Les Serbes plus attachés à l’UE qu’au Kosovo

Aleksandar Vucic [EPA-EFE/VALDRIN XHEMAJ]

La candidature de la Serbie à l’Union européenne apparaît plus importante que la question de l’indépendance du Kosovo pour une majorité de citoyen du pays, selon un sondage.

Selon une étude commandée par la fondation Open Society, 42 % des Serbes estiment que Belgrade devrait se concentrer sur l’intégration à l’UE en acceptant que la province du Kosovo soit indépendante et donc perdue pour la Serbie. Le Kosovo a déclaré son indépendance en 2008.

La régularisation des relations avec Priština fait partie des critères pour l’entrée de la Serbie dans l’Union, mais jusqu’ici le gouvernement a refusé d’en discuter. À ce jour, le Kosovo a été reconnu par plus de 100 pays, dont 23 États membres de l’Union.

Ils sont aussi beaucoup, 36 %, à estimer que la Serbie ne bénéficiera pas d’une adhésion à l’UE et ne devrait donc pas abandonner ses revendications vis-à-vis du Kosovo pour plaire à Bruxelles, selon le sondage, réalisé par Ipsos Strategic Marketing.

Pourtant, presque personne ne se dit prêt à faire un sacrifice personnel pour renforcer ces revendications. 60 % des personnes interrogées ne voudraient pas renoncer à la libéralisation des visas avec l’Europe, 78 % refuseraient de perdre une partie de leur salaire pour financer la lutte pour le Kosovo et 85 % ne voudraient pas y déménager avec leur famille.

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Pour 40 % des Serbes interrogés, la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo mènerait à une plus grande fragmentation de la Serbie. Les deux tiers d’entre eux estiment toutefois inacceptable que des représentants de l’ethnie albanaise occupent des postes importants en cas de réabsorption de la province dans le reste du pays.

Malgré l’obligation d’établir des relations normales avec Priština, les deux parties ne parviennent pas à s’entendre sur de nombreuses questions. Les Kosovars veulent être reconnus pleinement et siéger à l’ONU, ce que la Serbie a du mal à accpeter.

La Serbie a longtemps considéré le Kosovo comme un berceau de sa culture et de son identité. Aujourd’hui, 44 % des personnes interrogées estiment toutefois que le riche patrimoine culturel serbe au Kosovo, tout comme les Serbes qui y habitent, seront mieux protégés par la coopération avec la communauté internationale et à un compromis avec les Albanais du Kosovo, que par un conflit ouvert. Ils sont 39 % à penser l’inverse, ce qui illustre la polarisation des opinions très forte au sujet du Kosovo.

Si plus de 40 % des Serbes pensent que le premier homme politique à reconnaître la perte du Kosovo ferait preuve d’un grand courage et gagnerait le respect du peuple, la plupart d’entre eux pensent aussi que cela constituerait un « suicide politique ». Le président actuel, Aleksandar Vučić, très puissant, est largement considéré dans l’UE comme le seul homme d’État capable de résoudre la question du Kosovo et de faire avancer la candidature de la Serbie à l’UE.

Selon les Serbes, le plus grand problème du pays est le chômage (plus d’un tiers des répondants), suivi du faible niveau de vie (un sur dix), de la corruption (5 %), et puis du Kosovo (4 %), à égalité avec les retraites, la criminalité et la pauvreté en général.

Plus de la moitié des personnes interrogées ne suivent d’ailleurs pas du tout les événements liés au Kosovo, alors qu’un peu plus d’un quart d’entre elles ne suivent le sujet qu’« en termes généraux ».

Un tableau d’ensemble qui n’étonne pas Srdjan Bogosavljević, d’Ipsos Strategic Marketing. Lors de la présentation des résultats de l’enquête le mois dernier, il a déclaré que dans la soixantaine de sondages d’opinion sur le Kosovo mené par l’agence en 21 ans, « le plus choquant est qu’il n’y a pas de nouveautés choquantes ».

Le sondage d’opinion a été effectué à la fin décembre sur un échantillon standard de 1 045 répondants.

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