La Grèce, nouvel allié de la Macédoine du Nord

Le 28 janvier, un porte-parole de l’OTAN a révélé que la date de la signature du protocole d’adhésion du 30e membre de l’alliance transatlantique serait fixée « dans les prochains jours ». [Shutterstock]

Après des années de conflit, la Grèce sera très certainement le premier État à ratifier le protocole d’adhésion de la Macédoine du Nord d’ici le 8 février.

Le 28 janvier, un porte-parole de l’OTAN a révélé que la date de la signature du protocole d’adhésion du 30e membre de l’alliance transatlantique serait fixée « dans les prochains jours ». En janvier,  Athènes et Skopje ont ratifié un accord historique mettant fin à leur querelle de 27 ans qui bloquait jusqu’à présent la candidature de la République de Macédoine à l’OTAN et à l’UE.

La Macédoine du Nord pourrait donc devenir membre de l’OTAN dès le sommet du mois de juillet, si les autres membres de l’organisation accéléraient également la procédure de ratification qui dure généralement un an.

Selon certaines sources, le texte officiel du protocole d’adhésion a été approuvé le 28 janvier et les 29 représentants permanents à l’OTAN attendent désormais l’autorisation de leurs pays pour signer le document qui sera ensuite envoyé aux 29 capitales et ratifié par les parlements nationaux.

Selon les mêmes sources, « la Grèce voudrait ratifier le protocole d’ici le 8 février » et deviendrait alors le premier pays à ouvrir les portes de l’OTAN à la Macédoine du Nord.

Le plus grand des prix

Les présidents des groupes parlementaires européens S&D, des verts et de la Gauche verte nordique ont nommé le Premier ministre macédonien, Zoran Zaev, et son homologue grec, Alexis Tsipras, au prix Nobel de la paix.

Alexis Tsipras a cependant assuré que le plus grand des prix était que cet accord contribue à la cohabitation pacifique et à la coopération dans les Balkans. « Cette fameuse querelle peut désormais être oubliée », a-t-il ajouté.

Dernière étape de l’accord de Prespa, le changement de nom du pays entrera en vigueur dès que la Grèce aura signé le protocole d’adhésion de la Macédoine du Nord.

Le parlement grec met fin à un conflit de 27 ans avec la Macédoine

Les dirigeants de l’Union européenne ont chaleureusement applaudi la ratification historique par le parlement grec de l’accord sur le changement de nom de la Macédoine. Il met fin à un conflit vieux de 27 ans dans les Balkans.

Quel rôle pour la Russie ? 

Si l’UE et les États-Unis ont activement soutenu l’accord de Prespa, la Russie s’y est opposée en accusant Washington de vouloir étendre l’influence de l’OTAN dans la région. Au sein de l’UE, seul le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a exprimé des réserves et offert l’asile politique à l’ex-premier-ministre macédonien, Nikola Gruevski, dirigeant du parti VMRO-DPMNE détracteur de l’accord.

Un autre État membre pourrait-il refuser de ratifier l’adhésion macédonienne ? Selon un haut représentant de l’OTAN, un tel scénario serait peu probable : tous ont accepté le début des négociations d’adhésion et sont donc tenus de ratifier l’accord.

Selon le responsable de l’institut allemand pour la politique internationale et la sécurité (SWP) Dušan Reljić, la Russie n’aurait actuellement pas un iota d’influence dans les Balkans. « L’influence militaire russe dans la région a été contrecarrée pendant les dix premières années du 21e siècle avec la création d’une chaine d’États membres de l’OTAN reliant la mer Noire à la Baltique ».

« Des diplomates russes publient régulièrement des communiqués de presse critiquant les actions occidentales dans la région, mais c’est tout ce que Moscou peut se permettre. La Russie ne dispose d’aucun moyen lui permettant d’influencer la situation de manière concrète », ajoute-t-il.

Moscou tente de s’immiscer dans l’accord Grèce-Macédoine

Le gouvernement grec va expulser deux diplomates russes, accusés d’avoir essayé de faire dérailler l’accord sur le nom de la Macédoine avec la Grèce, qui doit permettre à Skopje de rallier l’OTAN.

Aucune chance pour la négociation

Toujours selon Dušan Reljić, l’accord de Prespa pourrait contribuer à un avenir plus stable dans la région et une tentative de renégociation de l’accord n’aboutirait à rien. Car « on peut très certainement s’attendre à de telles tentatives de la part des deux pays en cas de changement de gouvernement, mais elles seraient vouées à l’échec, notamment parce que les pays occidentaux ont trop à gagner pour permettre un retour en arrière », explique l’analyste.

Le premier parti de l’opposition grecque la Nouvelle Démocratie a voté contre le changement de nom au parlement grec et souhaite en faire de même pour le protocole d’adhésion. « Les pays d’Europe de l’Ouest et les États-Unis tiennent à assurer la stabilité de l’Alliance dans le sud-est de l’Europe, et ce particulièrement à l’heure où il est hasardeux de prédire la future trajectoire de la Turquie sous le président Recep Tayyip Erdoğan. L’importance de l’accord de Prespa ne se cantonne donc pas seulement à Athènes et Skopje et sera par conséquent très susceptible de perdurer », poursuit Dušan Reljić.

Prespa et paix en Macédoine

Dušan Reljić explique qu’un autre aspect crucial de l’adhésion macédonienne est qu’elle constituera une barrière infranchissable à une potentielle désintégration du pays en raison des conflits ethnico-politiques qui divisent constamment Albanais et Macédoniens. « L’Albanie fait déjà partie de l’OTAN et doit respecter l’intégrité du territoire des autres États membres. Cependant, la volonté de créer un État albanais unifié politiquement, économiquement et culturellement qui comprendrait l’Albanie, le Kosovo, une partie de la Serbie et de la République de Macédoine du Nord s’est intensifiée ».

À en croire Dušan Reljić, le Président albanais, Edi Rama, développerait actuellement de telles stratégies, dans l’anticipation d’un accord serbo-kosovar qui pourrait porter sur une nouvelle démarcation des frontières.

À l’occasion d’une interview télévisée le 28 janvier, Nikos Kotzias, l’ex-ministre des Affaires étrangères grec qui est aussi l’homme derrière l’accord de Prespa, a souligné le rôle de l’Albanais de Macédoine Ali Ahmeti, dirigeant de l’Union démocratique pour l’intégration. « Il a grandement contribué à l’accord final », déclare Kotzias.

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