Jean Arthuis : le fédéralisme européen fait consensus au sein de l’UDI

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Jean Arthuis est sénateur français et vice-président de l'UDI en charge du projet européen. A l'approche des élections européennes, il envisage une union centriste avec le Modem de François Bayrou. Le parti de centre, droit aujourd’hui membre du PPE, pourrait rejoindre l’ALDE lors des prochaines élections.

L’UDI est née il y a un peu moins d’un an. Comment se préparent les élections européennes ?

Nous avons organisé une journée de réflexion le 30 août dernier sur l’échéance européenne. Cette journée a rassemblé plusieurs parlementaires français mais aussi européens du PPE et de l’ALDE venus d’Allemagne, des Pays-Bas ou encore du Royaume-Uni. L’eurodéputée Modem Sylvie Goulard nous avait également rejoint. Au cours de cette journée de travail, l’UDI a adopté un document qui fait figure de préprogramme pour les élections européennes, que nous espérons adopter fin octobre début novembre à l’occasion du premier anniversaire de l’UDI. La famille centriste porte une conviction européenne fondamentale dans ses principes fondateurs. Pour les élections européennes, nous avons choisi de nous présenter sous la bannière « Les Européens ». C’est une main tendue vers ceux qui,  de l’UMP aux écologistes,  se reconnaissent dans le projet  européen que nous portons.

Un rapprochement avec le Modem est-il d’actualité en vue des élections européennes ?

Lors des dernières élections présidentielles, François Bayrou (président du Mouvement démocrate)  a fait le choix de se ranger du côté de François Hollande, alors que notre ancrage historique se situe au centre droit. Cependant, à l’occasion des élections municipales, nous nous rendrons peut-être compte qu’une convergence est possible entre l’UDI et le Modem. Mais si ce rapprochement se concrétise, il ne sera pas seulement un accord circonstance sur les élections municipales et européennes de 2014. Il faut que cette convergence se fasse  sur une durée plus longue qui devrait logiquement nous mener à la présentation d’une liste commune du centre aux élections présidentielles de 2017.

Ce rapprochement de la famille centriste va-t-il  influencer le choix de votre groupe politique au sein du futur Parlement européen ?

Durant cette législature, nous étions membres du groupe PPE  mais nous n’avons pas opté à ce stade pour un groupe parlementaire plutôt qu’un autre. Cependant, j’ai rencontré à plusieurs reprises Guy Verhofstadt, le président  du groupe ALDE au Parlement européen, dont les propos à forte tonalité fédéraliste ont déclenché une approbation large au sein de l’UDI. Dans le choix de notre future famille politique européenne, tout rentrera en compte : le programme proposé ainsi que le candidat choisi pour le poste de président de la Commission européenne.

Vous partagez donc  la conviction des libéraux de l’ALDE sur la nécessité de construire une Union européenne fédérale ?

Nous somme pour un gouvernement de l’Europe : est-ce que les Étals sont vraiment souverains sur des thématiques telles que la diplomatie, l’immigration ? Continuer d’exercer à l’échelon national ces pans de souveraineté nuit à l’UE. Il faut fédéraliser certaines compétences comme le contrôle des frontières. Ce n’est pas à l’Italie ou à Chypre qui se trouvent en première ligne d’assumer seuls l'afflux migratoire à destination de l’Europe ! Par ailleurs, si nous avions eu une véritable diplomatie européenne, et au regard de la quantité des importations de gaz que font les pays membres depuis la Russie, il aurait peut-être été possible de faire pression sur Vladimir Poutine dans le dossier syrien. Au lieu de cela, au dernier G20 les européens sont apparus divisés et impuissants sur la situation en Syrie.

Quelle gouvernance pourrait permettre à l’Union européenne de s’acheminer vers davantage de fédéralisme?

Dans la famille centriste, nous avons un regard critique sur les institutions européennes et leur système de gouvernance. L’Union européenne est la seule institution qui possède autant de présidents! (Herman Van Rompuy, président du de l’UE, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne ainsi que la présidence tournante de l’UE).  Cette multiplication des chefs de file dilue le pilotage politique. D’autant que ces deux-là –  Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso – racontent exactement la même chose !  Je suis en faveur d’un président unique de l’Union européenne, qui présiderait à la fois le Conseil et la Commission européenne.  Le nombre démesuré de commissaires européens est aussi une aberration. Il faut cesser de conditionner le nombre de ces ministres européens au nombre d’Etats membres et avoir un collège réduit.  Cela permettra en plus de réguler le nombre de directives produites, qui est effrayant.  

Parallèlement l’Eurogroupe ne possède pas de président dédié, puisqu’il est dirigé par le ministre des finances d’un des pays de la zone euro. Il est impératif que l’Eurogroupe soit doté d’un dirigeant sans mandat national. Cela peut donner lieu à des conflits d’agenda mais aussi à des conflits d’intérêts.Le catalyseur de la zone euro c’est le fédéralisme, et il faut mettre en place une gouvernance spécifique de la zone euro. Cela ne créera pas une Europe à deux vitesses car tous les pays de l’UE ont vocation à intégrer la zone euro.  

Que pensez-vous de la proposition de taxe sur les transactions financières afin de créer des ressources propres pour le budget européen ?

Aujourd’hui le budget de l’Europe est un budget de redistribution. Chaque état membre verse au budget communautaire sa contribution, puis chacun tente de récupérer sa mise de départ ou davantage. C’est  une vraie table de casino ! Il faut augmenter le budget propre de l’Union européenne, notamment en le finançant grâce à des ressources propres. La Taxe sur les transactions financières, si elle s’applique à l’ensemble des pays membres et non seulement à une partie, pourrait être un pourvoyeur de ressources propre du budget de l’UE. Je suis également en faveur de l’instauration d’une taxe carbone aux frontières de l’UE. Une telle taxe devrait permettre de rectifier en partie du déséquilibre produit par les objectifs de réduction d’émission de CO2 que nous imposons à nos industriels et qui ne sont pas appliqué aux industriels étrangers. 

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