Juncker reste muet sur l’affaire des « Luxembourg leaks »

Jean-Claude Juncker [Euranet Plus/Flickr]

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker reste muet malgré les demandes pressantes du Parlement européen et de la presse européennes. 300 multinationales à travers le monde ont bénéficié d’accords fiscaux préférentiels lorsqu’il dirigeait son pays.

Les socialistes et démocrates et les libéraux ont demandé à Jean-Claude Juncker de venir s’expliquer devant le Parlement européen sur l’affaire des « Luxleaks », les accords fiscaux tenus secrets entre le Luxembourg et plus de 300 multinationales.

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Mais il semble que le président de la Commission n’envisage pas de se confronter aux eurodéputés prochainement. « Il y a eu cinq ou six déclarations [de groupes politiques] avec des contenus différents », a minimisé Margaritis Schinas lors d’un point de presse de midi le 7 novembre dernier. « Nous ne ferons pas de commentaires sur chaque déclaration, mais si le Parlement adopte une ‘décision parlementaire’ exprimant le [point de vue] d’une majorité du Parlement, la Commission serait alors disposée à faire part de toute information et explication au niveau nécessaire en accord avec les demandes des services pertinents du Parlement » a -t-il poursuivi.

Il reste cependant peu clair quel genre de décision parlementaire pourrait avoir en tête le président de la Commission, mais le Parlement tiendra une session à Bruxelles le 12 et 13 novembre prochains, où le sujet sera abordé, avec ou sans la présence de Jean-Claude Juncker.

Lors du point de presse du 10 novembre, interrogé de nouveau sur les dernières révélations et les raisons du silence du président de la Commission, Margaritis Schinas, a répondu que « M. Juncker choisira le moment lui-même pour dire ce qu’il a à dire, soit durant le sommet du G20 soit à un autre moment. Mais pas maintenant ».

Margaritis Schinas a indiqué que Jean-Claude Juncker sera à Brisbane, en Australie, le 15 et 16 novembre, pour le sommet du G20. La question de l’évasion fiscale et de fraude fiscale sera abordée dans l’ordre du jour. Le programme de ses journées de travail de la semaine reste cependant moins clair.

Le PPE isolé

La nouvelle commission de Jean-Claude Juncker a reçu l’approbation du Parlement européen le 22 octobre, avec 423 votes pour, 209 contre et 67 abstentions. Une majorité proeuropéenne a voté en faveur de Jean-Claude Juncker, dont le groupe politique du Parti populaire européen (PPE – centre-droit) et une majorité des socialistes et démocrates et des libéraux.

 >> Lire : Trente « frondeurs » sociaux-démocrates ont voté contre Juncker

À la suite du scandale, seul le PPE n’a pas appelé Jean-Claude Juncker à se présenter au Parlement afin de donner des explications et répondre aux questions des eurodéputés. Si ces derniers se mettaient d’accord pour que le président de la Commission vienne se présenter devant le Parlement, alors le PPE se retrouverait isolé.

 

Contexte

Plus de 300 sociétés, dont PepsiCo Inc, AIG Inc et la Deutsche Bank AG, ont conclu des accords secrets avec le Luxembourg afin de réduire considérablement leurs impôts. Cette affaire a été dévoilée le 5 novembre par le Consortium international des journalistes d'investigation qui était entré en possession de documents fuités.

Le premier ministre du Luxembourg au moment des faits et actuel président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a refusé de s'exprimer à ce sujet.

Ces accords fiscaux auraient permis aux sociétés de déclarer des centaines de millions d'euros au Luxembourg et d'économiser ainsi des millions d'euros d'impôts, selon l'organisation, qui se base sur presque 28 000 pages de documents secrets.

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