Le solaire, grand oublié de la transition énergétique à la française

Les programmes des candidats à l’élection présidentielle ne semblent pas alignés avec l’objectif de la programmation pluriannuelle de l’énergie pour 2023, à savoir d’avoir 20,1GW d’énergie solaire. [Esther Snippe]

Alors qu’elle est positivement perçue par la population – et que l’ensoleillement du pays permettrait son développement à grande échelle – l’énergie solaire est encore peu déployée en France. Et la situation ne devrait pas beaucoup changer lors du prochain quinquennat, les candidats à la présidentielle n’en ayant pas fait une priorité.

En 2021, l’énergie photovoltaïque représentait 3 % de la production électrique en France, soit 13,6 TWh. Une misère, même si la production était en hausse par rapport à l’année précédente et ses 2,5% (12,6 TWh).

« Jusqu’à 2021, sur une année, la France avait déployé 2GW de solaire au mieux. Ce “record” a été battu en 2021 avec un déploiement de 2,7GW, ce qui est un signal encourageant même si cela demeure insuffisant » souligne Phuc-Vinh Nguyen, chercheur sur les politiques de l’énergie européenne et française à l’Institut Jacques Delors.

Dans le pays, le déploiement de l’énergie solaire va croissant, mais lentement. En comparaison, entre 2014 et 2021, l’Allemagne a installé 5GW an de photovoltaïque par an. 

« Pourtant le potentiel d’ensoleillement est bien plus significatif chez nous qu’Outre-Rhin » commente l’expert dans un entretien accordé à Euractiv.

L’acceptation sociale est pourtant assez bonne en France. Dans une enquête sur les Français et l’environnement, réalisée en 2018 par l’Agence française de la transition écologique (Ademe), 63 % des sondés ont indiqué que le solaire était l’énergie renouvelable qui devrait être développée en priorité en France.

Alors comment expliquer un tel écart entre la France et l’Allemagne ?

« Le principal point bloquant pour le développement du solaire reste avant tout la lourdeur administrative propre à chaque dossier » explique Phuc-Vinh Nguyen. Or, « l’objectif de la programmation pluriannuelle de l’énergie pour 2023 est d’avoir 20,1GW » d’énergie solaire, détaille le chercheur. « Cela implique d’installer 3,5GW/an en 2022 et en 2023 pour tenir les objectifs ».

Les candidats à l’élection présidentielle ont-ils bien intégré cet objectif à leur programme ? Pas vraiment.

L’Allemagne entend stimuler les énergies renouvelables dans l’agriculture

Les énergies renouvelables vont être utilisées dans l’agriculture allemande, car les ministères de l’Agriculture, du Climat et de l’Environnement, menés par trois ministres écologistes, veulent que les landes, essentielles pour le climat, soient connectées au photovoltaïque agricole.

Un manque d’objectifs chiffrés

L’objectif de 100 % d’énergies renouvelables en 2050 de Jean-Luc Mélenchon est de bon augure pour le solaire, mais le candidat ne donne malheureusement aucun objectif chiffré en la matière. Dans son programme, il indique seulement vouloir « favoriser partout sur le territoire le recours aux diverses sources d’énergie les plus adaptées aux conditions météorologiques et géographiques ».

Emmanuel Macron a une proposition plus claire, à savoir « la multiplication par 10 de notre puissance solaire ». Le candidat « reste dans la lignée de son quinquennat avec un objectif conservateur, en visant 100GW en 2050, soit un prolongement du rythme de +3GW/an » commente Phuc-Vinh Nguyen. 

Du côté de Valérie Pécresse, rien de précis sur le solaire, simplement le souhait de développer les énergies renouvelables, en complément du nucléaire, en décentralisant la prise de décision.

Sur Twitter, Marine Le Pen a, quant à elle, indiqué le 2 avril vouloir « un moratoire sur le solaire et l’éolien, deux énergies intermittentes qui ont prouvé leur inefficacité et qui coûtent extrêmement cher. »

Mais Selon Phuc-Vinh Nguyen, sa position est difficilement audible. « Se passer du solaire reviendrait à ne pas atteindre les objectifs de neutralité climatique, en plus de mettre à mal un bassin d’emploi – actuel et futur – en France. »

Enfin, Eric Zemmour serait défavorable au solaire selon les Shifters, un collectif de bénévoles du groupe de réflexion Shift Project, qui ont décryptés les programmes des candidats sur les enjeux énergies-climat.

« De manière générale, la plupart des candidats n’a pas affiché d’objectif chiffré », ce qui « nuit à la possibilité d’apprécier objectivement la mise en œuvre de leurs programmes » estime Phuc-Vinh Nguyen.

Pour rappel, le solaire figure parmi les alternatives pour, d’une part, répondre aux besoins énergétiques des consommateurs mais aussi pour, d’autre part, réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Mentionnant les conclusions du 3ème volet du rapport du GIEC, publié lundi 4 avril, Greenpeace France a rappelé que « l’efficacité énergétique, la réduction de la demande en énergie ainsi que le développement de l’énergie solaire et éolienne sont les clés de la lutte contre le changement climatique en matière d’énergie ». L’expression d’une volonté politique dans le domaine du solaire apparaît donc plus cruciale que jamais.

Agriculture et énergies renouvelables : vers une filière des « énergiculteurs » ?

Dans une proposition de résolution, les sénateurs Jean-François Longeot et Jean-Pierre Moga appellent au développement de l’agrivoltaïsme en France pour allier la production alimentaire et la transition énergétique.

[Edité par Frédéric Simon]

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