Isabelle Durant: la dérive intergouvernementale affaiblit l’UE

Isabelle Durant

Si le traité de Lisbonne donne davantage de pouvoir au Parlement européen, les dirigeants européens ont également gagné en puissance. Ce paradoxe contribue à la montée de l’euroscepticisme, explique Ia vice-présidente du Parlement européen.

Isabelle Durant, l’actuelle vice-présidente du Parlement européen, le dit sans ambages : cette législature a été une déception. À l’approche des élections européennes, elle dresse le bilan de cinq ans au sein du Parlement européen depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne en décembre 2009.

« Donner un chef au Conseil était lui donner plus de pouvoir, surtout avec un Parlement qui, lui-même, n’a pas toujours osé utiliser ses compétences. », déclare-t-elle. Garder la présidence tournante aurait garanti le respect de l’intérêt commun et de la méthode dite communautaire.

« Le président permanent, même s’il a été loin d’être flamboyant, c’est le moins que l’on puisse dire, a servi la soupe aux grands États membres », poursuit-elle, faisant référence au président sortant du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

À ses yeux, ce dernier est une caricature de la nouvelle méthode de travail introduite par le traité de Lisbonne. Dans un souci de recherche de consensus, il fait valoir l’intérêt de chaque État membre au lieu de faire avancer la cause européenne.

C’est ce paradoxe qui a contribué à alimenter cette perception de l’Europe ennemie des peuples, continue-t-elle.« [Pour les dirigeants européens], il faut revenir avec un trophée. Et, du coup, puisqu’il faut trouver un responsable à la crise, on désigne l’Europe », explique-t-elle.

Un tel comportement, qui n’est par ailleurs pas nouveau, a envenimé les relations entre la gouvernance européenne et  nationale, selon elle. « Cette tension entre le niveau domestique et le niveau européen va continuer à peser lourd et les nationalistes en feront leur fonds de commerce », assure-t-elle.

La dépression permanente

Les élections européennes se tiendront dans un peu moins de deux semaines. La vice-présidente, qui ne briguera pas de deuxième mandat, souhaite la fin de la perpétuelle mise au pilori de l’Europe et de l’utilisation de l’Union comme bouc émissaire pour tous les maux dont souffrent les Vingt-Huit.

« Il faut une campagne courageuse et lucide qui mette en avant les choses qui marchent, et pas seulement celles qui ne fonctionnent pas », selon elle. 

Concernant la sélection des têtes de liste à la présidence de la Commission, Isabelle Durant considère qu’il s’agit d’un système « hybride » qui n’apportera pas les résultats escomptés tant que les listes ne seront pas transnationales. Pour elle, ce mode de sélection n’incitera pas les électeurs européens à se rendre aux urnes.

Pour la vice-présidente,  «? il y aura une personnalisation limitée au niveau des circonscriptions nationales ». Martin Schulz, président du Parlement européen et candidat socialiste à la présidence de la Commission, n’arrivera pas forcément à se faire connaître à Vilnius, voire même à Bruxelles.

Le droit d’initiative pour les parlements nationaux

Le traité de Lisbonne confère aux parlements nationaux de nouveaux outils en vue de responsabiliser les gouvernements par rapport aux décisions qu’ils prennent au niveau européen. Mais certains parlements nationaux n’ont qu’un recours très limité à cette nouvelle possibilité, ce qui montre l’existence d’un réel « déficit démocratique ».

« Il faut réfléchir sur un droit d’initiative des parlements nationaux », propose-t-elle.

La fin de l’Europe consumériste

La vice-présidente insiste pour que les législateurs aillent au-delà de l’Europe qu’elle compare au magazine de consommateurs Test-achats. L’UE est trop souvent perçue comme celle qui légifère sur « les voitures », « les chaises d’enfant », selon elle.

Même si c’est intéressant pour les entreprises et les parents, ce n’est pas l’objectif de l’Europe, poursuit-elle.

« Je ne crois pas qu’il faut faire un catalogue de toutes les petites mesures, mais au contraire reconstruire du sens et de la perspective pour [l’Europe] », conclut-elle.

>> Lire l’interview intégrale ici.

 

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