACTIV Serbie.

Les discussions entre la Serbie et le Kosovo,  auxquelles assistait pour la première fois la Haute Représentante de l’UE pour les affaires étrangères, Federica Mogherini, ont été difficiles. Si les deux camps estiment avoir mené ces négociations haut la main, les partis d’oppositions serbes et kosovares ne partagent pas cet avis.

La signature du document sur une réforme du système judiciaire, décidée en principe en mars 2014, est un pas en avant, même si tout indique que les négociations seront plus longues que prévu. En effet, les priorités de Belgrade et Priština ne coïncident pas, et les deux parties doivent faire face à un certain nombre de problèmes internes.

L’interruption des discussions a été causée, entre autres, par les élections parlementaires de l’an passé. Du côté kosovar, la formation d’un gouvernement a ensuite pris un certain temps.

Autre obstacle, l’éviction d’un membre serbe du gouvernement kosovar, le ministre des Retours et des Communautés, Aleksandar Jablanovi?. Isa Mustafa, le Premier ministre du Kosovo, a décidé de chasser ce dernier du gouvernement à la demande des citoyens et de l’opposition. Aleksandar Jablanovi? avait qualifié de « sauvages » les manifestants albanais qui avaient attaqué des déplacés serbes la veille de Noël. Une « très mauvaise décision », selon Belgrade, qui a alors annoncé son intention de revoir la coopération entre les deux gouvernements.

Federica Mogherini : fermeture d’un chapitre essentiel

Après les discussions qui se sont déroulées dans la nuit du 9 au 10 février, les délégations serbe et kosovare se sont penchées sur l’accord sur le système judiciaire, dont l’élaboration avait été décidée lors d’une rencontre précédente, en mars 2014. Cet accord a pour objectif de donner au système judiciaire une composition reflétant la structure ethnique de la population dans certaines régions.

Federica Mogherinia a assuré qu’il permettrait de clore un chapitre important de l’accord de Bruxelles en améliorant considérablement la vie de la population. Dans son communiqué, elle félicite les premiers ministres serbe et kosovar du succès de cette opération.

Le président de la cour de justice du nord de la région de Kosovska Mitrovica sera donc à présent issu de la population serbe, tout comme la majorité des juges et procureurs du Nord du pays. Dans la partie sud de la région, il y aura 14 juges albanais et neuf Serbes. Des Serbes occuperont également les fonctions de juges et procureurs dans les régions de Zubin Potok et de Leposavi?.

Selon des représentants de Belgrade, cet accord protège les intérêts serbes, alors que Priština affirme qu’il assurait à l’ensemble du Kosovo un système judiciaire harmonisé. Federica Mogherini souligne également qu’elle « soutenait les deux premiers ministres dans leur chemin vers l’UE ».

>> Lire : Le spectre du Kosovo complique l’adhésion de la Serbie à l’UE

Des priorités différentes

Lors de leur réunion du 9 février, les priorités des deux camps sont devenues évidentes. La délégation du Kosovo a insisté sur les questions de la protection civile et du pont sur la rivière Ibar, alors que les Serbes souhaitent avancer sur les fronts de l’association de municipalités serbes et des propriétés serbes au Kosovo.

« L’une de ces questions doit être au programme de la prochaine discussion », a estimé le Premier ministre serbe, Aleksandar Vu?i?.

Les propriétés serbes au Kosovo sont devenues un problème après que les autorités kosovares ont tenté de nationaliser le complexe minier de Trep?a en janvier. Après l’abandon de ce projet, plusieurs milliers de Kosovars ont manifesté leur mécontentement dans les rues de la capitale.

Les autorités kosovares n’ont manifesté aucun empressement à l’idée d’aborder le sujet. Federica Mogherini a pour sa part demandé que la question de Trep?a ne soit pas compliquée davantage.

Le Premier ministre serbe a de son côté demandé que la circulation soit ouverte sur le pont de la rivière Ibar, « afin de garantir la liberté de circulation ». Ce pont relie le nord de Kosovska Mitrovica, où la majorité de la population est serbe, au sud de la région, habitée par des Albanais.

Belgrade espère que ses efforts seront reconnus à l’UE.

L’intégration de la Serbie à l’Europe dépend en effet pour beaucoup de ses relations avec le Kosovo. La normalisation des relations avec le Kosovo sera surveillée de près par l’UE dans le cadre du chapitre 35 de l’acquis communautaire. Ce sera l’un des premiers chapitres ouverts et  il influencera l’ensemble des négociations d’adhésion.

Belgrade espère ouvrir les premiers chapitres des négociations et s’attend à ce que l’UE et la communauté internationale reconnaissent les efforts fournis par la Serbie dans le processus de normalisation des relations avec le Kosovo.

Après la réunion à Bruxelles, Aleksandar Vu?i? a déclaré que le succès du dialogue avec Priština « donnera un nouvel élan à l’intégration européenne de la Serbie » et que cette approche « ne sera pas seulement accueillie avec joie, mais sera aussi considérée comme sérieuse, responsable et, selon moi, courageuse ». Il est persuadé que les négociations d’adhésion débuteront réellement dans les prochains mois.

Le ministre des Affaires étrangères serbe, Ivica Da?i?, a quant à lui indiqué que les institutions européennes sont conscientes que le pays prépare sérieusement le processus de négociation, qui a de bonnes chances d’aboutir, mais ajoute que « les conditions politiques optimales » doivent être réunies avant l’ouverture des chapitres.

>> Lire : Négociations de l’UE avec la Serbie : rehausser les exigences européennes

Le dialogue pour la normalisation des relations entre Belgrade et Priština, dont l'UE est médiateur, a débuté en 2013. Jusqu'ici, 23 cycles de négociations ont été organisés. Le dernier s'est déroulé le 31 mars 2014 et a rassemblé les premiers ministres kosovar et serbe de l'époque, Ivica Da?i? et Hashim Thaci et la Haute Représentante de l'UE, Catherine Ashton.

Le 19 avril 2013, les deux parties avaient signé l'accord de Bruxelles. Celui-ci prévoyait l'association de municipalités serbes, mais rien n'a encore été fait.

Le chapitre 35 de l'acquis communautaire, lié aux relations entre la Serbie et le Kosovo, ne sera ouvert que lorsque les obligations découlant de l'accord de Bruxelles auront été remplies. Ce chapitre sera l'un des premiers à être ouverts et influencera l'ensemble des négociations d'adhésion.

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