Barnier or not Barnier, le débat reste ouvert

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L'Allemagne et la France ont déjà esquissé une répartition des principaux postes pour le renouvellement des institutions européennes. L'influence de l'Allemagne semble pour l'heure prépondérante.

Faut-il, ou non, soutenir la candidature de Michel Barnier comme tête de file de la droite aux élections européennes ? La question préoccupe la classe politique française, à droite comme à gauche, à quelques mois des élections européennes qui doivent aboutir pour la première fois également à « l’élection » du président de la Commission européenne.

Il ou elle devra en effet être choisi(e) parmi les candidats des principaux partis au pouvoir. Le plus probable est donc que le poste revienne au candidat de l'un des deux principaux partis actuels au Parlement européen : le Parti populaire européen, à droite, ou le Parti socialiste européen, à gauche.

Cela n'empêche pas les autres partis de proposer également des candidats, ce qui permet d'incarner la campagne. La Gauche européenne a choisi le grec Alexis Tsipras et les Verts devraient opter pour José Bové et Rebecca Harms. Les centristes s'interrogent quant à eux toujours entre Guy Verhostadt et Olli Rehn.

Martin Schulz, rassembleur d'une gauche hétéroclite

Le Parti socialiste européen est entré tôt dans la course en proposant Martin Schulz. Actuel président du Parlement européen, le candidat part avec une longueur d'avance puisque son poste actuel lui permet de faire campagne tout en assurant ses fonctions. Sa position lui permet surtout de nouer des alliances qui pourraient s'avérer cruciales au lendemain des élections.

« C'est un fin politique, qui peut déjà s'assurer du soutien des libéraux du centre, et sans doute des Verts. Voire de la Gauche, qui sait ? », assure une source au Parti socialiste français. La lassitude de la gauche, même extrême, face à une Commission très libérale depuis 8 ans pourrait inciter la plupart des formations de gauche à soutenir la candidature de Martin Schulz. Ce qui pourrait permettre de contourner le combat frontal PSE /PPE, dans lequel le PSE perd quasiment systématiquement, en nombre de sièges, au Parlement européen.

Une hypothèse pragmatique qui s'est construite sur le terrain, durant la dernière législature. « Dans la pratique, nous avons montré que nous pouvions avancer et travailler entre groupes de gauche sur des questions bien précises, comme le fonds d'aide aux plus démunis ou le fonds d'ajustement à la mondialisation », déclare un eurodéputé communiste.

La gauche pourrait donc emporter la présidence de la Commission même si le Parti populaire européen arrive en tête sur les 754 sièges du Parlement européen, dont il est aujourd'hui le premier groupe avec 275 députés.

« C'est ce qui risque de nous arriver, et ce sera bien normal, puisqu'on est incapable d'avoir un candidat pour l'Europe » reconnaît, désabusé, un eurodéputé UMP.

À droite, le désert

De fait, aucun candidat de droite ne semble pouvoir émerger. Michel Barnier, actuel commissaire aux Marché intérieur, a bien fait comprendre tôt qu'il était potentiellement disponible. Très estimé à Bruxelles, plutôt bien vu à l'Élysée, le candidat potentiel est en revanche moins bien perçu à l'UMP.

À la tête de l'UMP, Jean-François Copé ne place pas les questions européennes au cœur de ses priorités. Il souhaite inciter Bruno Le Maire, l'un des Européens convaincus et compétents du parti de droite à se présenter avec lui, mais fait barrage à Michel Barnier perçu comme trop Bruxellois pour l'électorat de l'UMP facilement gaulliste, voire antieuropéen.

Le groupe de réflexion « Devoir d'alternance » de Pierre Lellouche et Philippe Marini s'affiche clairement contre la candidature de Michel Barnier, qui symboliserait trop le système européen tel qu'il existe aujourd'hui. Leur position idéologique est plus atlantiste, et le mouvement reproche à Michel Barnier son attirance pour le fédéralisme, alors qu'il envisage plutôt une Europe a minima, et à l'anglo-saxonne.

En dehors de l'UMP, d'autres critiques fusent à propos du commissaire sortant.

« À Bruxelles, ce qu'on reproche à Michel Barnier c’est son anglais, qui n'est pas assez bon pour être le numéro un en Europe », affirme un eurodéputé. Vraiment ? L’homme politique savoyard a pourtant tellement coutume de parler l’anglais qu’il en introduit dans ses discours français.

À la gauche du PS, ce sont ses positions trop libérales qui ne passent pas, alors que la Commission sortante est critiquée pour n’avoir pas empêché aux économies de plusieurs pays de sombrer dans le marasme. Les réformes bancaires ne seraient pas allées assez loin, et le commissaire au marché intérieur n'aurait pas assez poussé le gouvernement européen vers une gestion plus sociale de la crise économique.

Autre argument de politique intérieure cette fois : « si Hollande soutenait la candidature de Michel Barnier, ça ferait vraiment UMPS, c’est exactement ce que l’extrême droite attend », prévient une eurodéputée PS.

Prudent, Michel Barnier le reste en tout cas. Interrogé mi-décembre par Le Dauphiné, l'ancien élu savoyard a déclaré : « J'attends de voir si le Parti populaire européen, dont je suis vice-président aura besoin de moi ou pas. Je ne peux pas le dire aujourd’hui».

Le rouleau compresseur allemand

Le coming-out du politicien luxembourgeois Jean-Paul Juncker pourrait changer la donne.

Interrogé par Le Monde, le 19 décembre, l’ex-premier ministre a assuré qu’il « était prêt si on le lui demandait ».

Un enthousiasme tout relatif, qui en fait pourtant un candidat crédible, même si le soutien de l'Allemagne ne lui est pas nécessairement acquis.

Resté 18 ans aux commandes de son pays, Jean-Paul Juncker a ensuite dirigé l’Eurogroupe à mi-temps durant 5 ans, ce qui lui a permis de se construire de solides affinités politiques ainsi qu’une vraie crédibilité européenne. L’hypothèse fait toutefois grincer des dents en France, où l’influence allemande lors du renouvellement des institutions est déjà perçue comme envahissante.

Angela Merkel veut en effet déjà imposer le polonais Radoslaw Sikorski comme remplaçant de la haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères, Catherine Ashton ; elle souhaite aussi voir la Lituanienne Dalia Grybauskauté, ancienne commissaire au Budget, à un des « top job » européens. Ne serait-ce que pour avoir une femme à un poste important. La Luxembourgeoise Viviane Reding, relativement populaire en Europe, est également sur les rangs.

« Angela Merkel ne peut pas en plus avoir le dernier mot sur la présidence de la Commission, il ne faut pas exagérer ! » s'indigne un eurodéputé.

La tête de l'Eurogroupe en lot de consolation pour la France ?

L’emprise allemande sur les futures institutions semble pourtant d’ores et déjà majeure.

À l’heure actuelle, le président de la Commission devrait être soit un allemand, Martin Schulz, dont le parti SPD fait actuellement partie du gouvernement allemand, soit d’un Luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, qui a fait campagne aux côtés de la CDU durant les dernières élections législatives en Allemagne.

Une perspective qui pourrait peut-être inciter l’Élysée à soutenir un peu plus sérieusement la candidature de Michel Barnier.

Faute de quoi il ne resterait pas tellement de perspectives à la France, si ce n'est une éventuelle présidence de l'Eurogroupe, la réunion des ministres des Finances, qui n'est a priori pas ouverte. Le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem vient en effet de remplacer Juncker à ce poste à mi-temps. La France lui a reproché de ne pas avoir participé à des réunions. Elle milite pour donner de l'ampleur au poste, avec un plein temps pour Pierre Moscovici par exemple.

Interrogé sur l'hypothèse de la candidature de l'actuel ministre des Finances français, le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, a dit tout le bien qu'il pensait de lui, montrant ainsi qu'il le soutiendrait. À l'heure actuelle, l'hypothèse « Moscovici » aux finances semble jouer les lots de consolation potentiels si Michel Barnier n'est pas nommé pour le PPE.

L'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne entraîne des modifications dans l'organisation des institutions européennes, notamment en ce qui concerne la nomination de ses dirigeants. Pour combler le déficit démocratique souvent reproché à l'UE, il est prévu que le président de la Commission européenne soit choisi en tenant compte de la majorité du Parlement européen.

L'article 17 alinéa 7 du Traité de Lisbonne stipule :

 En tenant compte des élections au Parlement européen, et après avoir procédé aux consultations appropriées, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose au Parlement européen un candidat à la fonction de président de la Commission. Ce candidat est élu par le Parlement européen à la majorité des membres qui le composent. Si ce candidat ne recueille pas la majorité, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose, dans un délai d'un mois, un nouveau candidat, qui est élu par le Parlement européen selon la même procédure.
Le Conseil, d'un commun accord avec le président élu, adopte la liste des autres personnalités qu'il propose de nommer membres de la Commission. Le choix de celles-ci s'effectue, sur la base des suggestions faites par les États membres, conformément aux critères prévus au paragraphe 3, deuxième alinéa, et au paragraphe 5, second alinéa.
  • 21 janvier 2014 : le parti de l'UMP doit préciser les têtes de listes choisies pour les élections européennes
  • 6-7 mars 2014 : Congrès du Parti populaire européen en Irlande, où le candidat du PPE sera choisi

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