La guerre des alliances est ouverte entre Marine Le Pen et Nigel Farage

Marine Le Pen & Nigel Farage [Global Panorama/Flickr; European Parliament/Flickr]

Marine Le Pen & Nigel Farage [Global Panorama/Flickr; European Parliament/Flickr]

Marine Le Pen a présenté ses quatre premiers alliés en vue de former son groupe au Parlement européen. Nigel Farage discutait pendant ce temps avec l’italien Beppe Grillo.

La course aux alliés ne fait que commencer au Parlement européen entre Marine Le Pen et Nigel Farage. La présidente du Front national et le leader de l’UKIP, fort de 24 sièges d’eurodéputés chacun, sont à la recherche de partenaires parmi les élus d’autres partis eurosceptiques pour constituer leurs groupes parlementaires respectifs.

Dans cette course aux alliances, Marine Le Pen a dégainé la première. Le 28 mai, le parti d’extrême droite a tenu une conférence de presse au Parlement de Bruxelles en compagnie de ses premiers alliés officiels: le PVV néerlandais de Geert Wilders, le FPÖ autrichien, la Ligue du Nord italienne et le Vlaams Belang belge.?

Un premier casting attendu puisque tous ces partis – à l’exception de la Ligue du Nord italienne – étaient déjà membres de l’Alliance européenne pour la liberté et partenaires de longue date du Front national au Parlement européen. Avec un total de 5 nationalités différentes parmi ses recrues, Marine Le Pen est encore loin d’être assurée d’atteindre le quota de 7 pays, indispensable à la création d’un groupe parlementaire.

Pour créer un groupe, il faut en effet 25 eurodéputés venant de 7 États membres différents. La première condition est déjà remplie au vu du nombre d’eurodéputés des partis néerlandais et français. La seconde pourrait en revanche donner du fil à retordre à la présidente du FN.

La présidente du Front national a toutefois considéré que ce premier regroupement constituait « une base extrêmement solide de 38 députés ». Elle a affirmé être optimiste sur la suite du regroupement. Un discours tenu également par le président du PVV Geert Wilders: « Je suis très confiant dans le fait que dans les prochaines semaines nous serons capables de regrouper sept partis ».

En cas de succès, le groupe parlementaire de Marine Le Pen, qui reprendra certainement le nom d’Alliance européenne pour la liberté, deviendrait le deuxième parti à l’extrême droite de l’échiquier politique au Parlement européen.

Lutte partisane

De son côté, le Parti de l’indépendance pour le Royaume-Uni (UKIP) de Nigel Farage avait déjà composé un groupe lors de la dernière mandature, le groupe Europe libertés démocratie (ELD). Le groupe dominé par les eurosceptiques britanniques a déjà perdu les Italiens de la ligue du Nord, qui ont décidé de quitter l’Europe libertés démocratie (ELD) pour rallier Marine Le Pen. Ils pourraient en revanche se consoler avec le mouvement italien 5 étoiles de Beppe Grillo. Nigel Farage et Beppe Grillo ont en effet annoncé, dans un communiqué commun mercredi 28 mai, qu’ils envisagaient une alliance. « Si nous parvenons à nous entendre, nous pourrions nous amuser à poser beaucoup de problèmes à Bruxelles » s’est amusé Nigel Farage.

Beppe Grillo  a de son côté déclaré « Nous sommes des Rebelles, nous avons une Cause, nous devrions avancer en sifflant ».

Et le groupe est à la recherche active de nouveaux partenaires, car les partis membres de l’ELD en Bulgarie, en Italie, en France, en Pologne et en Slovénie ne sont pas parvenus à arracher des sièges aux Européennes.

Il ne reste donc plus que des représentants au Danemark, en Lituanie, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. L’ELD doit donc chercher au moins trois partenaires d’autres États membres s’il veut remplir le critère des 7 pays. Et la première recrue s’est rapidement fait connaître. Les Démocrates suédois, cités comme partenaires potentiels du FN  ont finalement décidé le 27 mai de rejoindre le groupe mené par l’UKIP.

Une compétition dont se seraient finalement bien passés le FN et ses partenaires. « Nous ne rivalisons pas [avec l’ELD]. Nous préférerions même constituer un large groupe avec l’UKIP », a déclaré un porte-parole du FN, la veille de la conférence. Geert Wilders, avait également approuvé l’idée de rejoindre les forces de l’UKIP dans le passé. Mais les Britanniques ont toujours répondu qu’ils refuseraient de s’allier à des partis d’extrême droite.

Les réticents

Les élections européennes ont vu l’arrivée d’un certain nombre de nouveaux partis, pas encore affiliés à un groupe. Environ 66 eurodéputés cherchent à intégrer un groupe.

« Il existe une pléthore de partis qui ne sont pas affiliés pour le moment et qui pourraient éventuellement rejoindre notre groupe », espère Ludovic De Danne du Front national.

Cependant, bon nombre de ces partis rentreront dans les rangs des partis avec lesquels ils sentent plus d’affinité. Cela pourrait poser un problème pour le groupe AEL, selon Marley Morris : « Je pense que bon nombre de ces partis ne sont pas nécessairement candidats [pour rejoindre l’AEL ou l’ELD]. Parmi ceux-ci, il y a des partis de gauche, les défenseurs des droits des animaux, etc. Si vous décomptez ces partis, l’AEL et l’ELD ont en fait moins de marge de manœuvre. »

Paradoxalement, l’ELD pourrait avoir plus de facilités à convaincre les nouveaux partis que l’AEL. « Ils seront moins stigmatisés » que l’alliance Le Pen-Wilders, assure le politologue. Autre handicap, les prises de position de Marine le Pen sur la politique menée par Vladimir Poutine pourraient lui coûter quelques points auprès des pays à l’Est de l’Europe.

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a déjà rejeté tout partenariat avec Marine Le Pen, même si le parti français souhaite se débarrasser de sa réputation de parti populiste d’extrême droite, selon EURACTIV Allemagne. Le parti allemand pourrait rejoindre le groupe de conservateurs (CRE).

>> Lire : Le parti eurosceptique allemand cherche des alliés au Parlement

Le mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo a décroché 17 sièges. Il pourrait également rejoindre le groupe ELD, et fera certainement l’impasse sur un partenariat avec le groupe de Marine Le Pen.

Les populistes libéraux tchèques de Svobodní ont décroché un siège et pourraient de même rejoindre le groupe de Nigel Farage. Le Parti des Finlandais, fort de deux sièges, devrait également lorgner l’ELD.

Les Démocrates suédois avaient d’abord discuté avec l’Alliance européenne pour la liberté, mais semblent avoir changé d’avis depuis. Le chef du parti Jimmie Åkesson a déclaré à la presse suédoise le 27 mai qu’il préférerait collaborer avec le Parti populaire danois et l’UKIP.

Plus extrême que l’extrême droite

Les partis eurosceptiques et populistes ont connu une très forte poussée lors des dernières européennes. Mais un certain nombre d’ultranationaliste, de néonazis et de fascistes seront également présents au Parlement pour les cinq prochaines années.

L’Aube dorée a fait par exemple son entrée dans l’hémicycle avec trois sièges. Ils ont tâté le terrain auprès du Front national dans l’espoir de conclure une alliance. Mais la présidente du FN a refusé publiquement toute coopération.

Le Parti national-démocrate allemand (NPD), adepte de l’idéologie national-socialiste, est également arrivé au Parlement. Son futur eurodéputé, Udo Voigt a déjà qualifié Adolf Hitler de « grand homme d’État ».

Le parti hongrois Jobbik a engrangé trois sièges. Le Parti de la nouvelle droite en Pologne a quant à lui décroché quatre sièges. Le leader de ce parti a affirmé précédemment qu’il comptait retirer le droit de vote aux femmes.

L’UKIP rejette toute coalition avec le Front national, car il estime que ce dernier est trop extrême. De son côté, le FN tente aussi peu à peu de se débarrasser de son image antisémite et radicale. Dès lors, ces partis encore plus à droite que l’extrême droite se retrouveront au Parlement sans groupe.

Réactions

Gilles Pargneaux, député européen socialiste, est revenu sur la réunion de l'extrême-droite.

"Cette réunion est un coup de bluff. Madame Le Pen a réuni les journalistes européens pour faire croire qu'elle allait créer un groupe parlementaire europhobe mais nous avons pu constater qu'il n'en n'est rien : elle ne dispose actuellement pas du nombre de pays nécessaire pour former un groupe parlementaire" remarque Gilles PARGNEAUX.

Contexte

Les partis eurosceptiques européens ont montré leur volonté d'agir directement au niveau européen.Le très controversé leader néerlandais d'extrême droite, Geert Wilders, et la dirigeante du Front national, Marine Le Pen, ont pris l'initiative de constituer un nouveau groupe au Parlement européen avec d'autres partis avec qui ils partagent une vision commune.

Le Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et le Parti populaire danois ont pour leur part rejeté en bloc la proposition.

Les partis eurosceptiques se multiplient dans de nombreux États membres, mais leur histoire et leurs causes sont très différentes.Selon des politologues, même si davantage d'eurosceptiques populistes pourraient siéger au prochain Parlement européen, il est toutefois moins probable qu'ils forment une alliance cohérente.

Prochaines étapes

  • 28 mai : réunion de l'Alliance européenne pour la liberté à Bruxelles
  • 6 juin : date butoir pour former de nouveaux groupes au Parlement européen
  • 1-3 juillet : première session plénière du Parlement européen nouvellement constitué

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