L’UE accusée d’édulcorer les finances grecques

Syriza rally. Athens, 2012. [Popcino/Flickr]

L’Ifo, un institut très écouté en Allemagne, accuse les institutions européennes d’avoir joué sur les chiffres de déficit public en Grèce. Histoire d’enjoliver la situation du pays avant les élections européennes.

L’institut allemand Ifo affirme qu’Eurostat a supprimé des données clés de son site Internet pour montrer un excédent de 0,8 % du budget grec en 2013.

Selon le communiqué de l’institut publié le 7 mai dernier, les véritables chiffres donneraient plutôt un déficit de 8,7 %.

« L’office européen des statistiques a effacé il y a quelques jours de sa base de données les chiffres habituels relatifs au solde primaire [le déficit public national moins les paiements d’intérêts] » indique le président Hans-Werner Sinn dans le communiqué. L’Allemand accuse l’organisme européen de faire un « ravalement de façade » à l’orée des élections européennes.

« De cette manière, les institutions européennes suivent la stratégie d’embellissement de la situation financière des pays frappés par la crise en vue des élections européennes », peut-on lire.

L’Ifo est un institut de premier plan en Allemagne, notamment pour son indice du climat des affaires, qui mesure chaque mois la confiance des sociétés allemandes dans l’économie. Même si l’Ifo est un institut dont la réputation n’est plus à prouver, son président est également connu pour ses critiques à l’encontre des opérations de sauvetage de la Grèce et du coût qu’elles représentent pour le contribuable allemand.

« En réalité, la Grèce est loin d’avoir retrouvé une santé financière », certifie Hans-Werner Sinn. Celui-ci poursuit son réquisitoire et ajoute qu’Eurostat a effacé les données en question après que l’Ifo a accusé la Commission européenne d’avoir « induit l’opinion publique en erreur ».

De nouvelles méthodes de comptabilité

Simon O’Connor, le porte-parole de la Commission sur les questions économiques et financières, a admis « qu’il existait en effet un déficit primaire de 8,7 % » dans le cas de la Grèce en 2013 selon les données de l’autorité européenne de surveillance (ESA).

Cependant, a-t-il poursuivi, le système de comptabilité a été changé au milieu de la crise financière pour isoler l’injection massive d’argent public afin d’éviter que le secteur bancaire ne s’effondre. Entre 2008 et 2013, 4,9 mille milliards d’euros tirés des fonds publics, soit 39 % du PIB européen, ont été engagés pour sauver les banques en difficulté, selon le FMI. Sur ce montant, 1,7 mille milliards d’euros provient des contribuables, soit 13 % du PIB européen.

Cependant, ces injections massives de liquidité sont considérées comme des « mesures exceptionnelles » dans le cadre révisé du Pacte de stabilité et de croissance, qui limite les déficits nationaux à 3 % du PIB dans la zone euro. Ce qui signifie que le sauvetage des banques « ne peut être comptabilisé dans le déficit des États membres pour lancer une procédure concernant les déficits excessifs », explique Olli Rehn dans une lettre destinée aux ministres des Finances datée du 9 octobre 2013.

« Vous devez supprimer ces coûts, sinon ils donneraient une vision complètement biaisée [de la situation structurelle] », confie Simon O’Connor dans un courriel. « Par exemple, l’Irlande présentait un déficit de 32 % de son PIB en 2010 à la suite de ses mesures prises en vue de sauver son secteur bancaire. Bien sûr, cette pratique n’a rien à voir avec ce que certains nous accusent de faire : prétendre que cette dette n’existe pas », écrit-il.

« Pour cette raison, nous rejetons en bloc les attaques de certains acteurs selon lesquelles les données auraient été manipulées en vue de donner une vision plus positive de l’état des finances grecques ».

L’Eurogroupe salue les actions de la Grèce

Le 5 mai, les 18 ministres des Finances de l’Eurogroupe ont accueilli favorablement « les récentes évolutions macroéconomiques positives de l’économie grecque ». À leurs yeux, les sévères programmes économiques d’ajustement commencent « à porter leurs fruits ».

« Les performances budgétaires continuent d’être bonnes, comme le montre l’excédent primaire de 2013 », indiquent les ministres dans un communiqué. Ils appellent les autorités grecques à poursuivre les réformes en contrepartie de nouvelles tranches d’aide du FMI/UE.

Le dernier sondage en Grèce montre que le parti de centre-droit d’Antonis Samaras, Nouvelle démocratie, est au coude à coude avec le parti de gauche radical Syriza d’Alexis Tsipras dans la course aux européennes.

Syriza, qui appelle à restructurer la dette des pays en difficulté au sein de la zone euro, est devenu le principal parti d’opposition depuis les élections nationales de 2012.

Depuis le début de 2010, l'UE et le FMI ont mis sur pied deux programmes d'aides successifs pour la Grèce. Ils s'élèvent au total à 240 milliards d'euros (consultez les données ici).

Résultat : les gouvernements de la zone euro détiennent plus de 80 % de la dette publique grecque, qui s'élève à 319 milliards d'euros.

La Grèce présente des signes de reprise économique et devrait renouer avec la croissance en 2014.

  • 25 mai: élections européennes en Grèce

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