6 commissaires pris en otage par le Parlement européen

Martin Schulz et Jean-Claude Juncker. Brussels, 30 août. [European Council]

Le Parlement européen a appelé au moins six candidats pour un nouvel examen, écrit ou oral. Cette « prise en otage » d’une partie de l’équipe augure de difficiles négociations et éventuellement une refonte du collège. 

Déjà 21 auditions ont eu lieu au Parlement et six sont encore à venir avant que les eurodéputés s’expriment sur le nouveau collège de commissaires. La sélection est dure, déjà six candidats ont été bloqués temporairement par les parlementaires européens.

Les eurodéputés tchèques ont été les premiers à admettre que leur compatriote, V?ra Jourová, la commissaire désignée chargée de la justice, des consommateurs et de l’égalité des sexes, pourrait être rappelée par le Parlement à la suite d’une médiocre performance lors de son audition.

En outre, le Parlement européen a également indiqué qu’un autre candidat, l’Espagnol Miguel Arias Cañete, était mis en difficulté, même plus que sa collègue tchèque. V?ra Jourová pourrait pourrait passer une audition non pas pour le portefeuille que M. Juncker lui avait assigné, mais pour celui de l’Énergie, qui devrait revenir normalement à l’Espagnol.

>> Lire : Le commissaire Cañete mis en difficulté au Parlement européen

En effet, Miguel Cañete a été vertement critiqué par les eurodéputés, notamment pour ses liens avec l’industrie pétrolière et un changement de dernière minute dans ses déclarations d’intérêt financier. Son maintien au sein du collège semble fortement compromis.

Le Hongrois Tibor Navracsics, le candidat pour le poste de commissaire à l’Éducation, à la culture, à la jeunesse et à la citoyenne, semble également en ballottement. Il payerait sa fidélité au premier ministre Viktor Orbán et à son modèle de la « démocratie illibérale ».

 >> Lire : Le commissaire Navracsics paie sa proximité avec Viktor Orban

Le candidat socialiste roumain, Corina Cre?u, qui devait récupérer le poste de commissaire à la politique régionale, est aussi en eaux troubles, étant donné que le PPE a trouvé sa performance peu convaincante. Miguel Cañete et Tibor Navracsiscs sont membres du PPE. V?ra Jourová est pour sa part libérale. 

Deux autres candidats sentent également la pression montée du côté du Parlement. Mais ces deux derniers ne jouent pas dans la même catégorie que ceux précédents, du fait du poids de leur pays d’origine au sein de l’UE. Ainsi, le Français Pierre Moscovici, qui s’est vu assigner le portefeuille des affaires économiques et financières, est suspecté d’être un cheval de Troie envoyé par Paris, dont la mission serait de permettre à son pays de laisser filer son déficit sans avoir à essuyer de sanctions.

>> Lire : Pierre Moscovici pris en étau entre les partis du Parlement européen

De la même façon, le Britannique Jonathan Hill, potentiel commissaire désigné la stabilité financière, aux services financiers et à l’union des marchés de capitaux, est vu comme un émissaire de la City de Londres auprès de l’exécutif européen. Ce serait comme lâcher « un renard dans un poulailler » considèrent certains.

>> Lire : Les eurodéputés réclament un oral de rattrapage pour le commissaire Jonathan Hill

EURACTIV a demandé à Mina Andreeva, porte-parole de M. Juncker, ce que seraient les conséquences de cette « prise d’otage » par le Parlement européen et si le président envisageait de s’engager lui-même dans les négociations parlementaires.

La porte-parole a indiqué que le Luxembourgeois suivait les auditions avec le plus grand intérêt et qu’il était jusqu’alors satisfait des performances des membres de son équipe.

« M. Juncker est en contact étroit avec le président [du Parlement européen], Martin Schulz, et, évidemment, nous allons attendre la fin des auditions, puis nous discuterons des évaluations parlementaires dans leur globalité », a-t-elle expliqué.

À la question de savoir si Jean-Claude Juncker était également satisfait des auditions de Miguel Cañete, celle-ci a rétorqué que tous les candidats avaient démontré de manière convaincante leurs compétences, mais aussi leur engagement en faveur de l’Europe, y compris le commissaire espagnol. Les auditions prendront fin le 7 octobre. Encore six candidats à la commission doivent passer sur le grill parlementaire [voir le calendrier des auditions d’EURACTIV].

En théorie, le nouveau président de la Commission pourrait remanier la distribution des portefeuilles ou même demander aux États membres de soumettre de nouveaux candidats. Il ne fait aucun doute que le remplacement des commissaires nécessiterait plus de temps et une modification du calendrier prévu pour l’entrée en fonction de la nouvelle Commission. 

Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne a annoncé le 10 septembre la distribution des portefeuilles.

Parmi les nouveaux commissaires, qui devraient gagner leur poste le 1er novembre, 18 sont d'anciens ministres voire premiers ministres. Le Président s'est félicité et a déclaré que la nouvelle Commission était « très politique ».

La nouvelle Commission doit maintenant faire l'objet d'un vote d'approbation dans son ensemble par le Parlement européen. Les auditions se tiennent du 29 septembre au 7 octobre.

Pendant ces deux semaines d'audition, les 27 commissaires vont être passés au crible par les eurodéputés issus des commissions correspondant au poste brigué par le candidat.

À l’issue de ces auditions, le Parlement pourra alors soit accepter soit rejeter le collège dans son ensemble.

  • 7 octobre : dernier jour du cycle d'auditions des commissaires désignés devant le Parlement européen
  • 6 ou 7 octobre : Jonathan Hill passera une nouvelle audition
  • 7 octobre : réunion extraordinaire de la conférence des présidents de commission pour évaluer les conclusions des auditions.
  • 8 au 9 octobre : les groupes se réunissent le 8 octobre après-midi et le 9 octobre matin pour évaluer les auditions.
  • 9 octobre : la conférence des présidents se réunit pour annoncer la fin des auditions et finaliser les évaluations
  • 22 octobre : vote en plénière

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