L’Europe du climat et de la justice sociale au coeur du projet de Yannick Jadot

Les maîtres mots pour définir la vision de l’Europe de Yannick Jadot ? « Écologique, solidaire et humaniste ». [Esther Snippe/EURACTIV/Shutterstock]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Présidentielle 2022 : et l’Europe dans tout ça ?.

Candidat du parti EELV, Yannick Jadot élabore, sans surprise, un projet présidentiel dans lequel l’Europe a une place prépondérante. Un positionnement à double tranchant quand il s’agit de séduire un électorat français pas toujours pro-européen.

Député européen depuis plus de 10 ans, Yannick Jadot connaît bien les arcanes des institutions européennes, ses points de blocages, mais également les avantages à porter des projets communs au sein de l’Union. Son projet présidentiel mise donc sur l’Europe tout en proposant une évolution du fonctionnement de l’UE afin de mieux atteindre ses objectifs, en matière sociale notamment.

« Yannick Jadot va plus loin que ce que proposait initialement EELV », estime Daniel Boy, directeur de recherche émérite à la Fondation nationale des sciences politiques du Centre de recherches politiques de Sciences Po. « L’Europe est véritablement un levier de son programme. »

Un communiqué de presse du candidat, datant du 8 décembre dernier, le confirme : « L’Europe est au cœur du projet présidentiel de Yannick Jadot. Nous avons besoin de l’Europe pour contenir le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité. Nous avons besoin d’Europe pour aborder sereinement les questions migratoires, lutter efficacement contre l’évasion fiscale et peser sur la scène internationale. »

Concrètement, Yannick Jadot envisage des mesures-miroirs dans le cadre de la PAC, la mise en place de voies migratoires sûres et légales, la conditionnalité budgétaire à l’État de droit, ou encore une réforme de la politique commerciale pour « passer du libre-échange au juste échange ». Les maîtres-mots pour définir sa vision de l’Europe ? « Ecologique, solidaire et humaniste ».

PFUE : quelles sont les priorités des écologistes ?

Lors d’une conférence de presse, mercredi 8 décembre, Yannick Jadot, député européen et candidat à l’élection présidentielle, s’est exprimé sur ses attentes envers le président Macron dans le cadre de la PFUE et sur ses intentions s’il prenait sa succession.

Du point de vue économique, le candidat Jadot porte, en substance, une vision “Europe first”. Au travers de standards écologiques et sociaux mais aussi de relocalisations, que Yannick Jadot entend renforcer au niveau européen, « c’est une façon de favoriser les entreprises et les emplois en Europe, tout en encourageant les entreprises du monde entier à s’aligner » estime la députée européenne Michèle Rivasi.

Elle poursuit : « Dans ses propositions, Yannick Jadot va à l’encontre d’un marché européen sans régulation. Son projet, c’est le retour du politique dans la construction européenne », loin d’un libéralisme qui permet aux entreprises de façonner l’Europe, souligne la députée. 

Evolution des institutions européennes

Le communiqué de presse précédemment cité présente les aspirations de Yannick Jadot dans le cadre de la Présidence française du conseil de l’Union européenne. Il y esquisse les propositions sur l’Europe de son projet présidentiel. 

Il envisage notamment de faire évoluer le fonctionnement de l’UE, et de faciliter ainsi la mise en oeuvre des ambitions écologistes. « Yannick Jadot a la vision d’une véritable démocratie européenne, dans laquelle il y a les bonnes compétences et les bons moyens aux bons échelons afin de pouvoir prendre des décisions », souligne la sénatrice écologiste Mélanie Vogel. 

Le candidat aimerait donner plus de pouvoir au Parlement européen, mais aussi mettre fin à l’exigence d’unanimité au Conseil européen. Objectif : éviter les blocages qui nuisent aux avancées sociales et écologiques, selon la sénatrice. Cette évolution des institutions entraînerait, en effet, plus de marge de manœuvre pour porter des projets tels que le salaire minimum ou la fin des pesticides.

Parlement européen : Yannick Jadot pour un "siège unique" à Strasbourg

Le candidat écologiste à la présidentielle, Yannick Jadot, s’est prononcé dimanche (5 décembre) pour que le « siège unique » du Parlement européen soit fixé à Strasbourg, alors que de nombreux eurodéputés, dont des écologistes, militent pour concentrer l’activité parlementaire à Bruxelles.

Dans son communiqué, Yannick Jadot défend également « une augmentation des ressources propres de l’UE. Pour y parvenir, la France doit peser, notamment pour une taxe sur les transactions financières ambitieuse ». La candidat souhaite que le taux minimum de taxation des bénéfices des entreprises en Europe soit porté à 21 % minimum. Par ailleurs, il envisage de rehausser « l’ambition de l’Accord fiscal global, qui vise à taxer à 15 % les bénéfices à l’étranger des multinationales ».

Pour financer des projets, l’UE pourra également s’appuyer sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. « Avec toutes ces ressources propres, on sort de la logique des contributions nationales et du jeu où les Etats donnent un chèque et attendent de recevoir quelque chose en retour », estime Mélanie Vogel. Avec Yannick Jadot, on taxerait donc pour mieux financer. « Ces ressources permettront de financer le plan de transition écologique, l’infrastructure de transport ferroviaire, les projets sanitaires… », projette ainsi Michèle Rivasi.

Afin de mener à bien son projet, notamment de réformes institutionnelles, Yannick Jadot va devoir trouver des alliés. Il pourra compter sans nul doute sur l’Allemagne, mais « il faut travailler sur d’autres alliances, avec l’Espagne, la Belgique, la Finlande… sans oublier les pays de l’Est, qu’il faut intégrer » plaide Michèle Rivasi.

« L’Europe est un moteur pour le projet de Yannick Jadot », conclut Daniel Boy. « Mais jusqu’à présent, je n’ai pas l’impression qu’il en ait fait un argument pour valoriser sa candidature. » Peut-être parce que cet argument n’est pas pour séduire tout le monde. D’après un sondage Ifop paru dans Le Journal du Dimanche le 25 décembre dernier, 40 % des Français souhaitent une Europe des nations avec davantage de souveraineté des États. 

Le 19 janvier prochain, Yannick Jadot organise le « Forum des possibles » de l’Europe, un événement public dans le cadre de sa campagne qui devrait apporter des précisions sur sa vision européenne. Et le positionner, clairement, comme LE candidat pro-européen. 

Marine Le Pen veut faire de l'Europe une « association des Nations libres »

Après la défaite à l’élection présidentielle de 2017, le Rassemblement national a renouvelé son discours sur l’Europe, faisant notamment le choix d’abandonner son projet de sortie de l’euro, à la veille des élections européennes de 2019.

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