Plan A ou plan B, Jean-Luc Mélenchon se dit prêt à affronter les traités européens

« Nous nous attaquons aux traités sur les points qui nous bloquent », a fait savoir Jean-Luc Mélenchon, depuis le Parlement de Strasbourg. [Esther Snippe/EURACTIV/Shutterstock]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Présidentielle 2022 : et l’Europe dans tout ça ?.

Plus qu’un contre-programme pour l’UE, Jean-Luc Mélenchon a présenté mardi (18 janvier) sa « méthode » pour dépasser les blocages européens s’il était élu en avril prochain, à la veille du discours du président Emmanuel Macron devant les eurodéputés à Strasbourg.

« Nous nous attaquons aux traités sur les points qui nous bloquent », a résumé Jean-Luc Mélenchon, depuis le Parlement de Strasbourg où il dévoilait sa stratégie, en cas d’élection au poste de président de la République, pour appliquer le programme de La France insoumise (LFI), « quoi qu’il en coûte ».

Deux options sont sur la table. Le « plan A », d’abord, qui prévoit une « rupture concertée » avec les traités européens actuels — obstacles à la mise en place des mesures qu’il juge nécessaires pour la France.

À la place, M. Mélenchon aimerait de nouveaux textes européens qui seraient « compatibles avec les urgences climatiques et sociales ».

S’il ne parvient pas à convaincre les 27 d’une nécessité de reformer l’Union, M. Mélenchon prévoit alors de ne pas tenir compte des règles européennes incompatibles avec son programme national, qu’il souhaite très écologique et social — le « plan B ».

« Vous faites bien ce que vous voulez, mais nous aussi », a résumé l’ancien député européen.

Ce plan de secours témoigne d’une nouvelle approche du candidat, moins « agressive » selon ses propres mots, alors qu’il défendait en 2017 une sortie pure et dure des traités européens en cas d’échec des négociations.

« Nous devons enfin faire prendre conscience à l’Europe de l’Est et du Nord qu’un certain mépris de l’Europe du Sud est intenable », a déclaré M. Mélenchon, interrogé par EURACTIV France à propos des pays du bloc qui pourraient le suivre dans cette rébellion. « On peut trouver avec les pays de l’Europe du Sud un certain diapason commun », a-t-il ajouté.

« Nous nous opposerons à toute nouvelle adhésion aussi longtemps que les critères d’harmonisations sociales n’auront pas été décidés », même s’il s’agit de « bons amis », comme « la Serbie », a par ailleurs tenu à souligner M. Mélenchon.

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Incompatibilités entre ambitions et règles européennes 

Si, selon lui, le droit européen devrait entrer en conflit avec les mesures qu’il compte mettre en œuvre en France, il dénonce une certaine hypocrisie des décideurs politiques, à Paris comme à Bruxelles, dont les ambitions seraient également incompatibles avec le cadre européen.

Il prend en exemple les traités de libre-échange qui empêcheraient le protectionnisme écologique, le statut de la Banque centrale européenne (BCE) qui soumettrait les États aux marchés financiers, les règles budgétaires qui enfermeraient dans l’austérité ou encore le principe de concurrence libre et non faussée qui empêcherait, par exemple, de privilégier la production locale et biologique dans les appels d’offres.

« Ou vous êtes d’accord avec moi et ma méthode ou vous assumez votre statut de menteurs », a-t-il souligné.

Interrogé sur les sanctions auxquelles la France pourrait s’exposer en cas de désobéissance, M. Mélenchon a évoqué les « 2903 cas d’autres pays dans lequel il y a des infractions » et pour lesquelles « personne n’a rien dit ».

Dans son programme, le candidat cite l’exemple de la « règle d’or » des 3 % de déficit public qui aurait été violée 171 fois, dont 7 fois par l’Allemagne.

Il y explique même que la désobéissance peut permettre de créer des « précédents », obligeant Bruxelles à autoriser des dérogations ou des statuts particuliers.

Présidence française de l’UE

Sans surprise, le candidat à l’élection présidentielle a profité de son passage à Strasbourg pour tacler le gouvernement, un jour avant l’allocution d’Emmanuel Macron devant les eurodéputés pour présenter les grandes lignes de la présidence française du Conseil de l’UE (PFUE) que Paris assume depuis le 1er janvier.

« La présidence française commence avec un point d’interrogation », a regretté M. Mélenchon face à l’incertitude planant sur la deuxième partie de ce mandat, censé s’achever en juin.

Il a ensuite pointé du doigt quelques-unes des priorités de travail de la France, dont la directive pour un salaire minimum en Europe, « un leurre pour 90 % du contenu » selon lui, ou encore le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières qui reviendrait à créer un « droit à polluer ».

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S’il est élu, Jean-Luc Mélenchon a indiqué qu’il consacrerait les mois restants de la présidence française à travailler sur la levée des brevets sur les vaccins, à accélérer les négociations sur la régulation sur les travailleurs des plateformes et à empêcher le rétablissement en 2023 du pacte de stabilité.

Le candidat appelle également à « parler sérieusement de la dette », regrettant qu’« avant même que [ce débat] commence, l’Allemagne a dit “non” ».

Interrogé si, à l’instar de ses prédécesseurs, il réserverait sa première visite à l’étranger à la chancellerie allemande, M. Mélenchon a indiqué qu’il ne savait pas, mais que ce ne serait pas le cas « si c’est juste pour montrer que l’on continue à faire vivre une fiction ».

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