Migration, mobilité et un rapport ‘indésirable’ [FR]

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Plus de deux ans après la décision des autorités britanniques d’ouvrir leur marché du travail aux travailleurs en provenance de huit nouveaux pays membres d’Europe centrale et orientale, plusieurs fonctionnaires du ministère de l’intérieur (Home Office) semblent adopter une position différente en ce qui concerne la Bulgarie et la Roumanie. Denislava Simeonova, du portail partenaire bulgare d’EURACTIV ‘Dnevnik’, apporte son commentaire.

Il y a à peine deux semaines, un haut responsable de la représentation permanente du Royaume-Uni auprès de l’UE a rendu compte aux journalistes des effets positifs de l’ouverture du marché du travail aux nouveaux Etats membres pour l’économie britannique. Malgré les manoeuvres des médias britanniques destinés à susciter le mécontentement des citoyens, 375 000 Européens de l’Est sont arrivés pour occuper les emplois vacants dans des secteurs économiques à la traîne, a déclaré Giles Dickson le 12 juillet 2006.

A plusieurs reprises, la Commission a cité le Royaume-Uni comme exemple pour d’autres pays tels que l’Allemagne et la France, qui ont décidé de prolonger la période de transition durant laquelle les travailleurs venus des nouveaux Etats membres ne peuvent accéder à leur marché du travail.

Dans ce contexte, un rapport qui a filtré du ministère de l’intérieur britannique envoie un message quelque peu différent. Selon le rapport de Joan Ryan, sous-secrétaire en charge des questions de migration, cité par le Sunday Times, le Royaume-Uni aurait déjà accueilli sur son sol 600 000 citoyens venus de l’est, un nombre qui représente presque le double des chiffres officiels. Implicitement, le rapport semble reprocher au gouvernement d’avoir sous-estimé, avant l’élargissement, le nombre de personnes qui auraient l’intention d’émigrer au Royaume-Uni.

Le document ne semble pas considérer les nouveaux arrivants comme une contribution positive à l’économie, mais plus comme une « vague qui pourrait provoquer un retour de bâton du grand public ». Il cite la « fatigue de l’élargissement » comme la principale raison pour expliquer le changement d’attitude des citoyens à l’égard des immigrants.

En terme de solution, le quotidien laisse entendre que « les ministres envisagent d’interdire l’accès au marché du travail britannique pour les Bulgares et les Roumains » après l’élargissement. Il semble suggérer qu’il s’agit de la manière la plus sûre de prévenir l’arrivée en Grande-Bretagne de criminels potentiels. Le Sunday Times précise qu’une ‘sonnette d’alarme’ a été tirée, selon laquelle un minimum de 45 000 Bulgares et Roumains ‘indésirables’, la plupart suspectés d’avoir « des liens avec des organisations criminelles ou de constituer un risque en terme de sécurité », sont susceptibles de venir au Royaume-Uni.

Le gouvernement britannique a émis à plusieurs reprises des avertissements à l’intention de la Bulgarie au sujet du niveau élevé de criminalité et de corruption dans le pays ainsi que de ‘l’exportation’ de criminels en Europe. C’est la raison pour laquelle les citoyens bulgares ont encore besoin d’un visa pour se rendre au Royaume-Uni. Cependant, puisque le système de visas sera automatiquement supprimé après l’adhésion de la Bulgarie à l’UE, il deviendra difficile d’identifier les criminels potentiels, et donc de les empêcher de pénétrer sur le territoire de l’UE et de les expulser, explique le sous-secrétaire. 

Un autre argument est avancé : les citoyens bulgares et roumains seront plus « visibles » au Royaume-Uni que ceux en provenance des autres pays d’Europe de l’Est car à la différence des Polonais, par exemple, « ils ont moins de communautés bien établies dans ce pays ». 

Visibles pour qui? Pour les Britanniques? Il est difficile de croire, en regardant la diversité de nationalités au Royaume-Uni, que les Bulgares et les Roumains seront particulièrement ‘visibles. Ou sont-ils les seuls délinquants parmi tous les étrangers du pays?

Ou plutôt visibles pour les politiciens? Jouer la carte de l’immigration étant souvent un atout politique dans la plupart des pays européens qui ne veulent pas prendre part à une politique d’immigration commune, les partis politiques chercheraient-ils à garder cet atout pour servir leurs propres intérêts?

La mondialisation et les restructurations économiques vont à un rythme que les politiciens n’arrivent pas à suivre. Tandis que la Commission tente de convaincre les citoyens européens que la mobilité est une bonne chose pour l’économie, des milliers d’employés sont licenciés ou remplacés, et certains secteurs ont besoin d’encore plus de personnel. Les citoyens européens des anciens Etats membres étant réticents à se déplacer (seuls 2% travaillent dans un pays autre que leur pays d’origine), les travailleurs immigrés de l’Est devraient être les bienvenus dans les économies occidentales.

Les barrières à la libre circulation n’ont jamais empêché les individus de migrer. Cependant, des rapports comme celui du Ministère de l’Intérieur britannique pourrait réveiller le sentiment d’être ‘indésirable’.

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