Poursuivre l’élargissement, pour quoi faire ?

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Claire Rabès, attachée parlementaire auprès du député PS, Pouria Amirshahi

Claire Rabès, attachée parlementaire auprès du député PS, Pouria Amirshahi

Claire Rabès, membre du cycle Europe du think thank « Point d’aencrage », soutenant la majorité présidentielle, plaide pour l’élargissement de l’UE. Elle estime que l’UE doit s’élargir en organisant un processus d’intégration gradué, autour du noyau politique de l’Eurozone. Elle conforte ainsi, l’idée d’une « Europe différenciée », défendue par François Hollande en 2013.

Au-delà de la « fatigue », l’Europe provoque un sentiment de défiance. Les Français ne sont pas les seuls à penser qu’un repli nationaliste serait fructueux économiquement et moins dangereux socialement.

Les citoyens, peu associés aux processus de décisions européens, sont aujourd’hui les premières victimes de la crise financière et économique et demandent des comptes à leurs gouvernements. Gouvernements qui pour se donner de l’air, accusent l’Europe de beaucoup de maux. Le sentiment de devoir créer une « Europe forteresse », pour se protéger de la concurrence et du dumping social, est revenu de plein fouet. L’exemple de la libre circulation des travailleurs montre que chaque pays membre veut sa part du gâteau et que chacun est de moins en moins prêt à en partager les bénéfices, ni les dépenses. C’est la concurrence entre les États qui serait source de malaise.

La défiance cible également les voisins de l’Union, ces pays en difficultés économiques et éprouvant des soubresauts politiques, qui profiteraient de l’aide et des opportunités du marché sans donner de contreparties.

« Processus révolutionnaire », « transition démocratique », tous ces termes ont été employés pour décrire la situation de ces derniers mois en Ukraine. Et déjà, la question de la « perspective européenne » est posée. Le processus d’élargissement a pourtant un effet miroir, et donne le reflet d’une Europe divisée, sur les politiques d’intégration économique, monétaire et sociale.

Accueillir des pays en transition dans l’Union européenne, c’est apporter la preuve que le projet est encore séduisant, que l’Union attire grâce à sa puissance économique et la stabilité démocratique. Mais le pendant de l’attractivité du projet européen est la capacité d’absorption des nouveaux États membres par les institutions européennes. Autrement dit, l’UE peut-elle vraiment fonctionner à 28, 30, 35 ? Alors que les opinions publiques sont exaspérées par la complexité des mécanismes européens, l’élargissement amènerait des agendas nationaux supplémentaires, de nouvelles priorités et ralentirait le processus de convergence des économies.

Assumer une Union européenne différenciée

Penser une Europe à 36 ou à 42, découle du refus de réfléchir et de penser le projet européen. Ses frontières sont constamment mouvantes et elles n’ont pas été clairement définies.

Continuer à élargir sans se poser la question des institutions et de l’intégration économique, monétaire et sociale amène à diluer le projet européen et le vider de sa substance première. L’objectif reste de créer une solidarité toujours plus poussée, une cohérence économique et le partage des valeurs démocratiques et sociales.

La réponse aux distorsions économiques réside dans la création d’une véritable gouvernance européenne, pour la mise en place d’une politique sociale au niveau de l’Union européenne. Or, avant de pouvoir espérer mener une politique de cohésion sociale, il est essentiel de consolider l’union économique et monétaire. La zone euro peut se doter d’une structure permanente avec des compétences d’harmonisation budgétaire, macroéconomique, fiscale et sociale, responsable devant une assemblée, soit composée de délégations des parlements nationaux des pays membres, soit de sous-groupes issus du Parlement européen. Cela doit passer par le renforcement de l’Eurogroupe.

Sans harmonisation, il n’y aura pas de force motrice à l’Union. L’inaction en fera un simple marché de 500 millions de consommateurs. Véritable graal pour la droite libérale, mais incontestable nébuleuse pour les citoyens, le grand marché est le symbole d’un projet européen qui a perdu de son ambition.

Concilier intégration politique et élargissement

Comment redessiner l’Europe de demain ? Une « Europe différenciée » telle que proposée par François Hollande en février 2013 a le mérite de reconnaître que tous les États membres de l’Union européenne ne souhaitent pas aller au même rythme ni d’atteindre le même niveau d’intégration. Tous les États membres n’ont pas la même vision de l’Union. L’Union européenne demeurant une communauté de valeurs fonctionnant autour de politiques communes ambitieuses, la zone euro pourrait en constituer la véritable union politique au niveau européen.

Renforcer le noyau dur doit-il empêcher l’UE de s’élargir ? Non, au contraire. Il est indéniable que l’élargissement est une des grandes réussites du projet européen et continuera à offrir une puissante force de transformation. En s’agrandissant, l’Union européenne réconcilie l’idée d’un grand marché avec un projet d’intégration poussée et d’une certaine idée de la solidarité. C’est donc en organisant d’abord le processus d’intégration graduée en interne que la politique étrangère de l’Union pourra être définie, notamment à l’égard des pays voisins.

À plus long terme, une Europe constituée de différents cercles d’intégration avec la zone euro comme socle politique permettra d’envisager une grande Europe qui ouvrira ses portes aux pays des Balkans, à l’Ukraine et à la Moldavie. Est-ce réaliste ? Oui, question de vision politique

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