Face aux « chimères » d’Emmanuel Macron, Éric Zemmour souhaite bâtir une « Europe des Nations »

Inspiré par la théorie complotiste du « grand remplacement », M. Zemmour propose aussi d’appliquer une politique d’ « immigration zéro ». [Esther Snippe, EURACTIV/Shutterstock]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Présidentielle 2022 : et l’Europe dans tout ça ?.

C’est à Calais qu’Éric Zemmour a choisi de préciser sa vision de l’Europe, déjà distillée par le passé, et très axée sur le thème de l’immigration, au même moment où Emmanuel Macron s’exprimait devant le Parlement européen, mercredi 19 janvier.

Le choix du lieu est loin d’être anodin : Calais symbolise pour le candidat l’échec de l’Union européenne, la « ville sinistrée par Schengen et la gestion apocalyptique de l’Europe » et de ses frontières, « entre migrants, saleté, délinquance ».

À ce titre, renégocier les accords de Schengen et les autres conventions qui régissent l’immigration à l’échelon européen est une priorité pour M. Zemmour. En anticipant la difficulté d’une telle réforme, il annonce simplement qu’il « ne respectera pas Schengen ».

Conscient de la possibilité que des sanctions puissent être prononcées à l’encontre de la France, si elle devait contrevenir au droit supranational, il promet de sortir de la CEDH « si c’est nécessaire ». Pas étonnant de la part de celui qui considère que l’État de droit est « devenu le paravent du gouvernement des juges ».

Pour autant, il assure ne pas vouloir quitter l’Union européenne tout en assumant défendre « d’abord les intérêts de la France », si d’aventure il était élu. Aussi, il assène que tout processus d’élargissement de l’Union doit être interrompu.

Si Éric Zemmour fait le choix de l’Europe, c’est parce qu’il préfère mener le combat au sein même des institutions européennes, où il compte bien redonner au droit français sa supériorité sur le droit européen par une révision de l’article 55 de la Constitution, en rétablissant « le principe originel de la construction européenne, qu’est le principe de subsidiarité [du droit européen] ».

Il garantit tout autant vouloir cesser « d’autoriser la Commission d’étendre ses compétences sans fin en dehors des traités ».

Précisément, le constat d’Éric Zemmour sur les institutions européennes est accablant : en les estimant « sans corps, sans tête et sans âme », il critique l’absence de frontières d’une entité « dirigée par des élites abstraites » qui « arrache ses propres racines et efface ses propres histoires ».

Il reproche aussi à l’Union européenne, qui « n’est pas une Nation », de vouloir « imposer le progressisme occidental » à des pays comme la Hongrie et la Pologne. À l’inverse, l’Union doit devenir une « Europe des Nations », avec une place prépondérante des États membres et de leur souveraineté, au détriment des « chimères » que représentent à ses yeux « l’Europe de la puissance » et « l’Europe sociale », prônées par Emmanuel Macron.

L'allocution d'Emmanuel Macron devant le Parlement européen se transforme en règlement de compte

C’est devant un hémicycle très agité qu’Emmanuel Macron est venu présenter à Strasbourg, mercredi (19 janvier), le programme de la présidence du Conseil de l’UE que la France assume depuis le 1er janvier.

Quant au volet économique dans sa dimension européenne, M. Zemmour propose la mise en place d’un « mécanisme de commande publique européen », dans le cadre duquel les différents États pourraient recourir, en partie, à des entreprises nationales, afin de les favoriser.

Concernant la monnaie unique, qu’il désavouait jadis dans ses ouvrages, il fait désormais le pari du pragmatisme, jugeant que « l’entrée dans l’euro était une mauvaise idée, en sortir serait pire ».

Aussi, il est hors de question de s’enliser dans des nouveaux traités de libre-échange, auxquels il mettra un veto systématique, puisqu’ils empêcheraient la défense des entreprises et des agriculteurs français.

Dans la foulée de la polémique sur le drapeau européen au début de l’année, son programme indique que ce dernier ne pourra plus être arboré sans le drapeau français. Faisant référence également à l’hymne européen, il affirme que « tout cela n’existe pas » et que « ce n’est pas l’Europe qui a fait la paix [mais] la paix qui a fait l’Europe ».

PFUE : le drapeau européen sous l'Arc de Triomphe provoque une polémique éclair

Il n’aura flotté sous l’Arc de Triomphe que le temps d’une journée. Pourtant, le drapeau européen a provoqué une vive polémique en France, laissant présager une présidence française du Conseil de l’Union européenne (PFUE) éminemment politique.

Le discours d’Éric Zemmour sur l’Europe correspond peu ou prou à la vision classique de la droite nationaliste et de l’extrême-droite française, la ressemblance avec le programme porté par Marine Le Pen depuis des années étant frappante.

La conception de l’Europe détaillée par M. Zemmour, de manière semblable à celle de la candidate du Rassemblement national, est davantage construite par opposition aux modèles existants et aux références de ses opposants – Emmanuel Macron et Valérie Pécresse en tête.

Le projet d’« Europe des nations » qu’il appelle de ses vœux se dilue souvent dans une présence constante de l’Europe d’avant dans ses propos, peut-être fantasmée, celle plus petite où les États membres étaient pleinement souverains, donc plus puissants, et coopéraient dans la concorde.

Le seul axe sur lequel le candidat Reconquête s’appuie réellement sur l’Europe est aussi son fer de lance, à savoir l’immigration : il serait nécessaire de la stopper pour éviter, selon la théorie qu’il aime reprendre, le « remplacement » de la population du Vieux Continent.

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