L’élargissement aux Balkans occidentaux doit être accompagné d’un approfondissement du projet européen et d’une consolidation de la zone euro

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S’agissant de la méthodologie des négociations, ne devrait-on pas proposer un processus adapté à chaque pays, sans calendrier préétabli ? [Christian Lue/Unsplash]

Après le Monténégro et la Serbie qui ont déjà ouvert des négociations d’adhésion avec l’UE, l’Albanie et la Macédoine du Nord ont reçu le feu vert des ministres européens afin d’amorcer les négociations d’adhésion plus tard cette année.

Les pays membres considèrent à juste titre que le processus d’élargissement de l’Union Européenne aux Balkans occidentaux permet de stabiliser la région. Le rapprochement européen des pays Balkans est en effet un enjeu stratégique dans un contexte où la Chine, la Russie et la Turquie cherchent à monter en puissance en profitant des faiblesses structurelles de ces pays et de la crise de la Covid.

Concernant le processus, la Commission européenne a proposé une refonte de la validation de l’acquis communautaire. Les 35 chapitres ne devraient plus être ouverts un à un, mais regroupés en six paquets thématiques et il faudra avoir validé l’ensemble du paquet avant d’en ouvrir un nouveau. L’objectif étant de renforcer les contrôles

Il s’agit donc désormais d’assortir la stratégie d’élargissement d’un contrôle extrêmement strict du respect des conditions liées aux adhésions au moment des négociations autant qu’après leur conclusion.

L’Etat de droit, les droits fondamentaux et lutte contre la corruption et le crime organisés sont des préalables incontournables.

S’agissant de la méthodologie des négociations, ne devrait-on pas proposer un processus adapté à chaque pays, sans calendrier préétabli ?

L’adhésion à l’UE rappelle également que la politique d’élargissement est l’un des principaux outils de la « politique étrangère et de sécurité », si difficile à faire émerger sur d’autres enjeux.

Cette politique a d’ores et déjà permis à l’UE de contribuer à la stabilité et au développement économique de nombre de ses voisins. Les demandes d’élargissements confirment par ailleurs que l’Europe demeure attractive, malgré toutes les critiques.

Mais la stratégie d’élargissement doit être ajustée d’un point de vue social, dès lors que l’Europe est aussi un espace de délocalisations et de dumping (fiscal et social) nuisibles pour leurs victimes et pour l’image de l’Union Européenne.

Attention à ce que l’élargissement ne soit pas instrumentalisé par les nationalistes et l’extrême droite !

Concilier élargissement et approfondissement de l’intégration européenne est indispensable, notamment sur le délicat dossier du dumping fiscal et social eu sein de l’Union. Car c’est bien ce réel problème de dumping qui sera agité comme un chiffon rouge par les nationalistes et populistes de tout poil pour s’opposer à l’élargissement aux Balkans occidentaux.

Il convient de rappeler que la législation communautaire est en principe décidée à la majorité qualifiée des Etats membres, à l’exception notoire de la fiscalité et de la protection sociale qui requièrent un vote à l’unanimité des Etats membres. C’est bien le problème !

Pour progresser vers une indispensable harmonisation fiscale, il convient de permettre à ceux qui le souhaitent d’aller plus avant dans l’intégration.

Un constat s’impose : l’Union Européenne fonctionne d’ores et déjà selon un mode différencié et l’idée qu’elle a toujours avancé à l’unanimité est une illusion. L’Europe à plusieurs vitesses est déjà une réalité.

L’euro, institué sur la base du traité de Maastricht, en est la plus parfaite illustration, même si toutes les conséquences institutionnelles n’en ont pas été tirées. L’espace Schengen, né en 1985 en dehors des traités européens, relevait initialement de la coopération intergouvernementale.

La stratégie d’élargissement doit enfin être ajustée d’un point de vue politique, ce qui suppose de tenir un discours clair sur les nouvelles frontières de l’Europe afin d’éviter l’impression d’une fuite en avant sans limites. Pour l’UE, cela doit conduire à clarifier rapidement le statut de l’ensemble de nos voisins, qui ne sont pas tous destinés à la rejoindre.

Pour la zone euro, qui a théoriquement vocation à accueillir la quasi-totalité des pays de l’UE cette clarification est d’autant plus nécessaire.

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