La gauche allemande s’étripe à propos d’un manifeste eurosceptique

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Le projet du manifeste de Die Linke suscite la controverse. À l'heure où la tendance générale est à l'euroscepticisme, le parti se demande si le document reflète bien leur vision de l'Europe.

La gestion de l'intégration européenne est devenue le thème central des débats à un moment où les partis allemands dévoilent leurs programmes pour les élections européennes (voir « Contexte »).

Depuis des semaines, les membres du parti de gauche Die Linke se querellent sur la position politique du parti sur la question européenne en amont de la future campagne électorale.

Le projet de manifeste de Die Linke constitue la pomme de discorde. Le parti y décrit l'Union européenne comme un « pouvoir néolibéral, militariste et en grande partie antidémocratique ».

L'aile d'extrême gauche, menée par Sahra Wagenknecht, vice-présidente du parti, a insisté pour imposer ce passage controversé.

« L'Europe court à sa perte si elle continue de se diviser sur le plan social. Quand la population estime que les institutions de Bruxelles sont des complices des banques et des entreprises, […] L'Europe est en péril », a-t-elle déclaré sur le plateau de la télévision ARD dans un plaidoyer en faveur de la formulation du document.

Le député allemand Diether Dehm partage le même avis. « Quiconque aime l'Europe […] doit rejeter l'UE dans son état actuel », ajoute-t-il.

Die Linke : parti eurosceptique ?

Lors du lancement de la campagne le 12 janvier, Oskar Lafontaine, ancien président du parti de gauche, a rejeté avec force les rumeurs selon lesquelles Die Linke serait un parti eurosceptique.

« Il s'agit d'une ineptie […] qui ressort parfois lors des débats publics.  On ne peut en aucun cas être antieuropéen », a-t-il affirmé au théâtre Volksbühne de Berlin.

Il est toutefois possible de s'opposer aux politiques européennes si l'on rejette l'exploitation, la privatisation de la protection sociale et le recul de la démocratie de l'Europe, poursuit-il.

Dans le même temps, le président du groupe au Bundestag, Gregor Gysi, a expliqué à la chaîne télévisée ARD que « la formulation utilisée dans le projet [de manifeste] n'est pas toujours très heureuse ».

Il a fermement rejeté toute allégation accusant le parti d’euroscepticisme . « L'intégration européenne en soi est une idée de gauche que nous défendrons […]

Quand nous critiquons l'UE, cela ne veut pas dire que nous ne voulons pas d'UE. Nous voulons simplement [une autre Europe] : orientée vers la paix et la démocratie », a-t-il expliqué. L'Union doit devenir une union économique et sociale, a écrit Gregor Gysi sur Twitter le 11 janvier.

Le vice-président du parti de gauche au Parlement allemand, Petra Pau, appelle aussi à délimiter une frontière claire entre Die Linke et le parti Alternative pour l'Allemagne, ouvertement eurosceptique. « Une séparation évidente est nécessaire », ajoute-t-elle.

La formulation définitive encore inconnue

« Je suis quasiment certain que cette phrase ne survivra pas à la convention du parti », a expliqué sur la chaîne télévisée SWR Dietmar Bartsch, vice-président du groupe parlementaire. La critique est nécessaire, mais un geste évident en faveur du projet européen est tout aussi important, a-t-il assuré.

Dans un communiqué au Tagesspiegel, Sahra Wagenknecht a indiqué qu'elle était disposée à retirer le passage qui suscite la controverse.

La décision définitive concernant la formulation du manifeste ne tombera que lors de la convention du parti les 14 et 15 février prochains.

Contexte

Au cours des élections du Parlement européen en mai, chaque État membre a le droit d'élire un nombre établi d'eurodéputés en fonction de la population au niveau national.

C'est en tant que membres de partis politiques nationaux que les députés au Parlement européen se présentent aux élections, mais une fois élus, la plupart d'entre eux décident de rejoindre des groupes politiques transnationaux. La majorité des partis nationaux sont apparentés à une famille politique au niveau européen. Ainsi, l'une des principales questions au soir de l'élection est de savoir quel groupe européen exercera la plus grande influence sur les décisions prises durant la prochaine législature.

Le Conseil européen doit tenir compte des résultats des élections lors de la désignation d'un candidat au poste de président de la Commission européenne, l'organe exécutif de l'Union.

>> Lire le LinksDossier d'EURACTIV sur les élections européennes

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