Bruxelles tente de garder ses distances avec la Turquie

Pour la Commission, la Turquie ne respecte pas les conditions d'adhésion. [Shutterstock]

Si le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE n’a pas été officiellement annulé ou suspendu, la Commission ne travaille plus sur de nouveaux chapitres de négociations. Mais Ankara continue de réclamer son entrée dans l’Union.

« Les négociations d’adhésion sont fondées sur les mérites de la Turquie et sur les progrès réalisés dans les négociations, en fonction de critères, parmi lesquelles le respect de l’État de droit, des droits de l’Homme, des libertés fondamentales, du droit international et des relations de bon voisinage », a souligné un porte-parole de l’UE, qui a cependant préféré parler à Euractiv sous couvert de l’anonymat.

Cette réaction répond aux déclarations d’Ankara, suggérant que la Turquie, qui est candidate à l’adhésion depuis 2005, ne renoncera pas.

Lors d’un entretien accordé à Reuters le 19 janvier, le ministre turc des Affaires européennes, Ömer Çelik, s’est en effet fermement opposé à la proposition d’Emmanuel Macron de créer un partenariat plutôt qu’une adhésion à part entière de la Turquie à l’UE.

« Un partenariat privilégié ou d’autres approches similaires, nous ne prenons pas cela au sérieux. La Turquie ne peut pas se voir offrir ce genre de choses », a-t-il martelé.

Au cours d’une visite à Paris au début du mois, le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a averti qu’il était « sérieusement fatigué » d’attendre que l’UE décide si elle veut ou non de la Turquie comme membre.

En août, dans son discours sur l’état de l’Union, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a souligné que « la Turquie s’éloign[ait] de l’Europe  à pas de géant ».

Une attitude qui « exclut son adhésion à l’UE dans un avenir proche », a déclaré le porte-parole.

Pour Juncker, la Turquie «s’éloigne de l’Europe à pas de géants»

La Turquie s’éloigne à « pas de géants » de l’Europe et c’est entièrement de la faute du « système Erdoğan », a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Plus de 55 000 personnes ont été arrêtées en Turquie depuis la tentative ratée de coup d’État de juillet 2016, dont des journalistes, des avocats, des politiciens de l’opposition et des universitaires, dans le cadre d’une purge massive des institutions de l’État. Une situation peu compatible avec les principes de l’UE et qui a poussé Emmanuel Macron à proposer un « partenariat », au lieu d’une adhésion.

Les discussions pour l’adhésion de la Turquie ont commencé en 2005, mais ont été bloquées en raison de la réticence d’Ankara à appliquer à Chypre le protocole additionnel de l’accord d’association. La Turquie ne reconnait en effet pas Chypre comme un État indépendant.

Le 25 janvier, le premier vice-président de la Commission, Frans Timmermans, et la Haute Représentante, Federica Mogherini, recevront Ömer Çelik.

Les Vingt-huit veulent couper les aides à la Turquie

Faute de consensus sur l’arrêt des négociations d’adhésion avec la Turquie, les chefs d’État et de gouvernement s’orientent vers une suspension de l’aide financière à Ankara.

Crise migratoire

Dans la même interview, Ömer Çelik a souligné que l’UE n’honorait pas pleinement sa part d’un accord clé sur l’immigration conclu en mars 2016, soulignant que l’aide financière « ne fonctionnait pas bien ». « Techniquement, il n’y a aucune raison pour que la Turquie maintienne cet accord », a-t-il ajouté.

Selon la Commission, l’opération a pourtant donné des résultats positifs. Les arrivées ont chuté de 97 % et le nombre de vies perdues en mer a considérablement diminué. En outre, près de 12 711 réfugiés syriens ont été réinstallés en Turquie.

L’Allemagne piégée par l’accord UE-Turquie

Angela Merkel défend toujours l’accord sur les réfugiés, malgré une opposition croissante aux niveaux national et européen. Un article d’Euractiv Allemagne.

Un porte-parole de l’UE a souligné que l’union avait respecté son engagement de mobiliser la totalité des 3 milliards d’euros promis au titre de la Facilité en faveur des réfugiés en Turquie en 2016 et 2017 avant la fin de l’année. Un financement qui bénéficie à 72 projets.

« L’UE reste attachée à la mise en œuvre de l’accord UE-Turquie. Il s’agit d’un engagement de confiance mutuelle dont l’exécution exige un engagement et des efforts continus de la part des deux parties », a continué le fonctionnaire européen.

Euractiv a contacté avec la Représentation permanente de la Turquie pour un commentaire sur la question des 3 milliards d’euros, en vain, au moment de la publication de cet article.

Le PPE remonté contre Ankara

Le président du Parti populaire européen (PPE), le Français Joseph Daul, a attaqué Ankara à propos de Chypre. L’île est divisée depuis 1974, après l’invasion et l’occupation de la partie nord par les troupes turques suite à un coup d’État sur l’île.

« La Turquie ne peut s’en tirer en refusant de reconnaître Chypre, un État membre de l’UE », a-t-il déclaré à l’agence de presse chypriote la semaine dernière. Pour lui, la conférence de Crans Montana sur la réunification de Chypre, en juin dernier, a été une « déception » et il appelle la Turquie à faciliter le processus en retirant ses troupes de l’île.

« Nous appelons la Turquie à favoriser un climat propice à des négociations libres et à contribuer concrètement aux efforts en cours en vue d’un accord, y compris par le retrait des forces turques », a-t-il déclaré.

« La Turquie vit encore dans une ère prémoderne »

Exclusif. Le ministre grec des Affaires étrangères estime que l’UE doit cesser de céder aux impulsions de la Turquie et être plus sévère, notamment sur la question chypriote.

Un sommet ?

Lors d’une visite à Sofia le 20 janvier, à l’occasion du début de la présidence bulgare du Conseil de l’UE, la chancelière allemande, Angela Merkel, a salué une initiative bulgare visant à organiser un sommet entre la Commission européenne et la Turquie ce printemps.

Interrogée par un journaliste, Angela Merkel a déclaré qu’un tel sommet, qui impliquerait les présidents de la Commission, du Conseil et du Parlement, était une bonne idée. Le sommet est prévu pour mars à Varna, en Bulgarie.

Cette bonne volonté allemande est assez surprenante. Recep Tayyip Erdoğan a fait pression pour l’organisation de ce sommet pendant la présidence bulgare, mais celui-ci n’est pas listé dans le programme officiel, établi en collaboration étroite avec la Commission.

Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission, a d’ailleurs prévenu que ce sommet n’aurait lieu qu’à certaines conditions, et qu’aucune date n’a été fixée.