De Waele : « Sergei Stanishev est un caillou dans la chaussure de Schulz »

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La polémique autour du bulgare Sergei Stanishev risque de nuire à la campagne de Martin Schulz, estime  Jean-Michel de Waele, professeur de sciences politiques à l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

Jean-Michel de Waele est l’actuel doyen de la faculté des Sciences sociales et politiques de l’Université libre de Bruxelles et directeur du Centre d'étude de la vie politique (le CEVIPOL) de l'ULB.

La campagne pour les élections européennes va être bientôt engagée. Le principal duel aura lieu entre le candidat du Parti socialiste européen (PSE), Martin Schulz, actuellement président du Parlement européen, et le candidat du Parti populaire européen, qui sera désigné le 6 mars prochain. Quels sont les risques pour la campagne de Schulz, qui a déjà essuyé quelques attaques ?

Les attaques en question portent sur Stanishev [Sergei Stanishev, président du PSE et leader du Parti socialiste bulgare a été critiqué pour avoir mis en place un gouvernement dans son pays qui survit grâce au soutien du parti extrémiste Ataka, et aussi pour un présumé conflit d’intérêts sur un projet financé par le Parlement européen, remporté par son épouse]. Sergei Stanishev est un caillou dans la chaussure de Schulz et un caillou qui peut faire mal. Parce qu’il constitue un angle d’attaque facile. La présence de Sergei Stanishev à la tête du Parti socialiste européen a été quand même une surprise pour beaucoup d’observateurs. Ce n’était pas un candidat fort, il était le résultat d’un compromis difficile, et on voit aujourd’hui combien ce choix risque de nous coûter cher. Évidemment, les adversaires de M. Schulz vont s’en servir, parce que les critiques des socialistes européens vis-à-vis du PPE et vis-à-vis d’autres mouvements perdent de leur crédibilité par la situation particulière d’Ataka qui assure la survie du gouvernement bulgare sous mandat socialiste.

Un éventuel remplacement de Sergei Stanishev ne figure pas à l’ordre du jour du congrès du PSE à Rome le 1er mars prochain. Il semble que ce serait trop tard, étant donné que les élections européennes approchent…

Ça a toujours été une surprise pour moi que l’on n’ait pu trouver d’autres candidats. Le remplacement aurait dû être fait plus tôt. Maintenant le PSE a le choix entre deux mauvaises solutions : le remplacer, mais c’est difficile d’un point de vue politique et stratégique, parce que le mal est fait. Mais ne pas le remplacer me semble encore plus risqué. Sans doute vaut-il mieux le remplacer, quitte à avoir quelques critiques, que de faire la campagne électorale avec ce caillou dans la chaussure. Et comme monsieur Schulz va beaucoup voyager, avec un caillou dans la chaussure, ce sera très compliqué. Mais le cas est intéressant pour analyser l’évolution des partis politiques en Europe centrale. Peut-être que les observateurs occidentaux sont surpris, peut-être découvrent-ils maintenant les difficultés que Stanishev peut poser ? Mais pour une personne qui suit l’Europe centrale de près, ou la Bulgarie, il y a peu de surprise.

Pouvez-vous rappeler votre expertise dans ce domaine ?

J’étudie les partis politiques en Europe centrale depuis une vingtaine d’années. J’ai beaucoup travaillé et beaucoup publié sur ce sujet, et particulièrement sur la faiblesse de la gauche en Europe centrale. J’ai aussi travaillé sur le Parti socialiste bulgare, j’ai assisté à plusieurs congrès, j’ai mené plusieurs études et j’ai rencontré à plusieurs reprises les dirigeants du PSB, dont Sergei Stanishev, au moment où il semblait pouvoir être le réformateur du PSB. On a cru un moment que ce jeune homme allait être porteur d’une rénovation et d’un changement important pour le Parti socialiste bulgare. Il incarnait à l’époque l’équilibre entre les traditions historiques familiales, qui pourraient rassurer la vieille garde, et l’ouverture sur la modernité, les valeurs européennes. Force est de constater, malheureusement, que les promesses n’ont pas été tenues, et qu’il n’a pas pu, ni en tant que premier ministre, ni en tant que président du PSB, mener la réforme interne qui est tellement nécessaire.

Quand vous parlez de la faiblesse des partis de gauche en Europe centrale, j’ai l’impression que cela vous fait mal, car vous êtes connu en tant qu’homme de gauche…

Je suis un progressiste. Je suis un homme de gauche, je ne m’en cache pas et j’ai tenté de mener des recherches pour comprendre pourquoi dans une situation sociale aussi complexe, que celle rencontrée en Europe centrale, un tel déséquilibre pouvait apparaître. Je pense que ce n’est pas un sujet académique, c’est un sujet pour toute l’Europe. La gauche européenne veut rattraper son retard sur le PPE et augmenter ses scores électoraux, mais l’Europe centrale apporte peu de voix à gauche. Si la gauche veut gagner en Europe, elle doit avoir des partis forts en Pologne et dans une série d’autres États [aux élections parlementaires de 2011 en Pologne, l’Alliance démocratique de la Gauche a obtenu 27 sièges seulement au Sejm, la chambre basse du parlement qui en compte 460, et aucun au Sénat, qui en compte 100]. 

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