La souveraineté au cœur de la vision pour l’Europe d’Emmanuel Macron

Le président français sortant Emmanuel Macron souhaite s'engager pour une Europe « plus souveraine, plus verte, plus numérique, plus sociale et plus humaine ». [Esther Snippe, EURACTIV/Shutterstock]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Présidentielle 2022 : et l’Europe dans tout ça ?.

S’il ne s’est toujours pas officiellement déclaré candidat à sa réélection, le président sortant ne cache pas son « envie » de briguer un deuxième mandat – et de poursuivre sa vision de la « refondation » d’une Europe plus souveraine.

A moins de trois mois de la présidentielle, les 10 et 24 avril prochains, le suspense reste intact : si nul ne doute que le fondateur de La République en Marche ! (LREM) et président sortant Emmanuel Macron se présentera comme candidat à sa réélection, ce dernier évite pour le moment toute confirmation (ou déni) dans ce sens.

Ce qui n’empêche pas M. Macron – qui, dans un entretien au Parisien le 4 janvier, disait avoir « envie » de candidater – de se trouver confortablement en tête des sondages (25 % des intentions de vote), où il mène avec une longueur d’avance sur Marine Le Pen (RN, 18 %) et Valérie Pécresse (LR, 17 %).

Bonus de sa fonction, l’absence de candidature n’empêche pas non plus M. Macron d’articuler une vision politique concrète à moyen et long terme. En lieu de programme officiel, le président a ainsi présenté ses objectifs pour la « France 2030 » le 12 octobre dernier.

Quant à ses projets pour l’Europe, le timing ne pourrait pas tomber mieux : depuis le 1er janvier, la France assume la présidence du Conseil de l’Union européenne (PFUE), offrant au président sortant une vitrine idéale pour porter sa vision pour le Vieux Continent.

Vers une « Europe de la défense » ?

Premier pilier de la vision pour l’Europe d’Emmanuel Macron : la souveraineté.

« La seule voie qui assure notre avenir […], c’est la refondation d’une Europe souveraine, unie et démocratique », avait déclaré le président lors de son fameux discours à la Sorbonne, en septembre 2017. Face aux nombreux défis mondiaux, « l’Europe seule peut […] assurer une souveraineté réelle, c’est-à-dire notre capacité à exister dans le monde actuel pour y défendre nos valeurs et intérêts ».

Conviction réaffirmée par M. Macron quatre ans plus tard, lors de la présentation de ses priorités pour la PFUE, en décembre dernier. Le chef de l’État annonçait alors vouloir s’engager, entre autres, pour une Europe « plus souveraine ». Autrement dit, une Europe « capable de maîtriser ses frontières » (M. Macron appelle notamment à une réforme de l’espace Schengen), mais aussi une « Europe de la défense » dotée de plus de capacités opérationnelles et une stratégie partagée par les 27.

« En 2017, la souveraineté, c’était un grand mot », déclare l’eurodéputée (Renew Europe) et ancienne ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau, en entretien avec EURACTIV France. « Aujourd’hui, la nécessité de construire des capacités communes de cybersécurité et de défense, de mieux travailler avec l’OTAN, de réindustrialiser nos pays, de protéger nos productions avec des clauses miroirs est devenue un vrai sujet qui est de plus en plus partagé par beaucoup d’États membres. »

« On a un plus grand consensus sur l’autonomie stratégique qu’il y a quatre ans », estime aussi Claude-France Arnould, ancienne directrice de l’Agence européenne de défense et conseillère diplomatique du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, et aujourd’hui conseillère du président pour les Affaires européennes à l’Institut français des relations internationales (IFRI). « Je pense que dans aucun État membre il ne peut y avoir un doute sur la nécessité d’accroître la capacité d’action commune. »

Si, à la Sorbonne, Emmanuel Macron esquissait une vision surtout à lire dans le long terme, le chef de l’État en outre marqué des avancées importantes ces dernières années. La mise en place du Fonds européen de défense en avril dernier, notamment, serait le fruit d’un « travail significatif », selon Mme Arnould.

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État de droit : « convaincre » plutôt qu’« écarter »

Autre chantier de taille pour le président sortant : l’État de droit.

La PFUE « sera une présidence de promotion des valeurs qui nous font », déclarait M. Macron devant les eurodéputés à Strasbourg, le 19 janvier, annonçant vouloir mener le « combat » pour l’État de droit dans l’Union. « Nous tous avons à nous inscrire dans cet État de droit qui est existentiel de notre Europe, dont les principes ont été bâtis par notre histoire et sont le fruit de nos engagements communs », renchérissait le chef de l’État.

Accusé par le candidat écologiste Yannick Jadot de commettre une « faute politique » en « étant prêt à toutes les alliances » avec la Hongrie et la Pologne, M. Macron aurait, au contraire, « remis les choses à leur place » en évoquant la question de l’État de droit en premier pendant son discours au Parlement européen, estime Nathalie Loiseau.

Si tous les États membres avaient accepté la conditionnalité de l’État de droit – « épine dorsale de l’UE » – en rejoignant le bloc, il ne fallait néanmoins pas « se limiter à une logique de sanctions » mais continuer à chercher à « convaincre » les eurosceptiques au lieu de les « écarter », selon l’eurodéputée.

Loin du « fatalisme européen » de certains candidats à la présidentielle, Emmanuel Macron se montrerait ainsi « pro-européen par dogmatisme », en cherchant des réponses au lieu de baisser les bras face aux besoins et lacunes de l’Union, estime Mme Loiseau.

Plus que pro-européen, le président sortant serait en outre « pro-français d’abord », selon l’ancienne ministre des Affaires européennes : « Il pense qu’une France forte passe par une Europe forte » – qu’il se serait donc engagé à faire avancer depuis le début de sa présidence en 2017.

Une vision européenne « cohérente » – et inscrite dans le long terme

« Il n’y a aucun doute sur le fait que Macron est le plus pro-européen » des candidats français à la présidentielle, appuie également un porte-parole de la délégation Renaissance (qui regroupe les eurodéputés français de LREM, MoDem, Mouvement Radical, Agir et indépendants, et fait partie de Renew Europe au Parlement européen).

« Ce qui le démontre, c’est, d’une part, sa considération tactique du fonctionnement de l’UE, sa volonté de s’organiser et de partager des idées au lieu de juste vouloir faire gagner la France », explique-t-il à EURACTIV France. « D’autre part, c’est sa cohérence sur les discours et les idées : depuis sa candidature en 2016, on voit une personnalité politique qui dit les mêmes choses », selon le porte-parole.

Une continuité, donc, dans laquelle viendrait aussi s’inscrire la PFUE sous Emmanuel Macron. Si celle-ci se veut ambitieuse, « on n’a pas sorti les sujets de notre chapeau », déclare Nathalie Loiseau. Au contraire, on verrait désormais « arriver à maturité » des projets pour lesquels « on avait formulé nos priorités il y plusieurs années ».

« Ce ne sera pas du tout une présidence gadget », affirme également Claude-France Arnould. « Il ne s’agit pas de chercher des initiatives spectaculaires » pendant les six prochains mois, estime la spécialiste de l’IFRI, « mais de faire avancer efficacement les dossiers essentiels en cours ».

Lors du lancement officiel de la PFUE, le 7 janvier, le président avait exprimé sa « volonté de faire de ce semestre un moment utile pour l’Europe, d’efficacité, de réalisation de projets concrets ».

Parmi ceux-ci : la mise en place du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) – une grande « priorité », selon Nathalie Loiseau – ainsi que la finalisation de la « Boussole stratégique » (les orientations stratégiques des 27 en termes de sécurité et de défense commune).

En termes de transition numérique, « on attend évidemment des avancées sur le DMA et le DSA » (Digital Markets Act et Digital Services Act, qui visent à mieux réguler le marché numérique), selon le porte-parole de Renaissance. Tout comme sur le salaire minimum européen, M. Macron ayant annoncé, au volet « social » de ses priorités pour l’Europe, que la directive sur les salaires minimums dans l’UE sera « au cœur » de la PFUE.

Si, somme tout, le non-candidat Emmanuel Macron concentre ses propos sur l’Europe sur l’avenir proche, il ne cache toutefois pas son ambition d’aller plus loin. Comme il l’affirmait devant les commissaires européens le 7 janvier dernier, la construction d’un « nouveau modèle de croissance et d’autonomie européen » serait certes un « élément clé » pour les mois à venir – « mais surtout de la décennie qui vient ».

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