Marine Le Pen réinstalle le duel avec Emmanuel Macron dans ses propositions sur l’Europe

Marine Le Pen veut faire de l’Europe « une alliance européenne des Nations ». [IAN LANGSDON/EPA]

Marine Le Pen s’en est prise à Emmanuel Macron, mardi 18 janvier, sur le terrain de l’UE en détaillant sa conception de « l’Europe des nations », par opposition au projet du président sortant qu’elle juge « inquiétant ».

Comme EURACTIV l’a rapporté précédemment, la vision de l’Europe Marine Le Pen consiste en une « alliance européenne des nations », a-t-elle expliqué lors de sa conférence de presse sur la PFUE mardi 18 janvier. Une ambition « à l’antithèse de celle défendue par Emmanuel Macron. […] Celle des européistes, oublieuse des peuples et dominatrice des Nations ».

Marine Le Pen veut faire de l'Europe une « association des Nations libres »

Après la défaite à l’élection présidentielle de 2017, le Rassemblement national a renouvelé son discours sur l’Europe, faisant notamment le choix d’abandonner son projet de sortie de l’euro, à la veille des élections européennes de 2019.

D’emblée, elle se place comme première, et surtout unique, opposante au président sortant, puisqu’elle considère en effet « qu’il n’y a plus que ces deux choix ». Selon elle, les élections européennes de 2019 l’ont montré, quand les listes Rassemblement national et Renaissance étaient arrivées largement en tête.

Sans surprise, Marine Le Pen charge l’Union européenne sur la question des frontières, qui seraient « des obstacles aux échanges et [qui] contreviennent au dogme devenu religieux de la libre circulation » ; aussi, « l’idéologie mondialiste et sansfrontiériste » et « le dogme de Schengen » expliqueraient la propagation du virus au sein du continent européen.

La « centralisation des commandes et la distribution des vaccins » par l’Union européenne est qualifiée de « fiasco monstrueux », par rapport au Royaume-Uni par exemple, « un pays libre ». Les anciens fantômes d’une sortie de l’Union refont parfois surface…

Emmanuel Macron est, aux yeux de la candidate, coupable de ne pas vouloir « faire avancer les intérêts spécifiques de son Pays » à l’occasion de la présidence française de l’UE (PFUE), et d’avoir été pendant son mandat « le factotum de Mme Merkel ».

Elle critique aussi la volonté du président de vouloir « mutualiser notre appareil de défense, en particulier avec les Allemands, dont tout nous sépare ». En cas d’intérêts convergents, Mme Le Pen reconnait la nécessité d’une « coopération entre les Nations européennes » sur des questions régaliennes.

L’Union européenne n’est pas seulement asservie par l’Allemagne en ce qu’elle est, selon la candidate, sous « l’emprise des intérêts privés », des multinationales aux lobbies, au détriment des petites entreprises.

Le discours identitaire n’arrive qu’à la fin de la conférence de presse, lorsque Mme Le Pen accuse Bruxelles de vouloir « gommer tout ce qui […] pouvait rappeler nos racines, nos identités » et « imposer ses lois par-dessus les Constitutions des États ».

En ce sens, elle « salue l’acte de résistance » des gouvernements polonais et hongrois, qui ont « refusé de se soumettre aux diktats bruxellois », contrairement aux dirigeants français.

Ainsi, l’omniprésence d’Emmanuel Macron dans les attaques portées à l’Union européenne, dont il serait le « plus fidèle promoteur en France », semble suggérer une volonté de la candidate de réinstaller le duel Macron-Le Pen qui s’était éclipsé le temps l’émergence d’Éric Zemmour d’abord, et de Valérie Pécresse ensuite.

Et Marine Le Pen de mettre en garde M. Macron et Mme Pécresse – mais surtout leurs électeurs : « il n’y aura pas de souveraineté européenne car il n’y a pas de peuple européen ». Derrière les éléments de langage se cache un message politique fort à l’endroit des électeurs de droite, assené à plusieurs reprises au cours de la conférence de presse : Emmanuel Macron et Valérie Pécresse étant des « jumeaux », la seule vraie alternative serait le vote Rassemblement national.

En effet, Mme Le Pen juge l’élection présidentielle française comme vitale également pour l’Europe, « ruinée » par l’Union européenne, et appelle à « une réorientation en profondeur ». De la même manière, sa candidature représenterait non seulement l’opportunité pour les électeurs de sauver « la France d’une déconstruction organisée, mais l’Europe d’une submersion programmée ».

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