Doutes sur la présidence de la Commission

Jean-Claude Juncker (left) and Herman Van Rompuy ahead of a EU Summit [President of the European Council/Flickr]

Jean-Claude Juncker (gauche) et Herman Van Rompuy. [Président du Conseil européen/Flickr]

Les chefs d’État et de gouvernement européens ont donné un mandat au président du Conseil, Herman Van Rompuy, en vue de trouver un nouveau président de la Commission. Tous les scénarios sont encore envisageables.

La « première discussion » était « utile », a déclaré Herman Van Rompuy à la sortie du sommet extraordinaire, un euphémisme pour affirmer que les discussions n’ont pas délivré les effets escomptés.

Herman Van Rompuy, ancien premier ministre belge, sera chargé de mener des consultations en vue d’aboutir à l’élection du prochain président de la Commission. En raison de sa structure politique pour le moins complexe, la Belgique a accumulé un savoir-faire en matière de formation de coalition gouvernementale.

Méthode à la belge

Le prochain président de la Commission doit obtenir le soutien à majorité qualifiée des dirigeants des États européens. Il doit également trouver une large majorité au sein du Parlement afin de faire adopter des textes de loi difficiles.

Herman Van Rompuy a précisé qu’il ne rentrerait pas en conflit avec le Parlement européen. Selon lui, le Conseil est attentif à la déclaration des présidents des groupes politiques au Parlement européen, adoptée quelques heures auparavant. Il a ajouté qu’il entrerait en contact avec ces présidents dès que les groupes politiques européens sont formés et élus.

De son côté, le Parlement a affirmé que le candidat du Parti populaire européen (PPE), Jean-Claude Juncker, sera le premier à tenter de constituer une majorité, son parti ayant remporté les élections. Le PPE compte 213 eurodéputés, les socialistes et démocrates (S&D) 191, contre 64 pour les libéraux (ADLE).

Le président du Conseil n’a pas mentionné Jean-Claude Juncker dans son discours, laissant la porte ouverte à toute option.

Angela Merkel défend Juncker mais pas trop  

Lors d’une conférence de presse, la chancelière allemande, Angela Merkel, a confirmé cette impression en déclarant que le Conseil devait présenter sa propre proposition de candidat en vertu du traité de Lisbonne.

« En tant que membre du PPE, je propose que Jean-Claude Juncker devienne le président de la Commission européenne. Je le soutiens. Je n’ai pas oublié [cet engagement] un jour après les élections. Mais je suis  toujours liée par les traités européens », a indiqué Angela Merkel à la presse.

Sur un ton inhabituellement contrarié, la chancelière allemande a nuancé son soutien à Jean-Claude Juncker, en ajoutant qu’une proposition de candidats par le Conseil restait dans le champ du possible. Elle a également souligné préférer « la minutie à la vitesse ».

Angela Merkel a déclaré que les dirigeants des États européens avaient discuté des nouvelles priorités pour la Commission, dont l’emploi, la croissance ainsi que l’énergie et le climat. Ils ont également décidé que les nouveaux candidats devraient présenter de bonnes propositions sur le marché du travail, les finances publiques et les politiques sur le climat.

« Il faut voir qui veut collaborer avec qui. Nous voulons nous pencher sur les programmes, le contenu et nous discuterons à nouveau de la personnalité [des candidats].À la fin, une série de personnes seront sur la table. On doit penser à la manière dont on peut satisfaire les socialistes, le PPE, etc », a déclaré Angela Merkel.

« Le premier jour après les élections, vous vous attendiez à ce que j’ai tout résolu ?C’est allé un peu trop loin. »

Réforme ou pas ?

Le premier ministre britannique, David Cameron, a choisi pour sa part de se concentrer sur les réformes plutôt que sur l’élection du prochain président de la Commission. « Nous devons avoir une approche qui reconnaisse que Bruxelles est trop grand, trop autoritaire et intrusif ».

Le président français, François Hollande, fortement affaibli par le score du  Front national aux élections, a également plaidé en faveur d’une réforme, mais d’une nature différente. « Je souhaite que le mandat de cette Commission se concentre sur la croissance, l’emploi et l’énergie, et davantage sur la protection », a indiqué François Hollande.

Le président français a ajouté que la montée de l’extrême droite dans son pays devait être considérée comme un mouvement de contestation européen. Le Front national est devenu le premier parti français aux européennes avec 24,85 % des voix, l’UMP obtient 20,8 % et le PS 13,98 %.

« Si un électeur sur quatre en France, membre fondateur de l’UE, vote pour l’extrême droite, alors nous avons un problème. Il ne s’agit pas seulement d’un problème pour la France, mais également pour l’Europe », a-t-il affirmé.

>> Lire: Avec un tiers d’eurodéputés FN, la France risque de voir son influence réduite

Le groupe anti-Juncker

Selon une source proche des milieux européens, les dirigeants des États européens n’ont pas évoqué d’autres noms que celui de Jean-Claude Juncker au cours de leur dîner informel. Elle a toutefois précisé que le nom de Juncker n’avait « pas le vent en poupe ». Les chefs d’État et de gouvernement européens ont également discuté de l’efficacité du système des têtes de liste, mais se sont surtout intéressés aux priorités politiques de la prochaine Commission.

Selon une source du PPE, le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, et son homologue suédois, Frederik Reinfeldt, ont ouvertement critiqué le système de tête de liste, une manière de s’opposer à Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission. Selon cette même source, David Cameron mène la bataille contre la candidature de Jean-Claude Juncker

Qui d’autre ?

Lors de discussions bilatérales lors du pré-sommet organisé par le PPE, le nom de Christine Lagarde aurait circulé. Cependant, des sources socialistes françaises ont expliqué à EURACTIV que proposer la directrice du FMI (également PPE) relèverait du suicide politique. En outre, Christine Lagarde a mené des politiques d’austérité que le centre-gauche européen rejette.

Les deux autres candidats cités par la source sont : le premier ministre finlandais, Jyrki Katainen, ou son homologue danoise, Helle Thorning-Schmidt. Sur le pas de la porte du Conseil, Jyrki Katainen a annoncé qu’il espérait qu’il n’y aurait aucun jeu politique concernant l’élection du président de la Commission. Le premier ministre finlandais démissionnera d’ailleurs le mois prochain puisqu’il se présente officiellement à une haute fonction européenne.

Helle Thorning-Schmidt a pour sa part décidé de ne pas participer à la réunion du Parti socialiste européen avant le sommet à Bruxelles. 

Le groupe socialiste français au Parlement européen estime que Juncker est légitime « C’est là non seulement le sens des Traités, mais également celui de la démarche démocratique de la campagne. Le fait que les chefs d’Etat et de Gouvernement de droite bloquent le candidat issu de leur famille politique en dit long sur leur cohésion. Nous serons un obstacle aux tripatouillages entre les Etats.»

Les élections européennes ont eu lieu dans tous les États membres en mai 2014.Le traité de Lisbonne, entré en vigueur le 1er décembre 2009, prévoit que le Parlement européen élira le président de la Commission sur la base d'une proposition du Conseil qui tiendra compte des élections européennes (Article 17, alinéa 7 du TUE).Cette disposition s'applique pour la première fois dans le cadre des élections de 2014.

Le Parlement européen et de nombreux spécialistes ont incité les partis à désigner leur tête de liste pour les campagnes électorales. Les élections européennes sont de facto une course à la présidence de la Commission.

D'autres responsables politiques estiment toutefois que désigner son propre candidat ne serait pas la solution idéale. Les attentes pourraient bien être déçues. M. Van Rompuy a d'ailleurs appelé à plusieurs reprises à la prudence : le Conseil européen pourrait choisir un autre candidat que la tête de liste du parti vainqueur.

  •  26-27 juin : le prochain sommet du Conseil de l'UE pourrait aboutir à la désignation d'un candidat à la présidence de la Commission.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.